‹ L'homme de génieChapitre 50 sur 257 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

/îxé la date, déterminé le mois^ le jour et l'heure où il devait répandre des larmes sur son souvenir! (1).

Bacon employa toute son éloquence à faire condamner le premier et le plus dévoué de ses bienfaiteurs, d'Essex; par une lâche complaisance envers le roi, il introduisit pour la première fois dans la Cour de Justice un abus odieux et soumit Peacham à la torture, afin de pouvoir le condamner. Il trafiqua de la justice; et, comme écrit Macaulay, «c'était bien un de ces hommes dont on peut dire: scieri'' tiis ianquam angeli, cupiditatibus tanquam serpentes ».

«Brigitte, avoue Musset, calomniée, exposée (pour son amour) aux insultes du monde, eut à essuyer de ma part tous les dédains, et toutes les injures qu'un libertin colère et cruel peut prodiguer à la fille qu'il paye.... Les jours s'écoulaient et mes accès de méchanceté et d'ironie pre« naient un caractère sombre et intraitable (2) ».

L'ami intime de Byron, Hobbouse, écrivait de lui qu'il était possédé par un égoïsme maladif. — Même lorsqu'il aimait sa femme, dit Jefferson, il refusait de dîner avec elle, pour ne pas renoncer à ses vieilles habitudes. Un jour, pendant qu'il composait la Parisina, elle arrive et lui demande si elle lui cause de l'ennui : < A en mourir » répond-il. Il continua à la traiter ainsi pendant plusieurs mois, si bien que, de bonne foi et peut-être avec raison, elle consulta des spécialistes pour s'assurer de l'état de son esprit.

La conduite de Napoléon I®' envers sa femme, envers ses frères et envers les peuples qui eurent confiance en lui, est d'un homme dépourvu de sens moral ! Taine en a résumé le diagnostic en un seul mot: € c'était un condottiere >. «Le génie d'un homme n'est pas une sinécure», disait la femme de Carlyle, dame riche, très intelligente, instruite

(1) Revue philosophique. 1887, p. 69.

(2) Confessions d'un enfant du siècle, p. 250, 251.

en algèbre, en latin, dupe d*être, (comme elle en avail conçue Tespérance et reçn la promesse) la collaboratrice de son mari, et réduite au contraire à en être la domestique.

L'idée de voyager en voiture avec sa femme lui semblait inadmissible: il voulait avoir son frère près de lui pendant le voyage; il la trahissait sous ses yeux et prétendait qu'elle ne s'en inquiétât point. — La première fonc^ tion de l'infortunée consistait à écarter de son mari les bruits même éloignés; en second lieu, elle devait cuire le pain qui lui était destiné , car il détestait celui des boulangers; enfin il l'obligeait à faire, à travers les bois, des lieues entières à cheval pour lui servir de courrier; il ne la voyait point en dehors des heures des repas: il se tenait près d'elle, pendant des semaines entières sans lui adresser la parole, même lorsqu'elle toucha à Tagonie. Carlyle ne cessa de la tourmenter et d'en tirer parti: il lui récitait pendant des heures entières La Bataille de Mullis, qu'il avait besoin de revoir lui-même avant sa publication. Ce fut seulement après la mort de l'infortunée, amenée en partie par sa conduite, qu'il témoigna, par foi littéraire, un repentir tout extérieur des mauvais traitements usés, et il raconta sa vie en phrases émues: « mais, ajoute le biographe, si elle avait pu revivre, il l'aurait sans doute tourmentée de nouveau )».

Frédéric II disait, comme Lacenairc, que la vengeance est le plaisir des dieux et qu'il mourait content, pour avoir pu infliger à ses ennemis plus de maux qu'il n'en avait souffert. Il éprouvait une véritable jouissance à tourmenter moralement ses amis et quelquefois à les bâtonner: si un courtisan aimait à se pommader, il faisait souiller d'huile ses vêtements; il marchandait à Voltaire le sucre et le chocolat, et il le dépouillait de son argent (1).

(1) Màcaulay. Ouvragée cité.

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