I.*HOHME BB NSI6E
-^ Vous ne pouvez pas raisonner, vous, Christian , vous ne savez rien!... Moi, je sais... ou j e crois sa^ voir que le baron veut absolument découvrir qui vous êtes, et , quand il l'aura découvert... qui peut dire ce qui lui passera par la tète? 11 est possible qu'on nous retienne prisonniers jusqu'à nouvel ordre. On vient d'arrêter Stenson, oui , arrêter est le mot. C'était d'abord comme une invitation polie ^ par la bouche de cette canaille de Johan , et puis, comme le vieillard effrayé hésitait^ comme je voulais le re* tenir, d'autres laquais sont entrés et l'eussent emmené de force^ s'il eût résisté. Alors j'ai voulu le suivre. Je me disais qu'en ma présence on n'oserait rien contre lui , que je l'accompagnerais^ même devant le baron, que j'ameuterais, s'il le fallait, tous ses hCies contre lui. J'étais même parti en avant ; mais, à la faveur du brouillard^ je suis revenu sur mes pas, parce que, d'un autre côté, vous laisser seul.., je n'ai pu m'y décider. Je me suis dit que^ si le baron voulait arracher quelque révélation à Stenson , il commencerait par l'amadouer , et que nous aurions le temps d'aller à son secours. Donc... .allonsy, Christian ; mais comme il nous faut absolument le mot de l'énigme avant d'agir. .. eh bien, faites le guet , gardez la porte, on n'osera pas l'enfoncer , que diable 1 Je suis chez moi ici ; vous aviez raison. On n'a
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pas le droit de me conduire deyant le maître/ eomme ce pauvre vieux intendant Quel prétexte pourrait-on prendre?
— Soyez donc tranquille, monsieur Goefle. Cette grande porte est solide, celle de la chambre à coucher ne Test pas moins. Je vous réponds de celle de l'escalier dérobé; j'y veille. Lisez, lisez vite. Nous aurons toujours un prétexte, nous autres, pour, aller au château : on n'a pas décommandé les marionnettes.
— Oui, oui, certainement, il fkut savoir où nous en sommes et qui nous sommes! s'écria M. Goefle, exalté par l'esprit d'investigation qui est la question d'art dans le métier de l'avocat. J'aurai plus tôt fait que vous, Christian, pour rassembler ces fragments et déchiffrer ce grimoire; c'est mon état. Cinq mi« nutes de patience, je ne vous demande que cel? Quant à vous, monsieur Nils, silence; parlez bas aveo les marionnettes.
Et M. Goefle, aveo une promptitude remarquable, se mit à rajuster les déchirures, à ranger les lettres par ordre de date, lisant à mesure, et complétant lo snsavec un vérit able coup d'œil d'aigle, explorant chaque sillon, chaque détour de ce mystérieux dos* sier, tantôt questionnant Christian, tantôt s'interrogéant lui-môme comme pour se rappeler certains faits.
^ (v ,.. Le jeuQfi bomme et»t fort heureux dans la maison Go|{redi... on Taime beaucoup... » J'espère 9ue o'est bien de vous qu'il s'agit. Pourtant, en de certains endroits, il est dit : « Mon neveu, d et c*est de vous qu'il s'agit encore, a Mon neveu est parti pour la campagne, sur le lac de Pérouse, avec les Goffredi. Le jeune homme a aujourd'hui quimse ans... Il est grand et fort... Il ressemble à son père... u Oh I oui, certes Christian, vous lui ressemblez 1
^^ Mon père ? Qui donc est mon père ? s'écria Christian. Vous le savez donc?
•-* Tenez, dit M. Ooefle ému en lui tendant un médaillon qu'il tira de sa poche, regardez! Voilà ce que Stenson vient de me confier. Ceci est un portrait ressemblant, authentique... N'est-ce pas vous à s'y méprendre ?
-*- Ciel I dit Christian effrayé en regardant une fort belle miniature; je n'en sais rien, moi I Mais ce jeune homme richement habillé, n'est-ce pas là le baron Olaûs dans sa jeunesse?
