CHAPITRE It
rs. «Être sensible au bruit, écrff-ïT', ïst "un aes'nom-
treui malheurs qui l'ont escompter le privilège dir giînîe *■
t Qui non hahel indignalioncm , disait-il, non habet in-
gtniumt. Mai^ il avait personnellement trop t d'indigna-
lion » et même de colère maladive.
Un jour, à Berlin, il entend sa propriétaire jaser dans l'aiiltehambre. Il sort de son appartement el la secoue si fort qu'il lui casse un liras. II lut condamni! à pourvoira M>n entretien.
Vrai hypocondriaque, il est chassé de Naples par la peur de la petite vérole: de Vérone par la crainte d'y avoir prisé du tabac empoisonné (1818): de Berlin par la terreur du choléra et, d'abord, par celle de la conscription.
En 1831. il e^t sai^i d'un nouvel rajjfuj d'inquiétude: au moindre bruit de la rue, il mettait la main à l'épée : la peur était devenue pour lui une véritable souffrance: il n'outrait aucune lellre sans en appréhender un malheur; il ne it faisait point raser la barbe, il la brûlait; haïssant les femmes, les juifs et les philosophes, ces derniers surtout; il aimait... les chiens, au point de les mentionner dans son testament.
11 raisonnait h propos de toutes choses : même d'objets d'importance minime; de son appétit extraordinaire {il était très vorace), du clair de lune, qui lui suggérait des rapports absolument illogiques, etc.; il croyait aux tables tournantes: était persuadé que le magnétisme pouvait redresser les pattes de son chien et rendre à lui même l'ouïe. Une nuit, sa bonne rêve qu'elle essuie des lAches d'encre : il en répand le matin, et le grand piiilosophe d'en déduire «que tout ce qui arrive, arrive nécessairement », et de tirer tout uo profond système d'une erreur de logique.
C'était ta contradiction personnifiée. Il propose comme bot final de la vie l'anéantissement, le ttirvana: el pourtant ! prédit (ce qui signifie qu'il se souhaite) cent années
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d*existence! — Il prêche l'abstinence sexuelle comine un devoir, et se livre à la débauche. — Après avoir tant souffert de rintolérance des autres, il insulte, avec une injuste violence, Moleschott et Bûchner, et se rejouit lorsque les gouvernements les empêchent de professer.
Il habite les premiers étages pour fuir les incendies, ne se fie point à son coiffeur, cache de Tor dans l'encrier, les lettres de change dans les couvertures: < Lorsque je n*ai aucune inquiétude, c'est alors, dit-il, alors surtout que j*ai les plus grandes craintes ». (Le même disait Rousseau).
Un rasoir lui fait peur, un verre qui ne soit pas le sien pourrait communiquer à son corps une maladie contagieuse; il rédige ses notes d'affaires en grec, en latin, en sanscrit, et les dissémine dans ses livres pour empêcher une irréalisable et imprévisible curiosité, cilors qu'elles auraient été mieux en sûreté avec un simple coffret à clef. Il se croit la victime d'une vaste conspiration des professeurs de philosophie, qui se seraient concertés à Gotha pour garder le silence sur ses ouvrages : et pourtant, par une contradiction curieuse, il redoute qu'ils en parlent: «Je préfère que les vers me rongent Je corps, plutôt que de voir les professeurs ronger ma philosophie ».
Dépourvu de toute affectivité il en vient jusqu'à insulter sa mère, et à tirer de son exemple des conclusions contre tout le sexe féminin, dont « les cheveux sont trop longs, et les idées trop courtes». Et après cet anathème, il repousse la monogamie et exalte la iéiragamie, à laquelle il ne voit qu'un inconvénient: c'est.... de traînera sa suite quatre belles-mères.
Le même manque d'affectivité lui fait mépriser le patriotisme K passion des sots et la plus sotte des passions > et il prend parti pour les soldats contre le peuple insurgé, et lègue aux premiers et à son chien... son héritage!!
Une seule chose le préoccupe, toujoui's: c'est son moi: et ce n'est pas seulement le moi, créateur d'un nouveau