‹ L'homme de la Forêt Noire [microforme]Chapitre 45 sur 64 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

RAGOTZI, AUGUSTE,

RaGorzi.—Seigneur, je suis à vos ordres.

AuGusre.—Nous sommes seuls, Ragotzi ?

RaGorzi.—Oui, seigneur, absolument seuls.

AuGusTE.—Ma démarche vous surprend sans doute, mais votre étonnement cessera quarid vous connaîtrez le motif qui me fait agir. Vous êtes chargé de la garde des prisonniers ?

RaAGoTzi.—Oui, seigneur.

AUGUSTE.—Eh ! bien; Ragotzi, voulez-vous me rendre un service signalé et acquérir des droits éternels à ma reconnaissance ?

RaGorTzi.—Parlez, je serai trop heureux de vous être utile. .

AUGUSTE.—En apprenant que Jules devait le jour au comte Gérald, l'intérêt que je porte au libérateur de mon père m’a fait désirer que le sien eût été accusé injustement. Jules proteste de l’innocence de Gérald, maïs les preuvesles plus fortes se réunissent contre lui, et l’électeur en le condamnant n’a point eu à se reprocher d’injustice ; cependant il est possible que les preuves aient été forgées par quelqu’ennemi secret du comte. Mon père peut avoir été abusé, et si cette supposition est vraie, je veux tout entreprendre pour faire recouvrer à Gérald sa liberté, ses titres et tous les biens qu’il a perdus.

RaGorzi.—Ah ! seigneur, cette résolution est bien digne de la générosité de votre cœur.

AUGuUSTE.—Je veux voir Gérald, l’interroger ; je veux aller chercher la vérité jusqu’au fon

de son cœur ; s’il est coupable, ma félicité est à jamais détruite ; mais Era rien à craindre pour sa vie, les services du fils doivent effacer tous les torts du père. S’il est innocent, je deviens son appui, son défenseur ; je lui rends lestime de son prince ; et ses ennemis marchent au supplice qu’ils ont fait préparer pour lui. Eh bien! Ragotzi, que pensez-vous de : mon projet ?

RaGorzi.—Je ne puis que l’approuver sans doute ; cependant.

AuGusre.—Refuseriez-vous de me servir ?

RaaoTzi.—Pardon, seigneur, mais mon devoir.

AuGusTe.— Votre devoir est de tout sacrifier pour sauver un homme vertueux.

RaGoTzi.—J’observerai à Votre Altesse..

AuGusTE.—Eh ! quoi! Ragotzi, vous que j’ai toujours connu généreux, sensible, vous refusez de participer à une bonne action? Vous ne songez donc point à tout le bien qui peut en résulter? Voyez Gérald délivré de la sentence ignominieuse qui, depuis vingt années, pèsent sur sa tête ; il échappe à la mort dont peutêtre mes prières ni mes larmes n’auraient pu . le garantir; son innocence est reconnue; ses ennemis sont confondus; son bonheur, celui de Jules sont assurés, et leur félicité devient votre ouvrage. Oh ! Ragotzi, un tel tableau doit toucher votre cœur et vous rendre capable des plus grands efforts pour sauver le malheureux Gérald ! Vous ne répondez pas ?

RAGoTzr (avec attendrissement).—Que voulezvous? Je crois, morbleu, que je pleure! En vérité, voilà la première larme depuis au

Le ME

moins vingt-quatre ans! Ah! le moyen de vous résister ! Vous faites de moi tout ce que vous voulez.

AUGUSTE.—Ainsi, vous consentez ?

RaGorzi.—Il le faut bien. Mon Dieu! que je suis faible ! En un seul jour voilà deux fois

ue vous me faites manquer à mon devoir!

oi, le rigide Ragotzi. Ah! quelle schlague je mérite! quelle schlague !.… Je vais le chercher. (Il rentre dans la tour.)

AuGusTe.—Bon Ragotzi! O mon Dieu! seconde-moi, fais que le père de Jules soit digne de son fils. .

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