‹ L'homme de génieChapitre 89 sur 257 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

avail cherché d'avorter (1). — II paroil que la mère de l'Arétin était une courtisane.

Le Pétrarque eut un fils vicieux, desœuvré « le plus ré- Tractaiie aux lettres qu'un liLléralcur ait jamais eu *\ il mourut à 24 ans (2). — Rembrandt éleva avec beaucoup de soins son fils Tile, dans le but d'en faire un peintre, mais nialgriS tous ses efTorts il ne put lien en tirer.

Le fils de Waller Scott, officier de cavalerie, avait honte de la célébrité littéraire de son père et se vantail de n'avoir jamais lu un seul de ses romans. — Un fils de Mozart, interrogé par le musicien Blancliini s'il aimait la musique, répondit en jetant une poignée de louis d'or sur une table et ajoutant: < Voilft la seule musique que j'aime ».

Le fils de Sophocle Lcnla de faire passer son vieux père pour un homme tombé en enfance. La niére de Johnson était aliénée et le père de Frédéric le Grand un fou moral el un ivrogne. Pierre le Giand avait un fils ivrogne et maniaque; la sœur de Richelieu s'imaginait qu'elle avait le dos en cristal, et son frère croyait être Dieu le Père; la sœur d'Hegel se croyait changée en pli postal; la sœur de Niccolini se disait damnée h cause de l'hérésie de son frère, elle chercha plusieurs fois de le Uier. La sœur de Lamb tua sa mère dans un accès de folie.

Ciiarles V eut la mère, Jeanne la Folle, atteinte de manie mélancolique; ses pelils fils el ses arrièrc-pelil-fils furent également fous: Don Carlos, brutal, cruel el turbulent; Philippe 111, convnisionnaire; Charles 11, avec qui s'étegnit la race, épileplique, imliécille cl lypémnne, et un pelitfils, bâtard de génie, .Mexandre l''nrncsc (.'î).

(Il De riia propria,

(8l Famil. un. 2, xïiii. ÏS.

(3) lKn.iHD, TTw IBot hjkih l/ie Bva

diU lUin» Us mril'iilie.>: , IHSG.

Le père de Beethoven était si renommé pour son ivrognerie qu'on disait de lui que sa mort avait arraché des larmes aux gabelleurs du vin. Byron eut ia mère à moitié folle, le père dissolu, impudent et bizarre; son grandpère était un navigateur fameux: aussi a-t-on pu dire de lui € que s'il y avait un cas où Tinfluence héréditaire pourrait justifier Texcentricité du caraclère, c'était le sien, car il descendait d'une série de parents chez lesquels tout semblait calculé pour détruire l'armonie du caractère et la paix du foyer (1) ». Alexandre eut la mère dissolue et perverse et le père ivrogne. — Le grand-père de Plutarque, Lampria, était très adonné au vin dont il se plaisait à célébrer les vertus ; et celui de Cimon était ivrogne et débauché.

Kerner avait une tante maternelle folle; sa sœur était mélancolique et elle eut deux enfants dont Tun était fou, l'autre somnambule. Les fils de Tacite, Carlini, Bernardin de Saint-Pierre, Mercadante, Donizetti, Volta, Manzoni, une fille de Victor Hugo, le père et les frères de Villemain, la sœur de Kant, les frères de Zimmermann, de Perticari, de Puccinotti furent frappés de folie. Un fils de Vanderbitt était épileptique. D'Âzeglio qui eut un grand-père et un frère plus que bizarres, nous rapporte le proverbe qui courait dans Turin : <r / Taparei a Van nen le grumele a post (2) * .

Baudelaire a écrit de lui-même : c Mes parents idiots ou fous moururent tous victimes d'une folie terrible »: il est cependant vrai que leurs biographes n'ont pas pu en trouver (3).

(1) RiBOT. Gavrage cité, 85.

(2) D'ÂziEOLio. Memorie, p. 341. — C'est à dire: Les TapareUi n'ont pas la tête à leur jUace, Taparelli était ud nom de famille des D'âziolio.