-^ Non, non, vive Dieu ! ce n'est pas lui I... Mais ne me dites rien, Christian, je lis, je commence à comprendre ! Dans une autre lettre , vous êtes désigné sous le nom de votre neveu^ et non plus mon neveu; dans une autre encorei votre neveu. U devient évident
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pour moi que c'est une précaution pour détourner les soupçons dans le cas où les lettres seraient interceptées, car vous n'avez de parenté ni avec l'homme qui a écrit cea lettres, ni avec Stenson à qui elles sont adressées»
— Stenson I C'est donc à lui que Ton rendait ainsi un compte sommaire de ma santé, de mes inrogrès, de mes voyages? car j'ai vu cela en feuilletant. On parle de mon duel, voyez, à la date de Rome, juin mil sept cent...
— Attendez i... Oui, oui, j*y suis. 11 y a une lettre par année. « Il a eu le malheur de tuer Marco Melfi» qui était.. » Des réflexions... « Le cardinal ne voudra pas se venger... J'espère découvrir ce que notre pauvre enfant est devenu... » Ahl voici une lettre de Paris... a Impossible de le retrouver... Je pourrais vous tromper, mais je ne le veux pas. Je crains qu'il n'ait été arrêté en Italie. Pendant que je je cherche ici, il est peut-ôtre enfermé au cbftteau Saint-Ange 1... » Attendez, Christian; ne vous impatientez pas. Voici une lettre qui doit être plus récente. Elle est datée du 6 août dernier, de Troppau, en Moravie. « J'étais bien cette fois sur sa trace... C'est hii qui avait pris le nom de Dulac à Paris ; mais il est parti pour un voyage, où malheureusement il a péri tout dernièrement* Je viens de dtner à l'auberge
L'nOyiirS DE NEIGE IGl
avec UD nommé Guido Massarelli, que j'ai connc^à Rome, qui le connaissait et qui m'a dit qu'on l'avait assassiné dans la forêt de... » Illisible! « Je renonce donc à le chercher, et, comme mon petit commerce me rappelle en Italie, je vais partir demain avant le jour. Ne m'envoyez plus d'argent pour m'aider dans mes voyages. Vous n'êtes pas riche... pour avoir été un honnête homme. C'est comme moi, votre serviteur et ami, Ha... Mancini... Manucci?»
— Inconnu I dit Christian.
— Manassé I s'écria M. Gœfle, celui que M. Guido a nommé hier, le petit juif qui prenait à vous un intérêt inexplicable?
— Il ne s'appelait pas ainsi, reprit Christian.
— C'est le même, j'en suis certain, dit M. Gœfle. D s'appelait Taddeo Manassé. Stenson me l'a dit aujourd'hui. C'est la première fois que, dans cette correspondance, il a signé en entier un de ses noms, et c'est peut-être la dernière fois que le pauvre malheureux a trempé une plume dans l'encre, car il est mort, au dire de Massarelli, et je mettrais ma main au feu que Massarelli l'a assassiné... Attendez I ne dites rien, Christian ! En annonçant celte mort à Stenson, Massarelli se disait en possession d'une preuve terrible qu'il voulait lui vendre, et qu'il me-
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naçait de porter au baron; nul doute que,.. Se Iaia« sait-il aller à boire ce pauvre juif?
— Non pas, que je sache.
— Eb bien» Guido l'aura assassiné pour lui prendre le peu d'ai^ent qu'il pouvait avoir, et aura trou^ sur lui quelque lettre de Stenson, dont la signature et la date Tauront amené ici tout droit pour ezploi** ter Taventure, D'ailleurs, ce MassarelU aura pu ver* ser au juif quelque narcotique, lorsqu'il a dîné aveo lui à l'auberge... Non, pourtant, puisque Manassé a écrit depuis... Mais le soir ou le lendemain...
•«- Qu'importe, hélas I monsieur Gœfle. Il est bien certain que Massarelli a tout découvert et tout révélé au baron ; mais, moi, je ne découvre encore rien sur mon compte» sinon que H. Stenson s'intéressait à moi, que Manassé ou Taddeo était son confident et lui a donné assidûment de mes nouvelles, enfin que mon existence est fort désagréable au baron OlaOs, Qui suis-je donc, au nom du ciel? Ne me faites pas languir davantage, monsieur Gœfle,
-*- Ah I patience, patience, mon enfant, répondit Tavocat tout en cherchant une cachette pour les précieuses lettres. Je ne puis vous le dire encore. J'ai une certitude depuis vingt-quatre heures, une certitude d'instinct, de raisonnement; mais il me faut des preuves^ et celles-ci ne suffisent pas, n faut
Ib'HQVn DE raioB 163
9ae ]*en aogniére... Où? commept? Laissez-moi réfléchir... si je peux! cap il y a ici de quoi perdre la tête... Dq8 papiers à cacher, Stenson en danger... nous aussi peut-être! Pourtant... Abl oui, tenez, Christian, je voudrais bien ôtre sûr que c'est à vous que Ton en veut, car alors je saurais bien positivement qui vous êtes.
