‹ L'homme de génieChapitre 60 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cinq jours pas même une seconde (voyez le mathématicien!). Je me souviens que je vous ai écrit, mais j'ignore quoi. Si vous m'envoyez le passage, je vous l'expliquerai t. A celte époque, il répondait à ceux qui lui demandaient des renseignements sur quelques points de ses œuvres : c Adressezvous à Moivre; il en sait là-dessus plus que moi(1)».

Ceux qui, sans fréquenter un asile d'aliénés, veulent se former une idée assez complète des tortures internes d'un lypémane, n'ont qu'à parcourir les œuvres de Rousseau, les dernières surtout, c'est-à-dire les Confessions, les JJtalogues, et les Rêveries d'un promeneur.

« J'ai, nous dit-il dans ses Confessions, des passions 1res évidentes, et tandis qu'elles m'agitent, rien n'égale mon impétuosité: je ne connais plus ni ménagement, ni respect hors le seul objet qui m'occupe, l'univers entier n'est plus rien pour moi: mais tout cela ne dure qu'un moment, et le moment qui suit me jette dans l'anéantissement. — Une seule feuille de beau papier à dessiner me tente plus que de l'argent pour en payer une rame.

> Je vois la chose..., elle me tente; si je ne vois que le moyen de l'acquérir, il ne me tente pas. J'ai donc été fripon, et quelquefois je le suis encore pour de bagatelles qui me tentent, et que j'aime mieux prendre que demanderif.

Telle est bien la différence qui sépare le cleptomane du voleur. Le premier vole par instinct, pour voler; le second vole par intérêt, pour s'approprier un objet: le premier est séduit par toute chose qui le frappe; le second est entraîné par ce qui représente une valeur.

Dominé par les sens, il ne sut jamais leur résister, le plaisir le plus insignifiant, mais présent, te fascine plus que toutes les joies du paradis. Un diner de moine (chez le père Pontierre) le conduit à l'apostasie: une légère répul-

(1) BioT. Mélanges, i, p. 273. — Araoo, iv, p. 337.

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tion lui tait abandonner cmeltemenl snr la route uo ami &pil«pli(|uc.

Ce lie ^nnt pas ^cultimenl les passions qoi, en lui, sont maladivi^fi et violentes. Il en vsl de même de l'intelligence, gâtée ol allériîc àè» les premières années, fl nous en Tonmit lui-infime la preii\c (1). Son imagination n'est jamais autant montjJe au ion de la gaicli- que lorsqu'il souffre véritablement. Su pensée est împMis.«ante h embellir les cboses vraiment ngréabIcK qui hiî arrivent : elle n'embellil que les événotncnt» imaginaires. S'il veut peindre le printemps, il lui faut £trc en hivci'. — Aussi un autre nlii^n/s Swifl, écrivit SCS lellros les plus humoristiques pendant le deuil de Ma Stella. Tous deux d'ailleurs excellaient dans la peinture do l'ahïiirde. Les maux réels ont sur Rousseau peu do prise: les malheuis imaginaires l'alleigncnt davantage; il se rét^ignc h ceux qu'il éprouve, non à ceux qu'il craint.

Voilà pourquoi l'on voit des personnes se suicider par crainti; de la niorl.

A la première lecture d'ouvrages de médecine, il s'imagine éijrouvei' loules les maladies qui s'y trouvent décrilos cl ne s'étonne pas d'être sain, mais d'être vivant. Il finil par se cioirr; atteint d'un polype au cœur. C'était, do son propre aveu, une hizarrerie, un épanchement d'une sensibilité inutile et exagérée, qui n'avait point de meiU leur emploi.

n II y a dus temps où je suis si peu semblable à moimême, dit-il, qu'on rue prendrait pour un autre homme.

» Prenez-moi dans le calme, je suis l'indolence et la timidité même; s'il Tant parler, je ne sais que dire; sî je me passionne, je irouve aussitôt ce que j'ai à dire. Mes idées circulent enibarriissécs, lentement, sourdement el ne HO présenicnl jamais qu'après coup ».

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