CHAPITRE
la pousic se donnaient la main. On n*a qu'à lire, pour s'en coovainci^, les poèmes sur Kaleiva Peag et flelmbrecht.
Plus criminels encore semblent avoir élc: Alber(;ati, auteur comique de la plus haute aristocratie, et meurtrier de sa femme par jalousie (1); Mureto, condamné en France pour obscénité; et Casanova, si bien doué pour les sciences mathématiques et pour les Qnances, qui souilla son beiu génie par une vie de turpitudes et d'escroqueries, dont ses Afémotre^ nous offrent le tableau le plus complet 61 le plus cynique.
Villon appartenait à une Famille honorable; il reçut le nom sous lequel il est connu (viUon, fripon, voleur) quand il devint célèbre dans la ribauderie, — où il fut entraîné, de son propre aveu, par le jeu et les femmes. Il commença par dérober des objets de peu de valeur, pour offrir un bon diner à ses maîtresses et à ses compagnons d'oisiveté; c était alors du vin qu'il volait. Son larcin le plus considérable lui fut inspiré par la faim, quand une ribaude, aux dépens de qui il vivait, selon la coutume des filous, le mit à la porte, de nuit, en plein hiver. C'est cette femme que, dans son Petit Testament, il fait héritière... de son cœur. Ainsi chassé, il s'unit à une bande de détrousseurs, alla commettre des vols à main armée, principalement sur la route de Ruel, si bien qu'enfin, arrêté pour la seconde fois, il eut grand peine à éviter la corde.
Il a été dit de l'homme de génie, comme du fou, qu'il naît et meurt solitaire, froid, insensible aux affections de famille et aux conventions sociales.
Les littérateurs exaltent , il est vrai, chez des grands artistes et écrivains des cris puissants de douleur, nés de la perte ou de l'abandon d'une personne aimée. Mais, souvent, comme pour le Pétrarque, il n'y a là qu'un pré-
(I) Misi. La vita ed i tempi di Alhergati. 1882.
texte, qu'une occasion pour des travaux littéraires (1), Très-souvent de tels cris furent sincères, (auraient-ils été, sans cette condition, aussi puissants, aussi efficaces?) nnais c'étaient alors des explosions intermittentes, en parfaite opposition avec Tétat normal, habituel, de ces hommes, ou bien, c'était une réaction temporaire contre Tapathie ordinaire, dont les tir^ent seulement la vanité personnelle et la passion des recherches esthétiques et scientifiques.
Bulwer, dès les premiers jours de son mariage maltraitait sa femme par des morsures et des outrages;, aussi le courrier qui les accompagnait dans leur voyage de noces refusa de les suivre jusqu'au bout. Plus tard, Bulwer, tout en avouant ses torts immenses, écrivait à sa femme que la vie commune lui était insupportable et quil avait besoin de vivre en liberté.
Il est curieux d'observer que les écrivains plus chastes dans leur vie Tétaient bien moins dans leurs écrits et.... viceversa.
Flaubert à écrit dans une de ses lettres: «Mon pauvre Bouilhet me disait souvent: — Il n'y a pas d*homme plus moral qui aime plus l'immoralité que toi: une sottise te réjouit. — Il y a du vrai là dedans. Est-ce un effet de mon orgueil! ou par une certaine perversité... (2)? ».
G. Sand et Salluste nous offrirent le phénomène contraire.
On ne sait si Comte pardonna jamais aucun tort: certainement il garda toujours la rancune et le souvenir des injures, et il poursuivit, jusque dans la tombe , la mémoire de l'épouse infidèle; le culte amoureux qu'il voua à sa Laure (Clotilde de Vaux), était si peu sincère qu'il avait
(1) Laure avait eu 11 enfants et Pétrarque en avait 2 lorsqu'il lui dédiait 294 sonnets I ! — En politique il va de Cola de Rienzi à son ennemi Etienne Colonna et de Robert à Charles IV (Famil, xix, 1, 32). — « Il était trop occupé de lui-même, dit Perrons, pour l'être de son pays ». — Hist, de Florence, v, 401.
(2) Lettres à Geoi'ge Sand, Paris, 1885.