CHAPITRE rREMlEn
Ribles el quelques beaulés de premier ordre. Mais pour moi, qui connaissais le malade, je n'étais jamais trompé sur le pronostic que m'inspirait celle situation. Je savais qu'après trois ou quatre jours d'excitation, ce jeune alii^né tombait dans une morne stupeur et dans un liébélement qui lui enlevaient jusqu'à l'instinct de ses besoins les plus nalurels. Cette triste situation a fini par la démence la plus complète.
> Chez une aliénée hystérique, à prédominance d'idées religieuses exaltées, j'ai pareillement observé des phénomènes extraordinaires comme réminiscences intellectuelles. Elle avait assisté à beaucoup de sermons, et en avait lu un plus grand nombre. Je l'ai entendue répéter mol à mot ce qu'elle avait iu, ce qu'on avait dit en sa présence. C'est le livre à la main que nous avons pu suivre celle exaltée lorsque, sous l'inlluence d'un phénomène nerveux qui surexcitait ses souvenirs, elle nous récitait des sermons d'orateurs chrétiens 1res connus. Il lui était impossible de renouveler le phénomène dans son état ordinaire; mais, comme dans l'observation précédente, nous savions â quoi nous en tenir sur un fait de ce genre, sans compter qu'il ressemblait à une foule d'autres au moyen desquels on a, à diverses époques, exploité la crédulité publique : il était, chez celte hystérique, l'indice d'une crise d'exacerbation suivie de stupeur.
> Passons maintenant à la concentration extrême de l'attention chez une aliénée hypocliondriaque, qui raconte ses propres sensations. Je fais cet extrait d'un journal que m'a légué cette malade, et qui est le résumé de tout, ce qu'éprouvent ces sortes d'aliénés.
» Six septembre i85S, neuf heures du soir. — Ce soii-, en me couchant, douleur aiguë dans les régions sacrées et dans les cuisses. Déchirement douloureux dans l'oreille gauche et l'œil du même côté. En m'endormant, je suis dominée par le sentiment de la peur. Je roule dans des
abimes sans fond, ayant comme un crochet de fer qui relève le crâne et le cœur ».
r Sept septembre i852, sept heures du matin, — Douleur, lancement dans les yeux, souffrances aiguës dans les paupières. Pression dans les tempes, principalement à gauche; toujours les yeux larmoyants, le larynx serré; une horrible et éternelle faim canine qui me fait comme sauter. Il me prend une colère qui me fait paraître folle aux yeux des autres. Si je pouvais encore crier, cela me soulagerait; j'ébullitionne et j'ai bonne mine. Dans le crâne, j'éprouve comme si j'avais une petite scie. Toujours ce mouvement d'une scierie, d'une roue qui tourne et m'entraîne. Mes os me font l'effet de bois mort qui brûle comme du bois de Campêche ».
« Huit septembre i852. — Journée entière sans avoir pu rien faire. Un cintre m'étreignait le front. Je me couche avec un profond chagrin. La crainte me domine; parfois un sentiment de haine, un tant soit peu de jalousie permise contre ceux qui peuvent agir librement et travailler. J'ai dans le dos comme de petites cordes de boyaux tirant en tous sens, faisant de la musique comme un harmonica. C'est tuant. L'homme le plus fort tomberait mort de frayeur, si la réalité d'une personne dans mon état se montrait à lui... Et l'on rit de moi... Les médecins ne veulent pas croire à mes souffrances. Il y a des instants où je vois à la fois tout ce que j'ai vu dans ma vie. Je me sens enlever dans les airs ou sur les toits; je me fais horreur. Il semblerait un vieux tableau de Rembrandt passé à l'eau forte ».
fi Rêves. — Chevaux crevés, sans tête, équarrissés; des horreurs de tous genres... Et puis ce sont les membres de ma famille qui m'apparaissent; mais je vois tout en laid et en raccourci; il y a comme une chambre obscure en moi, et le réflecteur me fait tout voir en petit. J'admets que je sois folle, mais admettez au moins que je suis bien malade, etc., etc. >.