— n est facile de s'assurer des intentions que vous supposez au baron. Je vais sortir, comme si de rien n'étaitt pour ma représentation, et, si Ton m'attaque, comme aujourd'hui je suis bienarmô, je t&cherai de confesser mes adversaires.
— Je crois, en effet, dit M. Gœfle, qui avait enfin réussi à cacher les lettres, qu'il vaut mieux courir la chance d'une mauvaise rencontre sur le grand espace du lac que d'attendre ici qu'on nous prenne au gîte. Il est déjà neuf heures ; nous devions être làbas à huit! Et on ne vient pas savoir pourquoi nous sommes si en retard! C'est singulier! Attendez, Christian ! Votre fusil est-il chargé? prenez-le; moi, je prends mon épée. Je ne suis ni un Hercule, ni un spadassin; mais j'ai su autrefois me servir de cela comme tout autre étudiant, et, si on nous cherche noise, je ne prétends pas me laisser saigner comme un veau! Promettez-moi, jurez-moi d'être prudent, c'est tout ce que je vous demande.
164 t'HOVMS DE KBIGB
— Je VOUS le promets, répondit Christian; tc^<nez.
— Hais ce maudit enfant, qui s*est endormi là en jouant, gu'allons-nous faire de lui?
— Portez-le sur son lit, monsieur Goefle; ce n'est pas à lui qu'on en veut, j'espère I
— - Mais on assomme un enfant qui crie, et celui-ci criera, je vous en réponds, sll est réveillé par quelque figure inconnue.
— Eh bien, que le diable soit de lui I U nous foui donc remporter? Rien de plus facile, si nous ne rencontrons pas de gens mal intentionnés; mais, s'il faut se battre, il nous généra fort, et il pourra bien attraper quelque éclaboussure.
— Vous avez raison, Christian; il vaut encore mieux le laisser dans son lit. Si on surveille nos mouvements, on saura bien que nous sortons, et on n'aura que faire d'entrer ici. Gardez toujours la porte. Cette fois, le petit coucher de M. Nils ne sera pas long, li dormira tout habillé.
H. Ûoefle venait à t)eine de portef &ûn valet de chambre sur son lit qu'il appela Christian.
— Écoutez! lui dît-il. C'est par notre chambre que Ton vient. On frappe à cette porte.
— Qui va là? dit Christian en armant son fusil et en se plaçant devant la porte de la chambre de garde, qui donnait, on s'en souvient, sur la galerie intérieure du préau.
— Ouvrez, ouvrez, c'est nous! répondit en dalécarlien une grosse voix.
— Qui, vous? dit M. Goefle.
Et, comme on ne répondait plus, Christian ajouta :
— Avez-vûus peur de vous nommer?
— Est-ce vous, monsieur Waldo? répondit alors une voix douce et tremblante.
— Margaarite ! s'écria Christian en ouvrant la porte
166' L*HOHHE DE NEIQS
et en apercevant la jeune comtesse et une aul i
îeune personne qu'il avait vue au bal, mais dont j ne se rappelait pas le nom, escortées du fidèle âSo mestique Péterson.
— Où sont-lis? demanda Marguerite en tombant oppressée et défaillante, sur un fauteuil.
— Qui donc? De qui parlez-vous? lui dit-il, effrajé de sa pâleur et de son émotion,
*- Du major Larrson, du lieutenant et des autres militaires, répondit l'autre jeune fille, tout aussi essoufflée et non moins émue que Marguerite. Est-ce qu'ils ne sont pas arrivés?
— Non... lis doivent venir ici?
— Us sont partis du château il y a plus de deux heures.
— Et... vous craignez qu'il ne leur soit arrivé quelque accident?
— Oui, répondit Martina Akerstrom, car c'était elle ; nous avons craint... Je ne sais pas ce que nous avons craint pour eux, puisqu'ils sont partis tous eo* semble; mais...
