‹ L'homme de la Forêt Noire [microforme]Chapitre 61 sur 64 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

LES PRÉCÉDENTS, L'ÉLECTEUR, AUGUSTE, GARDES, ensuile ZIMMERAFF.

L'ELEecreur.—Que faites-vous Hermann ?

Hermann (à part).—D'ieu! le prince!

RaGoTzi.— Ah! seïgneur, sauvez un malheureux que le comte veut assassiner.

AUGUSTE.—Oh ! Ciel!

L’Erecreur.—Holà! gardes ! serait-il vrai ?

(Les gardes entrent avec des flambeaux.)

HERMANN.— Misérable! tu oses m’accuser quand tu es seul coupable. Prince, si je me suis porté à cette violence envers Ragotzi, c’est que j’ai appris qu’il venait de faire évader Zimmeraff, ce brigand qui a été arrêté avec Gérald.

ZIMMERAFF (sortant de la prison).—KSeigneur, il vous trompe, je n’ai point quitté mon cachot.

AUGUSTE.—Que vois-je ?

HERMANN.—/immeraff !

L'Ergcreur.—Quel est ce mystère ?

ZIMMERAFF.—Oui, seigneur, vous voyez devant vous le compagnon, l’ami du malheureux Gérald, et le complice de l’infâime Hermann.

. HERMANN (à part).—Je suis trahi!

L'ErLecreur.—Expliquez-vous.

ZIMMERAFF.—Hermann est le plus criminel . .des hommes; il a abusé de la confiance de

Votre Altesse pour commettre la plus affreuse

injustice. Gérald était innocent.

L’Erecreur. — Il était innocent! mais les preuves de sa trahison ?

* ZIMMERAFF.—Hermann les a forgées.

L'Erecreur.—Les juges.

ZIMMERAFF.—Etaient gagnés.

L’Ececreux.—Serait-il possible !

HERMANN.— Quoi ! seigneur, vous pourriez

croire. |

L'Erscreur.— Laissez, Hermann, je veux entendre sa déposition.

ZIMMERAFF.— En dévoilant ses crimes, je m'accuse moi-même, je le sais; mais Gérald m'a sauvé la vie, je lui dois le sacrifice de mon existence, et je ne balance point à le faire. Si je tombe à vos pieds, seigneur, ce n’est point pour implorer votre clémence ; j'ai mérité la mort, et je la subirai sans regret si je puis réussir à démasquer un traître et à sauver un homme vertueux.

L’Ergcreur.—Où est Gérald ?

ZIMMERAFF. — Il a fui. Hermann me craignait, il avait résolu de m'’éloïigner; je l’ai trompé, et c’est Gérald dont il a facilité l’évasion.

HERMANN.— Eh quoi! seigneur, poarriezvous accorder quelque crédit aux accusations de ce monstre souillé de ,crimes, et sur lequel le glaive des lois ne peut tarder à frapper ! Mes services depuis vingt années ne compteraient-ils pour rien auprès de Votre Altesse ; et puisqu'il faut enfin vous rappeler les égards que vous devez à mon dévouement, est-ce le ministre qui, ce matin encore, vous a sauvé la

vie, que vous pouvez croire coupable d’une telle trahison ?

ZIMMERAFF.—Prince, il vous trompe encore, c'est lui qui avait conçu l’infâme dessein de vous faire frapper dans la forêt, et c’est Gcrald qui a sauvé vos jours.

L'ELecotTEur.—Zimmeraff, tant d’accusations exigent des preuves.

ZIMMERAFF.— Que n’ai-je sur moi les lettres d'Hermann ?

HERMANN.—Vous voyez, prince, à son embarras, il vous est facile de juger de la hardiesse et de l’absurdité de ses accusations.

L'ELecTEUR (avec force).— Parlez, ou je ne verrai en vous qu’un faux accusateur, et je vous ferai livrer à la mort que depuis longtemps vous avez méritée.

Page 1