CHAPITRE V
Il y a déjh long[lemps qu'on a dit:
< A cni naturH non lo vollo dire,
Xot dfrian mille Atcne e mille RoiiiH il) •.
Les circonslances, donc, et le degré de civilisation font accepter et tolérer les génies et leurs découvertes, qui dans d'autres conditions seraient passés inaperçus ou raillés et, plus encore, persécutés.
Lliistoire nous montre que, bien larement, les grandes découvertes sont une nouveauté, et qu'elles sont demeurées longtemps A l'état de bibelots ou de curiosités. « La vapeur, dit Fournier, était un jouet d'enfants au temps d'Héron d'Alexandrie et d'Anthemius de Tralles. Il faut que l'esprîl humain et le besoin de notre race travaillent des millions de fois par l'expérience avant de tirer toutes les conséquences d'un rait{2) ».
En 1705 Spedding offrit le gaz portatif lié^k préparé et prêt à la commune de Vitchaven, qui le refusa; vinrent ensuite Chaussier, Minketcrs, Lebon et Wind):or, qui n'ont neu que le mérite de s'.Tppropricr sa découverte. ft^ On avait trouv'; ht bouille depuis le \v° siècle, le navire ^ roues en 1472, celui â bélîco avant 1790. Lorsque Papin essaya la navigation h vapeur il n'en recueillit que des railleries; on le traita de cbarlalan. (Juand l'bélicc fut enfin appliqué, Sauvage qui lavait inventé, ne le vit en action
le de sa prison, où il était enfermé pour dettes.
La (laguerréotypie fut entrevue en Russie au xvi* siècle; Cn Italie par Fabricius en 1560 et ensuite découverte de nouveau par Tliiphaigne de la Roclie. — Le galvanisme lut découvert aussi parCotugnoct par Du Vernay.
K tu ■ ^o'' wnxiiial 11 niiturt! ii'a rien dit, inll 'm dinlent rien non pins >.
(t) B. roninn. Lr VUux-Ne»f. Parii, ISXT.
204 riEtiXlÊME PARTIE
La tijL'orie de la séleclion elle-même n'up(3ai'Uc[il pas à Darwin nvrlusiveinent. c Les espèces acliietles, — disnil déjà Lucrèce, n'ont pu subsister que grâce à leur ruse, k leur force, à leur vilcsse; les autres ont succombé (1) », — Kt Pliilarque, remarquant que tes clievaux qui avaient été poursuivis par les loups étaient plus rapides que les autres, en donnait celle raison: «que, les plus lents de la bande ayant été atteints et dévorés par les cainassiers, les plus agiles seuls avaient survécu ».
La loi d'attraction de Newion élRit déjà tracée dans les ouvrages du xvi** siècle et parliculièiemenl dans ceux de Copernic et de Kepler: elle fut presque complétée par Iloodc.
Il en est ainsi du magnétisme, de la chimie et même de l'antliropologie criminelle, etc., etc. Donc, ce n'es! pas la civilisation qui produit les génies et les découvertes, mais elle en aide l'éclosion, ou, mieux, en détermine l'acceptation.
On peut donc admettre que toutes les époques et tons les pays peuvent avoir des génies; mats, comme dans la lutte pour l'existence, la plus grande partie des êtres ne naît que pour devenir de suite la proie de l'autre, ainsi, beaucoup di; génies, s'ils ne trouvent pas le niomenl favorable, restent ou i^noi'és, on méconnus.
S'il y a des civilisations qui aident au développement du génie, il y en a aussi qui lui sont nuisibIcR. — Dans tes régions de l'Italie, par exemple, où la civilisation est plus ancienne, et où elle s'est renouvelée, et plus fortement i chaque lepiise, si la trempe du peuple est plus ouverte, la formation du génie y est plus lare : en généi'al, lA où la culture publique date de plus loin on est plus répugnant aux nouveautés. Au contraire dans les pays où la civilisation est récente et où la barbarie a dominé plus longtemps, comme en Russie, les idées nouvelles sont acceptées avec la plus grande faveur.
Il) Lucjiiicï. lie feriini naiuru.