— Mais pour qui craigniez-^vous alors? dit M. Goefle.
— Pour vous, monsieur Goeflej pour vous» répondit avec vivacité Marguerite. Nous avons découvert que vous couriez ici de grands dangers. Ne vous ea
k'hohhe de neigs 167
Dutiez-vous pas? Si fait, je vois que vous ôtes armés, st-on venu? Vous a-t-on attaqués?
— Pas encore, répondit M. Goefle. 11 est donc ceriiQ que l'on doit nous attaquer?
— Oh ! nous n'en sommes que trop sûres I
»- Comment! on me menace aussi, moi? reprit F. Ooefle sans aucune intention malicieuse. Réponez donc, chère demoiselle : vous en ôtes sûre? Cela evient fort étrange I
—Je ne suis pas sûre de ce dernier point, dit Mar» uerite, dont la pâleur se dissipa tout à coup, mais [ont les yeux évitèrent ceux de Christian.
Alors, reprit M. Goefle, sans vouloir remarquer 'embarras de la jeune fille, c'est à lui, c'est bien & ' ai qu'on en veut?
Et il montrait Christian, que Marguerite s'obstinait i ne pas voir et à ne pas non^merj ce qui ne l'empd* iha pas de répondre :
•— Oui, oui, c'est bien à lui, monsieur Goeile. On peut se défaire de lui.
— Et le major avec ses amis, en sont-ils sûrs aussi? jomment ne viennent-ils pas?
— Us en sont sûrs, dit Martina, et, s'ils n'arrivent pas, c'est qu'ils auront fait comme nous, ils se seront perdus dans le brouillard^ qui va toujours aug* montant»
168 L*UOUME DE NEI6S
— Vous VOUS êtes perdues dans le brouillard? c Christian, ému de la sollicitude généreuse de Ma guérite.
—Oh ! pas bien longten-ps, ^'épondit-elle : Péters* est du pays, il s*est vite relrouvé ; mais il faut qi ces messieurs aient pris une rive du lac pour Tautri
— Mettons une lumière sur la fenêtre de la sali de Tourse, dit M. Goefle, cela servira à les diriger.
— Oh ! ouî-da, dit Péterson, il ne la verront pai plus qu'on ne voit les étoiles.
— N'importe, essayons toujours, ditMartina.
— Non, ma chère, répondit Marguerite; les assassins sont probablement égarés aussi, puisqu'ils m sont pas encore venus. Ne les aidons pas à se retrouver avant que MM. les officiers...
— MM. les officiers seront les bienvenus, à couf sûr, reprit M. Goefle; mais, à présent, nous voiI< trois hommes bien armés : je connais Péterson, c'es un vigoureux compère... Et puis, chères demoiselles, n'auriez*vous pas pris des curieux pour des assassins? Où les avez-vous vus?
-^Racontez, Martina, dit Marguerite; racontez ce que nous avons entendu!
— Oui, oui, écoutez, monsieur Goefle, reprit Martina en prenant un petit air d'importance plein d'ia- ({énuité. Il y a deux heures... deux heures et demi^
l'homme de neiok 169
peut-être, le jeune monde du châb3au, comme on nous appelle là-bas, jouait à se cacher dans les bâtiments de Tenceinte du château neuf. J'étais avec Marguerite et ie lieutenant; on avait tiré au sort, et puis deux femmes, nous eussions eu trop peur pour courir dans des corridors sombres et dans des chambres que nous ne connaissions pas; il nous fallait i>ien un cavalier pour nous accompagner ! Le lieute- ^ni ne connaissait pas plus que nous la partie du château où nous nous étions aventurés. C'est si grand ! Wous avions traversé une longue galène déserte et <lescendu au hasard un petit escalier presque tout ^oxT. Le lieutenant marchait le premier, et, ne trou- ^^nt rien d'assez embrouillé dam cet endroit-là pour ^ous bien cacher, il allait toujours, si bien qu'on ne voyait plus du tout, et que nous commencions à craindre de tomber dans quelque précipice, quand il nous <îit:
)) — Je me reconnais, nous sommes devant la grosse tour qui sert de prison. Il n'y a pas de prisonniers, car voici la porte ouverte. Si nous descendions dans )es cachots, je vous réponds qu'on aurait de la peine à nous trouver là.
