‹ L'homme de génieChapitre 48 sur 257 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

rudes et les plus acres, parce qu'elles sont devenues malades à force de déceptions. On les estime, on les admire encore, mais on ne peut plus les aimer. Avoir été malheureux, sans cesser d'être intelligent et bon, Tait supposer une organisation bien puissante, et ce sont celles-là que je cherche et que j'embrasse ».

< ...J'ai des grands hommes plein le dos (passez moi Texpression); je voudrais les voir tous dans Plutarque. Là, ils ne me font pas souffrir du côté humain. Qu'on les taille en marbre, qu'on les coule en bronze et qu'on n'en parle plus. Tant qu'ils vivent ils sont méchants, persécutants, fantasques, despotiques, amers, soupçonneux. Ils confondent dans le même mépris orgueilleux les boucs et les brebis. Ils sont pires à leurs amis qu'à leurs ennemis. Dieu nous en garde, restez bonne, bêle même si vous voulez (1) ».

cj'ai regret, disait Valcre Maxime (2), de parler de la jeunesse de Thémistocle, quand je vois, d'un côté, son père le deshéritant avec ignominie, et de l'autre sa mère réduite, par l'opprobre de ce fils, à se pendre de douleur ».

Salluste, qui a écrit de si belles tirades sur la vertu, a passé sa vie... dans la débauche.

Speusippe (3), disciple de Platon, fut tué en flagrant délit d'adultère; Démocrile se creva les yeux, parcequ'il ne pouvait voir une femme sans la convoiter; Aristippc, sous le masque de la plus grande austérité, s'abandonna 'à la débauche; Anaxagore nia un dépôt que des étrangers lui avaient confié; Aristote flatta bassement Alexandre.

Théognis écrivit des maximes morales particulièrement sur la bonne mort, et.... il légua tout son patrimoine à ^l'iippée, courtisane, dépouillant les siens. Platon se disait

ï) Correspondance, vol. ii, lettre 9. .

'2) ViLèEE Maxims. Des faits et des imroles m*^morables, vi. 9. (3i TtsTULuiN. Apoiogetica, 46.

Tesclave d^une vieille proslituéc. Ippéride quitta son fils pour une fille de joie.

Euripide, Jouvénal et TArétin, depuis, remarquèrent que les femmes lettrées étaient presque toutes des débauchées. — - Ainsi Sapho, Philène et TÉléphantine, qui écrivît des livres sur la prostitution, étaient des courtisanes, — ainsi Léonce philosophe et prétresse, qui se donnait à tous les philosophes, ainsi Démophile, qui contait des historiettes d*amour et les mettait en pratique.

Pendant la renaissance, Véronique Franco, TuUie de Aragon et d*autres courtisanes, étaient connues autant pour leurs hautes débauches que pour leurs poésies.

Dans V Homme Criminel (\) j*ai déjà donné une liste des génies criminels. Salluste, Bacon, Sénéque accusés de péculat; Cremani faussaire, Demme empoisonneur.

On peut citer aussi Casanova, qui fut déclaré déchu de sa noblesse pour un crime dont nous ignorons la nature, et Avicenne, d'ailleurs épileptique, qui, devenu vieux, se plongea dans la débauche et abusa de Topium, si bien que Ton disait de lui que la philosophie ne lui avait pas servi à vrvre honnête, ni la médecine à conserver la santé (2).

La criminalité, chez les poètes et les artistes, est malheureusement plus forte. Beaucoup, parmi eux, sont dominés par la passion, qui est le plus puissant aiguillon de leur verve; ils n'ont pas pour les retenir, le critérium du vrai et les sévères déductions de la logique, dont sont armés les savants. Voilà pourquoi nous devons compter au nombre des criminels les Bonfadio, les Rousseau, les Arétin, les Ceresa, les Brunetto Lalini, les Franco, les Foscolo, peut-être Byron. Notez que je laisse de côté les temps anciens et les pays barbares, oii le brigandage et

(1) LoxBtoso. Vhomme criminel, p. 443. Paris, Alcan, 1S87.

(2) PoucHiT. Histoire des sciences naturelles dans le Moyen dge. 1870.

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