CHAPITRE IV
syslème; non : dans une centaine de lettres, il parle, avec une étrange complaisance, de sa photographie, de son portrait à rhuHe, et d'une personne qui € on fit l'acquisition pour le placer dans une espèce de chapelle, comme l'image d'un saint !! ».
Personne, d'ailleurs, n'a, autant que Schopenhauer, soutenu ouvertement la thèse de la parenté du génie avec la folie. «Les personnes de génie, écrit-il, ne sont pas seulement désagréables dans la vie pratique, mais aussi faibles de sens moral et méchantes >. Il dit ailleurs : k De tels hommes ne peuvent avoir que peu d'amis; sur les sommets règne la solitude. — Le génie est plus voisin de la folie que de l'intelligence moyenne. — La vie des hommes de génie nous montre qu'ils sont souvent comme les fous livrés à un état d'agitation continuelle ».
Nicolas Gogol, livré pendant de longues années à un onanisme exagéré, après les souffrances d'une passion amoureuse, devient grand auteur comique. Ayant connu Puchkine, la nouvelle devient son occupation; il subit ensuite l'influence de l'école de Moscou et devient un humoriste de première force: dans ses Ames mortes il flétrit la bureaucratie russe avec assez de vis comica pour faire sentir au peuple la nécessité de mettre fin à cette forme de gouvernement, qui est à la fois un martyre pour les victimes et pour les bourreaux.
Il était parvenu au comble de la gloire: pour son histoire cosaque Tarass Bulba , ses adulateurs le comparaient à Homère; le gouvernement même le caressait, lorsqu'une idée commença à le dominer. Il songea qu'il avait peint l'état de sa patrie avec une crudité et un réalisme tels que le besoin d'une révolution pouvait être engendré par de tels tableaux: une révolution ne se contient jamais dans de justes limites; en éclatant, elle pourrait renverser même la société, la religion, la famille; il await le remords de
l'avoir provoquée. — Celle idée s'empara de son espril et y domina comme aulrefois Tamour pour la femme, pour l'an dramalique, pour la nouvelle el pour la salire.
Il commença alors à comballre le libéralisme occidenlal: mais le conlre-poison allirail à lui moins de lecleurs que n'en avail allirés le poison, il abandonne alors lout travail^ s'enferme dans sa maison el se livre à des prières aux sainls; il les supplie de lui oblenir de Dieu le pardon pour ses péchés révolulionnaires. II avail accompli un pèlerinage à Jérusalem et en élail revenu un peu consolé, lorsque la révolution de 1848 éclata. Ses remords se réveillenl.
Il esl poursuivi par la vision du triomphe d'un nihilisme qui voulait anéantir la religion, la patrie et la famille. Alarmé, atterré, il invoque la Sainte Russie qui doit dé^ truirc l'occident païen et fonder sur ses ruines Tempire panslaviste orthodoxe.
En 1852, le grand poète fut trouvé mort d'épuisement ou plutôt de tabe dorsale, près des images des saints, de^ vant lesquelles il s'était plongé, à genoux, dans une muette prière.
ii-i
Étiologie du Génie
INFLUENCE DES PHÉNOMÈNES MÉTÉORIQUES SUR LES OUVRAGES DES HOMMES DE GÉNIE:
— Analogie avec les aliénés.
Actions météoriques sur les fous. — Une série de recherches, poursuivies pendanl Irois années consécutives dans ma clinique (1), m'a démontré, avec cerlitude, que l'étal psychique des aliénés se modifie, d'une manière constante, sous les influences barométriques et thermométriques. En effet, lorsque la température s'élevait au dessus de 25^ 80^ et 32° cent., surtout si l'élévation se manifestait tout d'un coup, le nombre des accès maniaques augmentait de 29 à 50; dans les jours où le baromètre signalait des brusques variations — en élévation surtout — et principalement deux ou trois
{{) C. LoHiiRQSo. Pensiero e météore. — Bibliotecn scientifica internazionaie. Vol. xti. Dnmolard, Milano, 1872. — Idem. Azione degli asUH e dellff météore stdla mente umana, Milano, 1871.
jours avant ou après la vanalion, le chiffre des accès s'élevail rapidement de 34 à 46.
Celle sensibililé, que j'appelle météorique, croissail en raison inverse de rintégrilé des cenlres nerveux, très grande chez les idiols, moindre chez les monomanes.
Un aulre élude, faile sur 23.405 aliénés, m'a démontré que réclosion des aliénalions menlales présente un curieux parallélisme avec la hauteur croissante de la Icmpérature mensuelle, et avec les grandes perturbations barométriques (septembre, mars); ici encore, cependant, la première chaleur agit plus efficacement que la chaleur plus intense qui lui succède; et la chaleur, désormais habituelle, du mois d'août est beaucoup moins nuisible. — Le minimum des nouveaux aliénés se rencontre dans les mois les plus froids. (Voir Planche 111).