)) Mais ridée de s'enfoncer dans les souterrainsi qu'on dit si grands et si affreux, fit peur à Marguerite.
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» —Non, non, n'allons pas plus loin, dit-elle ; restons à l'entrée. Voilà une petite embrasure masquée par des planches, restons là et ne parlons plus, car vous savez bien qu'il y a des joueurs quitrichent et qui rôdent pour avertir les autres.
)) Nous avons fait comme voulsdt Marguerite; mais à peine étions-nous là que nous avons entendu venir, et, pensant qu'on était déjà sur nos traces, nous nous retenions de rire et même de respirer. Alors nous avons entendu les propres paroles que je vais vous redire. C'étaient deux hommes qui sortaient de la tour et qui s'en allaient par la galerie qui nous avait amenés là. Ils parlaient bas, mais, quand ils ont passé devant nous, ils ont dit :
» -*£st-ce que je vais encore être de faction pour garder l'Italien? Ça m'ennuie.
» —Non, tu viens avec nous au vieux château.
A présent l'Italien est des nôtres.
» — Ah ! qu'est-ce qu'il y a donc à faire?
» Alors l'autre a répondu des mots que nous n*avous pas compris et que je ne pourrais pas vous redire, des mots de brigand, à ce qu'il parait ; mais on a dit le nom de Christian Waldo à plusieurs reprises, et on a parlé aussi de l'avocat, en disant :
» — L'avocat, ça ne fait rien ; un avocat, ça se sauve •
ft'HOSHS DB BIBiaB 111
» C'est ce que nous Terrons I s'écria M. Goefle,
t après?
» -*- Après, on a parlé d'an âne, d'une conpe d'or, 'une querelle à engager, c'était de plus en plus in-* ompréhensible. Et puis ces deux hommes, qui s'é^ lient arrêtés pour s'expliquer, s'en allaient en di-
mt:
» — C'est à huit heures, sur le lac, le rendez-Tous.
)) —Mais s'il ne passe pas? disait l'autre.
» — Eh bien, on ira au StoUborg ; nous aurons des ordres.
i> Aussitôt que ces deux coquins ont été partis, le ieutenant nous a fait sortir de notre cachette en nous lisant tout bas :
n — Pas un mot ici !
» Et ayec précaution il nous a ramenées dans la prande galerie des chasses, en nous disant alors :
» — Permettes-moi de yous quitter et de courir thercher le major,
• Le lieutenant avait compris l'ai^ot de ces banlits : on devait attaquer M, Chnstian Waldo en Tacmsant d'avoir volé quelque chose, l'emmener à la our, le tuer môme, s'il se défendait, et on avait tjouté :
» i^ Ce serait le mieux |
173 t*HOMXB DB IfEIOB
» Le lieutenant était indigné. II nous disait en nous quittant :
» — Tout cela vient peut-être de plus haut qu'on ne pense.. 11 y a de la politique là-dessous, il faut que Christian "Waldo ait quelque secret d'État.
— * Ah ! je vous jure que nonl répondit Christian, que la simplicité du lieutenant fit sourire.
— Je ne vous le demande pas, monsieur Christian, reprit Tingénue et bonne Martina: ce que je sais, c'est que le lieutenant et le major, ainsi que le caporal Duff, ont juré de faire leur devoir et de vous protéger, quand même cela déplairait beaucoup à M. le baron; mais ils ont pensé qu'il fallait agir avec beaucoup de prudence, et, nous recommandant le plus profond secret, ils sont partis à pied, bien armés, sans bruit, et séparément, en se donnant rendez-vous ici, afin de se cacher «t de s'emparer des assassins et de leur secret.
» -* Continuez les jeux, nous ont-ils dit ; tâchez que l'on ne s'aperçoive pas de notre absence.
n En effet, nous avons fait semblant de les chercher, Marguerite et moi, jusqu'au moment où l'on s'est séparé pour aller faire la toilette du soir; mais, au lieu de songer à nous faire belles, nous n'avons pensé qu'à regarder par la fenêtre de ma chambre et à tâcher de voir à travers le brouillard ce qui se pas-
&'hoxiie de neige 473
sait sar le lac. Hélas! c'était bien impossible; on ne distinguait pas seulement la place du Stollborg. Alors nous écoutions de toutes nos oreilles: dans le brouillard épais on-entend quelquefois les moindres bruits; mais on faisait, au château et autour des fossés, un vacarme de fanfares et de bottes d'artifice, comme si on eût voulu justement nous empêcher d'entendre les bruits d'une querelle ou d'une bataille. Et le temps s'écoulait... lorsque tout à coup la peur a pris Marguerite. ••
— Et vous aussi, chère Martina, dit Marguerite confuse.
