‹ L'homme de génieChapitre 5 sur 257 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

par une sévère critique. Les hommes vulgaires ont peut-être quel' que esprit critique : ils n'ont pas de création originale. Ils sont, alors, tout comme les fous, mais pour d^autres motifs, incapables de créer une œuvre supérieure.

Ici on fera une objection immédiate. S'il est vrai qu'il n'y a pas de transitions entré les diverses formes intellectuelles, depuis l'intelligence du plus grand homme jusqu'à la médiocrité du plus bote des humains, où va-t-on classer les hommes qui, sans avoir du génie, ont du talent et du mérite? M. Lombroso, dans cet ouvrage, ne parle pas seulement des génies puissants, mais aussi, à bien des reprises, il nous entretient de certains hommes qui ont eu seulement quelque mérite, et même parfois un mérite assez mince, puisque beaucoup d'entre ceux qu'il cite sont inconnus des érudits euxmême. A la rigueur, on peut accorder que les hommes de génie sont des anormaux ; mais, si l'on étend cette doctrine à tous les hommes qui ont du talent, on est aussitôt conduit très loin, et trop loin.

Assurément il est difflcile et même impossible de séparer le génie du talent, le talent du mérite et le mérite de la nullité. Mais ne peut-on vraiment reconnaître que, chez les hommes de grand talent, il y a une certaine part d'invention, de création, qui est précisément le côté par où l'homme de talent se rapproche de l'homme de génie.

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés,

a dit un poète. De môme l'invention. Tel poète, ayant produit des œuvres recommandables et honnêtes, peut, à un moment donné, trouver l'inspiration et créer une poésie sublime. Mais hélas! ce ne sera qu'un éclair. Il ne recommencera pas : il a eu une heure de géniale création, et c'est tout. Eh bien! c'est justement alors que son esprit a procédé par les moyens intellectuels propres aux fous, c'est-à-dire par des associations bizarres et surprenantes, que les autres hommes n'avaient pas eues et ne pouvaient pas avoir. Le fait d'être capable, fût-ce pendant une heure seulement, de pareilles associations, indique une certaine originalité qui, pour n'être ni aussi profonde ni aussi constante que chez les hommes d'un génie supérieur, n'en met pas moins l'homme qui en est capable à part des communs mortels.

k Pounguoi ne pas admi-'tli-e, clwz toiii, horanu? adoiirjt- aux u^uvres Ift l'esprit, deux forces p8}-i!!iologkiues dilTérentes: d'une part 1& ; créatrice, qui consiste essentiellement en dos associations 8 audacieuses et imprévues; d'autre part, la force criliiine, k tempère et corrige ces associations étranges par d'auti-cs assos contraires,

iAutrement dit. pour employer des termes familiers anx physîoîl y a deux pliéiiomènes : l'incitation au mouvenient et Jnhibition du mouvement. La résultante de ces deux forces antantstes sera le mouvement dénnitivement exécuté. IjkLes fous ont bien l'impulsion première, l'incitation au moiive- ; maîa ils Hont incopables d'inhibition. Ici, l'inliibitiou, c'est krétlexioD profonde, la maturité du jugement, la pondération des éTénements, la combinaison du passé avec le présent et l'avenir; la notion du possible et du réel. Or, cbez les fous, rien de semblable ne vient arrêter la tendance impulsive ; aussi cette impulsion, étant Jésordonnée et dépourvuo de toute modération, n'aboutit pas. Les liammes vulgaires ont l'esprit critique développé, mais ils sont incapables de resseutii' cette incitation originale qui l'ait faire de grandes choses, et ils restent médiocres; rai.sonnables, mais médiocres: ne dépassant pas les idées banales de leur milieu. Au conlimirt^, Icâ hommes de génie unissent en eux ces deux formes de kltL'liigence. Ils ont l'excitation puissante qui effectue la créatibn, d'autre part, comme ils conçoivent avec une gi-ande clarté, innie l'étendue de leur cbamp intellectuel est très vaste, ils cor- {eot, amendent leur inspiration irréfléchie par un jugement droit

lAsmirément, ces deux procèilés psycbologiques ne sont pas isolés: » sommes forcés de faire cette séparation artificielle dans une lljae Bcienlillque ; mais, dans chaque opération de l'esprit, ces i modes d'idéation se manifestent simultanëment-

, en analysant une ajuvre de l'esprit quelconque, on retrourait ces di-ux éléments contraires, qui ont pour résultante telle

» proiluction intellectuelle.

Il serait bien intéressant de reprendre, & ce point de vue. l'tBuvre ■ grands hommes. Qu'il s'agisse de la peinture, de la poésie, des ?s ou de l'industrie, on retrouverait des proportions variait ces deux éléments, r exemple, dans l'œuvre d'Edgard Paë. ne voit-on pas que l'élé- , Eantaisie, invention, création originale, associations d'idées

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