‹ L'homme de génieChapitre 98 sur 257 · CHAPITRE PDEUIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PDEUIER

Entre autres exemples de ce que Lscamus appelle des phrénésies savantes, il cile mademoiselle Antlieman qui, pendant le délire, avait* le visage riant, l'humeur agréable; les Tacultés de la main droite étant interdites par la paralysie, elle peignait de la (^aiiclie et brodait avec une dexléritû incroyable: les productions de son esprit n'élaienl pas moins incroyables que celles de ses mains. Elle récitait des vers où l'on remarquait toute la vivacité et la délicatesse possibles, quoiqu'ils fussent ses premiers-nés (1)>.

«Je vais essayer, dit Gérard de Nerval, dans son livre intitulé : Le Rêve el la Vie, de transcrire les impressions d'une longue maladie qui s'est passée tout entière dans les mystères de mon esprit; — cl je ne sais pourquoi je me scrK de ce lorme maladie; car jamais, quant à ce qui est de moi-même, je ne me suis senli mieux portant. Parfois, je croyais ma force et mon aclivité doublées; il me semblait tout savoir, tout comprendre ; l'imagination m'apportait des délices infinies. En recouvrant ce que les hommes appellent la raison, l'audra-l-il regretter de les avoir perduesî >.

Quel médecin d'aliénés n'a pas entendu mille l'ois de semblables paroles sortir de la bouetie de malheureux aliénés qui, après avoir recouvré la raison, regrettaient leur étal passé, celte vie nouvelle, cette ' vita nuova » que Gérard dcUnit ' L'épanckemenl du songe dans la vie réelle! k.

L'augmentation de l'activité intellectuelle, dit M. le docteur Parchappe, se rencontre fréquemment dans la folie; elle est même un des caractères les plus saillants de celte maladie, dans la péi'iode aiguë... Les annales de ta science, ajoute le même auteur, contiennent un certain nombre de faits authentiques qui ont contribué à consacrer le préjugé d'une augmentation surnaturelle des facultés intellectuelles, et qui expliquent, jusqu'à un certain point, comment l'amour du merveilleux chez les observateurs crédules, exa-

B) MAieeine de Visprit, t.

rnOISIÈME PARTIE

gérant et ilûnaliirant des fails analogues, a pu acciédilor les incroyables récits dont rourmille l'hisloire des sectes religieuses à toutes les époques, et plus paiticulièrement riiistoire de la possession diabolique au moyen âge. (Sympiomalologie de la folie).

Van Swieten {Comment., 1121) dit avoir vu une tenime qui pendant ses accès de manie ne parlait qu'en vers, et qui les composait avec une admirable facilité, bien que dans l'élat de santé elle n'eût jamais montré le moindre talent poétique.

Lorry cite une dame noble, d'un esprit fort médiocre, qui était sujette à des accès de mélancolie pendant lesquels son intelligence se développait au point de disserter avec éloquence sur tes questions les plus ardues.

Une jeune fille du peuple, âgée de quatorze ans, atteinte de folie à la suite d'une mission, discourait sur des sujets religieux comme si elle se fût livrée à l'élude de In théologie; elle parlait comme un prédicateur sur Dieu, sur les devoirs du chrétien, et savait résoudre avec sagacité les objections qu'on lui faisait. {J. Frank. Pathologie interne: Manie fantastique).

J'ai eu occasion, écrit More! (1), de remarquer chez quelques aliénés hypochondriaques, hystériques et épileptiques, une activité intellectuelle extraordinaire aux époques critiques de la maladie. Il n'est pas rare d'observer que les attaques d'exacerbations auxquelles ils sont .sujets sont précédées d'une manifeslation anormale des forces de l'inlelligence. Utt jeune aliéné hypochondriaqne, confié h mes soias, étonnait souvent ceux qui le voyaient, par la facilité de son élocution et par la manière brillante dont il exposait ses idées. Il lui est ariivé, dans certains moments, de compose!', dans l'espace d'une nuit, un morceau de musique ou une pièce théâtrale qui renfcrmaîcnl des traits remiir-

llf T.'aiW des miUadief m»»tnles. 1858.

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