— C'est vous, chère amie, qui m'avez communiqué cette peur-là, reprit la fiancée du lieutenant avec candeur. Enfin, comme deux folles, nous voilà parties avec Péterson, persuadées que nous rencontrerions le major et ses amis qui nous rassureraient, et que, grâce à Péterson, qui ne se perd jamais, nous les remettrions sur la route du vieux château , s'ils l'avaient perdue. Nous sommes donc venues à pied, et nous n'avons pas trop erré au hasard, si ce n*cst que nous nous sommes trouvées arriver par le côté du gaard, au lieu de pouvoir marcher aroit par celui du préau. Péterson nous a dit :
» — C'est égal, nous entrerons bien par ici.
» Et, en elfet, nous voilà, sans trop savoir pr.r où Bk 10»
174 MfuouuM Di nmn
nous sommes entrées ; mais dans tout cela nous nV vons rencontré personne, ett rassurées sur votre compte, nous devons, je crois i commencer à nous inquiéter sérieusement du m^ûor... et des autres ofB* ciers.
— Abl Marguerite I dit Christian bas à la jeune comtesse, pendant que M. Goefle, Martina et Péter*' son se consultaient pour savoir ce qu'il y avait à faire, vous êtes venue ainsi...
— Devais-je, répondit-elle, laisser assassiner un homme comme M, Goefle, ^ons essayer de lui porter secours?
-* Non, certes, reprit Christian, dont la reconnaissance était trop sincère' et trop vive pour manquer k la délicatesse par un mouvement de fatuité, vous ne le deviez pas; mais votre courage n'en est pas moins grand.Yous pouviez les rencontrer, ces bandits ! Bien peu de femmes auraient poussé le dévouement, Thu* manité... jusqu'à venir elles-mêmes...
— Martina est venue avec moi, répondit vivement Marguerite.
-* Martina est la fiancée du lieutenant , reprit Cnristian. Elle n'aurait peut-être pas pu se résoudre à venir pour... M. Goefle?
— Je vous demande pardon, monsieur Christian, elle serait venue pour... n'importe gui i du moment
L*HQKVB DB nSIGB 175
qu'il s*agit de la vie de son semblable I Mais occupezvous donc de savoir 4 ces messieurs arrivent» car, enfin je ne yois pas que le danger soit passé.
— Oui, oui, dit Christian, rassemblant ses idées ,) il y a du danger. J'y songe à présent que vous êtes ici. Mon Pieu I pourquoi étas-vous venue?
Et le jeune homme, en proie à des sentiments contraires, était à la fois bien heureux qu'elle fût venue et bien tourmenté de la voir exposée à quelque scène f&oheuse, D'ailleurs, la présence de ces deu? jeunes filles au StoUborg n'était-eUe pas faite poux aggraver la situation sous un autre rapport? Ne pouvait-elle pas précisément servir de prétexte h unf invasion déclarée? La comtesse Elvéda, toute mau vaise gardienne qu'elle était de sa nièce, pouvait bien s'apercevoir, ou s'être d^à aperçue de son absence, la fkire chercher ou l'avoir fait suivre. Que savait-on?
— Ce qu'il y a de certain, se disait Christian, c'est qu'il ne faut pas qu'elle soit vue ici.
Il pensa bien à la conduire avec sa compagne au gaar^ de Stenson , qù personne n'aurait sans doute l'idée de la chercher; mais la demeure de Stenson servait peut-être, en ce moment, de poste d'observation à Tennemi... Au milieu de toutes ces perplexités, Christian» gui ne répondait qu'avec distiaction
aux interpellations agitées de M. Goefle, prît une résolution dont il ne fit part à personne. Ce lut de sortir de Tappartement et d'aller, soit dans les cours du vieux château, soit sur le lac, affronter des périls dont, en somme, il était Tunique point de mire. Dans ce dessein, il se munit d'une lumière, afin de se faire voir autant que possible dans le brouillard, et sortit sans rien dire, espérant que M. Goefle ne ferait pas attention tout de suite à son absence; mais, avant qu'il eût franchi la porte principale de la chambre de l'ourse, Marguerite se leva en s'écriant :
— Où aUez*vou8 donc?
