SCÈNE re
FRAnNTz ét PÉTERs sont sur le devant dé la scène; Ragotzi sort de la tour à droite, suivi d'un détachement de soldats ; il s'éloigne par la grande arcade. Un autre détachement passe sur la terrasse et plusieurs autres se croisent sur la place d'armes.
PéTers.— Quel remue-ménage !... Tout est sans dessus dessous dans le château. Et quelle affaire terrible !
FrANnTz.—Je suis dans une inquiétude mortelle. Mon pauvre maître !... (Montrant la prison à droite.) Il est là sous d’affreux verroux !… Son fils même n’a pu obtenir la permission de partager sa captivité. Ce bon Jules! que de chagrins l’attendent! il est maintenant aux pieds de l'électeur; il prie, il sollicite pour gH'on permette au comte Gérald de se justi-
er s
Pérers.—Mais qu'est-ce que ça vous fait, mon père, qu’il se justifie ou qu’il ne se justifie pes ? C’est nous qu’il faut justifier d’abord.
FRANTZ.—Je ne crains rien !
Pérers.— Vous êtes ben heureux; moi, j'erains tout.
FRANTZ.—Tu es si brave !
Pérers.—Oui, je le suis quand je n’ai pas peur, pourtant. Enfin, écoutez, notre affaire n’est pas trop claire. Il est prouvé que vous connaissez l’homme de la Forêt-Noire ; il est prouvé qu’il est venu vous voir ce matin; il est prouvé que vous l’avez fait enfuir quand moi, Péters, j'ai voulu le faire arrêter; il est prouvé.
FRANTzZ.—I1 est prouvé que tu es un sot.
Pérers.—Il n’y a pas de doute que cela est prouvé, et j’ai entendu le comte Hermann qui disait : Il périra, lui et tous ses complices. Si c’est pour nous qu’il parlait, ça n’est pas trop
ai ( est là, cet homme de la Forêt-Noire.
ci Ôn a mis son compagnon qui est encore plus méchant que lui et qui est gourmand surtout. Ah! il est gourmand ! faudra une fière pitance pour le nourrir! tantôt il a collationné avec moi... Ça m'a fait peur. Comment dînet-il, s’il collationne comme ça ?
FRANTzZ.—Misérable ! c’est toi qui as causé tous ces malheurs.
Pérers.—Ah ! c’est moi. Pouvais-je deviner que ce vilain tout-laid avec sa barbe noire était le père de Jules! V’là-t-y pas un beau père!
À sa place, j'aimerais presque autant n’en pas avoir. Ah ! v’1à monsieur Ragotzi; qu’est qu’il va nous dire ?
es VDS SCÈNE II.
LES PRÉCÉDENTS, RAGOTZI arrivant par la grande arcade dont à ferme la grille.
RaGoTzI.—ÆEh ! bien, mon pauvre Frantz ?
FRANTZ.—Eh bien ! mon cher Ragotzi ?
RaGoTzi.—(Ça va mal.
Pérers.—[Là, voyez-vous, ça va mal: ah!
mon Dieu!
FranTz.—N'est-il aucune espérance ?
RacoTzi.—Bien peu.
Pérers.—C'est fait de nous.
FRANTZz.—Quoi ! l'électeur ?.… RAGpTz1.—Ne veut rien entendre.
FRANTz.—J'ules ?.…
RaGorzi.—N’a pu parvenir jusqu’à lui.
FRANTZ.—Maiïs le prince Auguste ?.…
RaGorzi.—N’a pu rien obtenir de son père.
FrRaANTz.—Malheureux Gérald !
Pérers.—Malheureux Péters ! +408
RaGoTzi.—Demain, à la pointe du jour, Gé:
rald et son compagnon d’infortune seront transportés à la prison d'Etat. |
Pérers.— Et nous, monsieur Ragotzi, serons-nous encore longtemps prisonniers ?
RaGorzi.—Oui.
Pérers.—Et mon grand-père ?
Racorzi:—1Tl est gardé dans la maison par un détachement de grenadiers.
Pérers.—Ah ! mon Dieu! mon grand père, tout seul avec les guernagués; mais c'est sa faute, de quoi s’avisait-il de fournir à manger à ces deux grands vilains hommes et de les cacher dans sa cave, comme si, à son âge, on ne devait pas renoncer aux intrigues.
à PA
RaGorTzr. — Allons ! laisse-nous tranquilles avec tes doléances.
FRANTzZ.—Ce méchant Hermann aura pu décider l'électeur à ne point entendre la justification de mon maître.
* Ragorzi.—Le scélérat est capable de tout pour perdre son ennemi.
FRrANTz.—Ragotzi, je t'en conjure, veille sur le comte. Moi-même, quand je ne serais pas prisonnier en ces lieux, l’attachement que je porte à mon maître et l’effroi que m’inspire
ermann suffraient pour m’y retenir.
RaGorzt (tirant Frantz à l’écart).— Le prince Auguste vient de m’annoncer qu’il avait besoin de me parler en particulier, et qu’il va se rendre ici.
FrRaAnTz.—Le prince! que peut-il te vouloir ?
RaGoTzi.—Je l’ignore, mais tu dois sentir, . mon cher.Frantz, qu'il est nécessaire que je reste seul.
FRANTzZ.—Oui, nous allons rentrer chez toi.
RaGorzi.—C’est cela.
Franrz.—Je te recommande toujours mon cher maître.
Racowzi.—Sois tranquille. (Frantz et Péters rentrent dans la maison, Auguste paraît à la
grille.) :
AuGusre (à voix basse).—Ragotzi! Ragotzi !
RaGoTzi.—Il était temps, voici le prince!
Ouvrons-lui la grille.
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