‹ L'homme de génieChapitre 56 sur 257 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

dont DOQS parierons longaement, mais encore aux deux célèbres distractions d'Ârcbiméde, à rbaliucinaiion de Pascal et aux bizarreries du mathématicien Codazzi , qu'il ne faut pas confondre avec le vénérable Codazza.

Codazzi était sub-microcéphale et oxycéphale: atteint d'alcoolisme et en même temps d'une avarice sordide: à une grande insensibilité affective il joignait une vanité telle que, jeune encore, il déterminait la somme destinée à un monument funèbre en son bonneur; et il refusait à ses parents affamés les plus faibles secours. Il n'admettait point la discussion sur ses opinions, alors même qu'elles avaient pour objet la coupe d'un babit. 11 s'était mis en tête de composer de la musique mélodique à l'aide du calcul.

Tous les mathématiciens professent une admiration véritable pour le grand géomètre Bolyai, dont les excentricités allèrent jusqu'à la folie. Il provoqua en duel 13 oiBciers, se battit avec eux, et, entre une partie et l'autre, il jouait du violon, le seul meuble qu'il avait conservé chez lui. Gratifié d'une pension, il fit imprimer, avec la date en blanc, la lettre de faire part de son propre décès et se fabriqua lui-même un cercueil. C'est là une bizarrerie que j'ai constaté chez deux autres mathématiciens morts assez récemment. Six ans après il fit réimprimer un avis analogue qu'il substitua au premier, dont il était impossible de tirer parti. 11 imposa enfin à ses héritiers l'obligation de planter sur sa tombe un pommier, en souvenir d'Eve, de Paris et de Newton. Tel fut le grand réformateur des théories d'Euclide (1).

Cardan, appelé par ses contemporains < le plus grand des hommes et le plus sot des enfants », Cardan qui le premier osa critiquer Galien, esclure le feu du nombre des

(1) W. DE FoxTiELLE. Comment se font les miracles. 1879.

élémenls, et donner le nom d'aliénés aux sorciers et aux saints, ce grand Cardan était fils, père et cousin de fous, et fou lui-même pendant toute sa vie. — c Bègue, impuissant, dépourvu de mémoire et de savoir, écrit-il, j'ai été livré, dés mon enfance, à des hallucinations hypnofantastiques >. — Tantôt c*est un coq prenant pour lui parler une voix humaine, tantôt c'est le Tartare plein d*ossements qui s'agite devant lui. Il avait la faculté d'apercevoir comme des objets véritables et réels tous les fantômes qui surgissaient dans son imagination. De 19 à 36 ans, un génie semblable à celui qui avait déjà protégé son père, lui suggérait des avis, lui dévoilait l'avenir.

Lorsqu'il eut atteint l'âge de 36 ans, il ne fut point privé tout-à-fait des secours surnaturels: une de ses recettes, qui ne convenait point au cas à traiter, oublia un jour les lois de la pesanteur et s'éleva jusqu'à lui pour l'avertir de l'erreur qu'il allait commettre (1). Hypocondriaque, il s'imagine avoir contracté toutes les maladies dont il lit la description et qu'il étudie: palpitation, sitophobie, flux de ventre, énurésie, goutte, hernie; toutes ces maladies s'évanouissent sans traitement après une prière à la Vierge- Bienheureuse. Tantôt son corps sent le soufre, la cire éteinte, tantôt il voit apparaître des flammes et des fantômes au milieu de violents tremblements de terre, bien que autour de lui ses familiers ne s'aperçoivent de rien.

Poursuivi, espionné par tous les gouvernements, égaré dans une forêt d'ennemis, dont il ignore même le nom, qui, à l'en croire, avaient pour l'affliger et le déshonorer condamné son fils bien-aimé, il finit par se croire empoisonné par les professeurs de l'Université de Pavie, qui ne l'auraient recherché que dans ce but. S'il échappe à leurs mains, il le doit aux secours de St. Martin et de la Vierge.

(l) De vita propria, chap. 45,

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