Cette coïncidence se voit mieux dans les aliénés français, étudiés par Esquirol (1); les chiffres françaises présentent avec plus de clarté l'effet des iniluences thermomélriques, parce qu'en France l'entrée des aliénés dans les hospices, moins entravée par les embarras bureaucratiques, est plus proche de l'éclat maladif. (Voir Planche 111).
Moii
ALIÉNÉS
Tempé-
Mois
ALIÉNÉS
Tempé-
Italie Franco
rature
Italie Franc<>
rature
Juin . .
Octobre .
Mai . . .
Septembre
Juillet . .
Décembre
l^'Ol
Août . .
Février .
Avril . .
Janvier .
Mars . .
Novembre
ni
Or, une influence tout à fait analogue s'exerce sur ceux auxquels une nature, malheureusement, généreuse, accorde la puissance de Tinlelligence av^c une trop grande libéra-
(1) QuETBLET. Physique sccU'le, llv. iv, oh. i.
lilé. (Voir Planche III). — Parmi les génies, en effet, il en est très peu qui ne confessent que leur inspiration est étrangement soumise aux influences météoriques.
Les personnes qui les approchent, ou qui lisent leurs correspondances, reconnaissent bien vite qu'ils en souffrent au point d'avoir souvent besoin de s'en plaigner à tous : quelquefois, ils luttent corps à corps, par des artifices particuliers, contre ces influences, qui brisent ou enchaînent le libre élan de leur pensée.
Pression. — Vents dans les génies, — Montaigne écrivit: < Si la santé me sied et la clarté d'un beau jour, me voilà honnête homme ». — Diderot disail : « Il me semble que j'ai l'esprit fou dans les grands vents )». — Giordani prévoyait les orages deux jours auparavant.
Un philosophe, spiritualiste par excellence, Maine de Biran, écrivait dans le Journal de ma vie intime:
<( Je ne sais comprendre comment dans les journées de mauvais temps mon intelligence et ma volonté ne soient pas de même que dans les beaux jours ». Et ailleurs: a II y a des jours dans lesquels la pensée semble déchirer les voiles qui l'environnent. Dans certains temps je prouve des accès pour le bien et j'adore la vertu, dans d'autres je suis indifférent à tout, même à mes devoirs; — est-ce que nos sentiments, nos affections, nos principes tiendraient de l'état physique de nos organes? (1) ».
L'étude de son Journal nous montre la justesse de ses doutes. — Prenons, pour exemple, le 1818: —En avril nous y trouvons deux époques de bonnes inspirations et quatre de mauvaises, bien que le temps fut beau. ^ En mai, il a une tristesse continuelle, et en novembre sérénité seule-^ ment pendant dix jours.
(1) E. NiTiLLE. Maine de Biran, sa vie, elc, p. 129. 1854.
1815; mai : a Je suis dans la névrose du printemps: et pour Tenvie de trop faire, je ne fais rien >. — 33 mai : « Je suis heureux de Tair que je respire et des oiseaux qui chantent, mais il me semble que Tinspiration soit toute passée dans la sensibilité ». Toute saison a, non seulement des formes de sensation particulières, mais une certaine manière d'entendre l'existence qui se reproduit toujours. — 17 îuin: « Irrésistible volupté de penser; inspiration >. — 4, 6, 17 octobre: « Le vide dans les idées. Tristesse ».
1816; 25 janvier: « Triste et paresseux. Ma vie est inutile ». — 24 avril : < Je suis un autre homme ; tous les jours me semblent des fêtes. Il y a dans cette époque de Tannée quelque chose qui semble. entraîner mon âme dans une autre région, et lui donner une force propre à surmonter toutes les résistences ».
1817; 13 avril : c Excité >. — 7 mai: « Je travaille sur Condillac >. — 10, 18 juillet: « Activité merveilleuse >. -— 12 octobre: «Je suis transformé; la pensée tourne au vulgaire, à la niaiserie ». — 22, 23, 25 novembre: c Agitation stérile. Altération de toutes mes fiicultés mentales ».
1818; 1' avril : « Vent du nord. Je suis ennuyé, triste, souffrant, fat )».
1820; 31 mars: c À celte époque de l'année il m'arrive toujours que le corps, autant que l'esprit, sont lourds; j'ai la conscience de ma dégradation ». — c En mai je suis encore triste, en avril je travaille; — le 5 décembre le temps est doux et humide et affaiblit toutes mes facultés ».
1821; mai: n Pendant tout ce mois je suis triste et je cède aux causes externes comme une marionette ». — 21 octobre: «c Je me seuls renaître; je revenais au travail, mais le temps a changé, le vent tourne maintenant au sud, il souffle avec force et je suis un autre homme; je me trouve inerte, dégoûté du travail, porté aux idées tristes et mélancoliques et à toutes ces fantastiqueries qui me furent toujours funestes ».
et de 1834 créations génialei
Février
Avril
Juillet Ao&t
8«pt«Dbre Ootob»
Novembre Décembre
"""°* l'Ûliu
Janvier