‹ L'homme de génieChapitre 64 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

chienne. < En vérilé, disait-il, ce livre est misérable, mais savez-vous, comment s'est formée Tîle Marguerite? Suivant une vieille légende, le Danube avait autrefois son cours à la place même qu'elle occupe aujourd'hui. Une charogne YJnt, on ne sait comment, heurter contre un banc de sable et y resta accrochée; l'écume, les feuilles, les branches, les arbres et tout ce que le grand fleuve traîne à sa suite, allèrent toujours s'amoncelant, si bien qu'un jour Tile magnifique apparut. Mon œuvre est quelque chose de sem» blable à cette charogne. Qui sait ce qui pourra en sortir un jour? »

Peu de mois après, llubner succédait à Bach; le système libéral était inauguré pour la première fois. L'infortuné Széckenyi ne se possédait plus de joie: de son humble chambre il encourageait le ministre, lui envoyait des plans de réforme, inspirait ou rédigeait des mémoires sur le renouvellement de lAutriche, n'oubliant point la Hongrie. Bien de grands hommes politiques autrichiens vinrent alors s'asseoir à côté de lui, s'inspirer de sa parole féconde. Le rêve se dissipa trop tôt; à Ilûbner succéda Thierry, un mauvais disciple de Bach, armé des vieux systèmes et des instruments les plus surannés de l'Autriche: toute réforme fut abandonnée. A celte nouvelle le malheureux se débat douloureusement: il appelle Rechberg, le supplie d'informer, alors qu'il en est encore temps, l'empereur, de sa nouvelle faute, lui soumet un programme avec une constitution pour l'Autriche et une constitution pour la Hongrie; les affaires intérieures traitées isolément; les intérêts généraux débattus ensemble. Rechberg, beaucoup moins prévoyant que ce fou sublime, disait en secouant la tête: cOn voit bien qu'un tel projet sort d'un asile d'aliénés ».

Bien plus, le ministre Thierry, soupçonnant dans le grand magyare un vulgaire conspirateur, envoie une troupe de sbires à l'hospice pour le soumettre à des perquisitions;

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menace de le Irainer en prison , le prive de ses papiers chéris.

Le malheureux, dont toute la folie consistait dans un be* soin irrésistible de rendre, à tout prix, service à son pays, a un remord: il ciaint de ne l'avoir point assez servi; il se voit désormais fermée la voie de toutes les entreprises, de toutes les espérances. En vain il s'efforce d^étouffer sa douleur poignante, en jouant désespérément aux échecs. Enfin, d'un conp de revolver, il se tue.

CéUit le 8 avril 1860.

En 1867, François-Joseph était couronné roi de Hongrie, réalisant ainsi les rêves du fou de Dôbling, el Rechberg, qui les avait tournés en dérision $ était appelé à les mettre en pratique.

Hoffmann, ce poète étrange, dessinateur et musicien, dont les dessins unissaient en caricatures, les contes en extravagances, la musique en amas de sons, mais qui, cependant, fut le créateur véritable de la poésie fantastique, était un enragé buveur. Plusieurs années avant sa mort, il écrivait dans son journal: «Pourquoi, dans la veille el dans le rêve, mes pensées courent-elles, malgré moi, vers ce triste thème de la démence? On dirait que les idées incohérentes dégorgent de mon esprit, comme le sang des veines ouvertes ». — 11 était sensible aux variations atmosphériques au point de construire, avec ses propres sensations subjectives, une échelle exactement parallèle à réchelle météorologique.

Pendant de longues années, il fut sujet à un véritable délire de persécution, accompagné d'hallucinations, dans lesquelles il voyait se transformer en réalités les fantômes de ses contes.

Le célèbre physiologiste sicilien, Fodera, déclarait souvent qu^il pouvait fournir du pain à deux cents mille hommes avec

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