(3) Œuvres posthumes, vol. i.

ciupithë II] l'il

^'Les origines de la névrose de Renan, dont nous avons di-jJi pailt-, nous sont indiquées par liii-nicme dans l'êducilion religieuse et prématurément sacerdolale, cette éducation dit séminaire, qui lorsqu'elle lient un homme ne le quitte plus, et que pour cela même regorgeait de fous (1).

Laliéniste trouverait des autres sources de névrose et d'alavisme d.ins la petite ville même de Trégnicr, où il naquît. En raison des fréquents mariages entre parents et de la prépondérance de l'élément ecclésiasiique, te village était devenu une vraie fouimilliére de fous cl de demifous.

< Ces fous inoiifcnsifs, dit-il, étaient une sorte d'institution, une chose municipale... On les rencontrait presque partout; ils vous saluaient, vous accueillaient de quelque plaisanterie nauséabonde, qui tout de même faisait sourire. On les aimait, et ils rendaient des services. Je me souviendrai toujours du boa fou lirian, qui s'imaginait être prêtre, passait une partie du jour à l'église, imitant les cérimonies de la messe (2) ».

Une influence plus grande sur sa psychose l'ont eue les folies qui dominaient dans sa famille. Son oncle paternel, demi-fou, mena une vie vagabonde et passait ses jours et ses nuits dans les cabarets à conter des histoires et des légendes aux paysans, qui l'aimaient beaucoup; — un soir on le trouva mort au bord d'un chemin. — Son grand-père, patriote ardent et honnête, perdit par douleur, en 1815, la raison et on fe vil se promener avec une énorme cocarde

■ (1) Entre aatr^H, dit-il, il y aitvlt un vrai fou. le prêtre Verger qui finit

Mi|U tuer «on archevêque, et avec lui ce B. de'", le seul dans le séminaire

^•i^ftl Mmbllt predestino ï la vraie iiinteté, qui pleurait a. chaudes Inrmes

peodapt la prière et qui pourtaut cliaiigea radicalement d'opinions, passa

des Idéi'S politiques très eia liées et qn'oo croit iivoir fini parmi les fiiBJIlés

4a I* Comiiinne.

^L(!| K. RïSiK, S«WrfHtr's rl'f^nfnnef el de jritn'sse. Taris,

192 DBUXIÈMB PARTIE

tricolore en s'écriant : Se voudrais bien savoir qui est-ce qui va m' arracher celle cocarde/

Lui-même, né à sepl mois, resta longtemps * grêle et faible et pour cela même l'éducation sacerdotale, — cette éducation qui enflammait comme un fer embrasé les âmes les plus tranquilles, — put le troubler plus aisément.

Dans Schopenhauer, aussi, Thérédité maniaque et névrosique est très mai^iuée. Il descendait par son père d'une vieille famille de Dantzig: son bisaïeul André était un homme plein d'énergie et de décision. Son grand-père Frédéric, avec sa tranquille pratique du commerce, introduisit le bien-être dans la famille; sa grande-mère Renée avait eu une tante et un grand-père aliénés; son père, Henri, semble avoir été un homme d'affaires fort avisé; républicain, il avait l'arrogance native de certains patriciens démocrates, il était sourd dès sa jeunesse, et atteint d'une continuelle manie des voyages, il se livrait à de si forts accès de colère que, disait-on, dans ses éclats, même le chien et le chat de la maison prenaient la fuite épouvantés; avec les progrès de la surdité, il devint plus violent et plus irritable et soufi'ril, sinon de véritables altérations psychiques, au moins d'angoisses maladives. On le soupçonne suicide. Il présentait divers caractères de dégénérescence : les oreilles larges, les yeux très-saillants, la bouche épaisse, le nez court et retroussé. Sa slature était pourtant très-élevée.

La mère de Schopenhauer, mariée à 19 ans, était spirituelle, ambitieuse et, disait lui-même, de mœurs assez légers. Son frère Frédéric, fût, dès la jeunesse atteint d'imbécillité.

Cette influence psychiatrique peut aujourd'hui être contrôlée par les chifl^res mêmes. Dans la statistique prussienne de 1877, sur 10.676 aliénés, on a pu constater l'hérédité maladive pour 6.369, c'est-à-dire:

Page 1