HAE" HAE
ZIMMERAFF.—Un moment.
. RaGorzi—Comment; un moment ? rentre « tout de suite.
ZIMMERAFrF.— Pas encore.
Racorzi.—Est-ce que tu te moques de moi, par hasard ?
Zimmerarr.—Ecoute, Ragotzi, j'ai à te parer.
RaGorzi.—Qu'’est-ce que c’est que ce ton-là ? Prends garde à la schlague.
ZIMMERAFF.—Je ne te crains pas.
RaGorzi.—Enevre! Ah! ça, je crois que tu "te permets de me tutoyer.
ZIMMERAFF.—Il y a longtemps que je te connais. \ RaGorzi.—C’est bien de l’honneur pour moi.
Zammerarr.—KEst-ce que tu ne me connais pas, toi ?
RaGorzi.—Si fait, j'ai cru remarquer.
Zimmerarr.—Te souvient-il d’un certain Zimmeraff, jadis attaché au comte Hermann.
Racorzi.—Zimmeraff... Oui, oui... c'était un coquin ?
IMMERAFF.—Justement, c'est moi.
RaGorzi.—Toi! je t'en fais mon compliment, ZimmEerArr.—Tu le peux, car je suis deve-.
nu honnête homme.
RaGorzi.—C’est impossible, ou tu aurais bien changé.
Zimmerarr.—Je vais t’en donner une preuve.
RaGorzi.—Ce doit être curieux.
Zrmmerarr.—Le comte Hermann veut me faire sortir de prison.
RaGorzi.—Je l’en défie.
. ZIMMERAFrr.—I1 saura bien t’obliger à y consentir. |
Ragorzi.—Nous verrons cela.
ZIMMERAFF.—Et tu y consentiras.
RaGorzi.—Tu crois ?
ZIMMERAFF.—J’en suis sûr.
RaGorzi.—Eh bien! tu te trompes.
ZiMMERAFF.—Dans un instant, il viendra me chercher.
RaGorzi.—Qu'il y vienne.
ZAMMERAFF.—Mais ce n’est pae moi qu’il emmènera.
GÉRALD (à part).—Qu'entends-je ?
Racorzi.—Et qui donc ?
ZIMMERAFF.—Gérald.
GÉRALD (à part).—Que veut-il dire ?
RaGorzi.—Je ne te comprends pas.
Zimmerarr.—Je vais m'expliquer; tu m’enfermeras dans le cachot de Gérald; tu placeras Gérald dans le mien : quand Hermann viendra pour me faire sortir, il pourra dans l'obscurité prendre l’un pour l’autre et rendra lui-même Ia liberté au comte Gérald.
GérALp (à part).—Et moi qui le soupçonnaïs.
ZIMMERAFF.—Eh. bien! que dis-tu de mon projet ?
AGOTzZI.—Je ne t’aurais jamais cru capable
d’une action comme delle
Zimmerarr.—Cela ne m'étonne pas.
RAGorzr. —- C’est au point que j'ai peine à
croire qu'il n’y ait point quelques mauvais desseins cachés sous d’aussi belies apparences.
ZimmErarr. — Tes soupçons m'outragent :
demande à Gérald s’il croit pouvoir se fier à Zimmeraff.
Sa? ja
RaGorzi.—Allons, ton air de sincérité lève tous mes doutes. (À part.) Je prendrai mes précautions cependant.
Zimmerarr.—Et tu consens ?
RaGorzi.—-A tout.
ZIMMERAFF.—Eh ! vite, préviens Gérald.
RaGorTzi.—Ce ne sera pas long.
ZIMMERAFF.—Où est-il donc ?
GÉRALD (paraissant).—Devant toi.
ZIMMERAFF.—Gérald !
GÉRALD.—J’ai tout entendu, Zimmeraff, et je ne puis souffrir.
ZIMMERAFF.— Avez-vous pensé que je consentirais à vous abandor'ner ? Non, vous prendrez ma place. Elle n’est point faite pour vous cependant ; mais j’espère que vous n’y resterez pas longtemps.
GÉRALD.—Tu exposes tes jours.
ZIMMERAFF.— Je sauve les vôtres, et votre vie est mille fois plus précieuse que la mienne,
GÉRALD. — Hermann, furieux d’avoir été trompé dans son attente, te donnera la mort.
ZIMMERAFF.— Il ne l’osera pas, et dans tous les cas, si je péris, ce sera un coquin de moins.
l en restera encore assez sans moi. On va m'apporter un manteau, vous vous en couvrirez, vous éviterez de parler devant Hermann et le ciel fera le reste.
GÉRALD. — Non, Zimmeraff, ma fuite ne pourrait que donner une nouvelle force aux accusations portées contre moi, et ce n’est
oint au moment d’être justifié que je veux ournir de nouvelles armes à mes ennemis.
ZIMMERAFF.—Comment ?
GÉRALD.— Mon fils est en ce moment sur la
Mes Du
route de Schekenteim ; il connaît l'endroit où sont cachées les lettres d’Hermann ; il va les soumettre au prince, et mon innocence sera reconnue.
ZIMMERAFF. — Pas tout à fait. Vous prouverez sans pin qu'Hermann vous a injustement accusé, mais comment persuaderez-vous à l'électeur que ce n’est pas vous qui avez attenté à sa vie dans la forêt ?
GÉRALD.—-Réflexion cruelle!
ZIMMERAFF.—Partez, seigneur. Il faut vous soustraire à la vengeance d'Hermann, jusqu’à l'instant où j'aurai démasqué le traître. Not attendrez à da ferme de Frantz l'issue de ces événements. Ragotzi, une paire de pistolets.
Ragaorzi.— Vous les aurez.
GÉRALD.—Que veux-tu en faire ?
ZIMMERAFF.—Hermann vous fera accompagner par deux de ses honnêtes gens; ils pourraient gêner votre fuite, vous vous en déferez à cent pas.
GÉRALD.—/Zimmeraff, cette action.
Zimmerarr.—Est nécessaire. Songez que ce sont deux scélérats dont vous allez purger la terre.