JULES, FRANTZ
JULEs.—Oh! mon père, vous voyez devant vous le plus malheureux des hommes.
FRANTz.—Toi, malheureux! Tu m’étonnes, Environné de gloire et de puissance, estimé de ton souverain et de son auguste fils.
JULES.—Cependant, mon père, mes jours sont en danger. Hermann est jaloux de ma gloire. Vous savez ce que peut tenter ce ministre. Mais j’ai résolu de mettre un obstacle insurmontable à ses projets criminels. Oh!
mon père! c’est un adieu peut-être éternel que je viens vous faire.
FRANTZ.—Quoi ! tu prétendrais ?.…
JuLes.—M'éloigner à jamais de ce pays.
FRanTz.—C’est à quoi je ne consentirai pas.
Juzes.— Vous blâmeriez ma résolution?
FRranTz.—Certainement. Ecoute, Jules, ton père a besoin de toi, et je pense que tu ne lui refuseras pas ton secours.
JuLes.—Jamais. Disposez de moi; je jure de faire ce que vous m’ordonnerez.
FRAnTz.—Je reçois ta parole. Depuis que tu habites la cour, tu connais sans doute les mal-
BL, Po
burs d’un ministre qui fut proscrit il y a ngt ans ?
PJures.—Le comte Gérald ?
LFRANTZ.—Oui ! | PJuLEs.—J’en ai souvent entendu parler au
uc.
à FRanrTz.—C’est pour cet infortuné que j’im-
lore ton appui.
D Juces.—Quoi ! mon père, vous voudriez que
|m'autorisasse de quelques services rendus à
Mon prince et à ma patrie pour défendre près e l’électeur un traître, un criminel...
D FRanTz—Jules ! si l’on te disait que ton père
Msoustraic un dépôt qui avait été confié à sa
ï, qu'il a trahi le plus saint des devoirs, le
roirais-tu ? Une voix secrète ne s’élève-t-elle
joint au fond de ton âme pour défendre l’au-
ur de tes jours d’une accusation flétrissante ?
* Juzes.—Pouvez-vous en douter, mon père ?
FRanTz.—Tu viens de prononcer la justifi-
ation du comte Gérald. Il était innocent, j’en
Monne ma parole à mon fils Jules ; (se décou-
rant) et je prie le fils de mon maître de le
Drotéger.
| Juzes.—Expliquez-vous ?
D FRanTz.—Ce malheureux, si injustement
condamné, est votre père.
à Jures.—Mon père!
: FRANTZ.—Je n’ai jamais eu que le bonheur
d'élever votre enfance et de vous sauver de la
Fage des persécuteurs de votre famille.
F JuLes.—Grand Dieu! Gérald !. il est mon
Epère ! et qui fut son ennemi ?
FRANTzZ.—Hermann.
JULES.—Ah ! je le crois à l’invincible hor-
Ms
reur que ce traître m’a toujours inspirée. Mai mon père, il est malheureux, il a besoin q moi, je dois voler à son secours, où est-il ?
FRANTzZ.—Près d'ici. C’est... (Auguste parai sur le pont ; Ragotzi l'accompagne.)
‘ Juzes.—Voilà le prince !
FranTz.—-Plus, tard nous reprendrons ce entretien. Maïs surtout ne dévoilez à personn le secret de votre naissance avant d’en avoi obtenu l'autorisation de votre père; vous me le promettez, seigneur ?
JULES (vivement). —Jamais ce titre, Frantz; toujours Jules, ton cher Jules.