— Où allez-vous, Christian ? s'écria aussi M. Goefle en s'élant^ant vers lui. Ne sortez pas seul !
— Je ne sors pas, répondit Christian en se glissant rapidement dehors; je vais voir si la seconde porte, celle qui ouvre par ici, sur le préau, est fermée.
— Que fait-il? dit Marguerite à M. Goefle; vous necraignez pas...?
—Non, non, répondit l'avocat, il m'a promis d'ôlre prudent.
— Mais je l'entends qui tire les verrous de la seconde porîc; il les ouvre!
— Il les ouvre? Ah ! nos amis arrivent I
t'HOMMB DE NEI6B 177
•- Non., non, je vous jure qu'H s'en va I
Et Marguerite fit le mouvement involontaire de suivre Christian. M. Goefle l'arrêta, et, faisant signe k Péterson de ne pas quitter les femmes, il voulut s'élancer sur les traces de Christian. Déjà celui-ci avait fermé la porte en dehors pour Tempécher de le suivre, et il courait vers la porte extérieure du préau, appelant Larrson à haute voix, et se tenant prêt à se défendre, s'il réussissait à attirer à lui les assassins, lorsqu'une balle dirigée sur lui vint faire sauter de sa main le flambeau qu'il tenait et le replonger dans les blanches ténèbres que ne pouvait percer l'éclat de la lune, et qui formaient comme
un linceul sur la terre.
Au bruit du coup de pistolet, M. Gœfle, épouvanté pour son jeune ami, laissa échapper un juron terrible; Martina fît un cri, Marguerite tomba sur une chaise; Péterson courut à M. Gœfle. Leurs efiorts combinés eussent peut-être réussi à ouvrir la porte; maïs ils ne s'entendirent pas. Péterson, tout dévoué à sa jeune maltresse, ne songeait qu'à empêcher les malfaiteurs d'entrer, et ne soupçonnait pas quo M. Gœfle voulût au contraire sortir pour voler au secours de Christian.
Durant ce malentendu, où le bon avocat se donnait à tous les diables, Christian, enchanté d'avoir
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enfin la liberté d'agir, s'était élancé sur le premier qui s'étaiWrouvé devant lui ; maiscelui-ci,qui, trompé par le brouillard, ne le croyait sans' doute pas si près, prit la fuite, et Christian le poursuivit en le bravant et en Tinjuriant, tandis qu'un autre bandit le suivait rapidement sans rien dire. Christian entendit derrière lui le bruit sec des pas de l'assassin sur la neige durcie, et il lui sembla entendre aussi, à travers le sang que la colère faisait gronder dans ses oreilles, d'autres pas et d'autres voix venant sur lui à droite et à gauche. Il comprit rapidement qu'il était traqué, et, conservant assez de présence d'esprit pour savoir ce qu'il faisait, il s'acharna & la poursuite du premier assaillant, jugeant qu'il ne devait pas se retourner avant de s'être débarrassé de celuici, qui pouvait venir l'attaquer par derrière lorsqu'il aurait k faire face aux autres. En outre, il ne perdait pas de vue sa résolution d'éloigner l'affaire du StoIN borg.
Christian descendit ainsi le roidillon du préau, dont il trouva la porte ouverte, et, à vrai dire, la pente rapide que ses pieds rencontrèrent fut le seul indice certain qu'il pût avoir de la direction qu'il prenait. Mais, au moment où il se sentit sur la glace unie du lac, d'autres détonations partirent de derrière lui, des balles sifflèrent à son oreille, et il vit
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tomber à deux pas devant lui rhomme qu'il poursuivait. Le fugitif avait été pris pour lui par ses complicesy ou bien ceux-ci avaient tiré au basard sur tous deux, sans se soucier d'atteindre celui qui avait lâcbé pied.
L'bomme que les balles venaient d'atteindre était Massarelli ; Cbristian reconnut sa voix, qui exhalait un rugissement d'agonie, au moment où il enjamba son cadavre. Il courut encore, afin de se donner le
temps de se reconnaître pendant que les assassins ramasseraient ou tout au moins regarderaient Massarelli pour savoir qui ils avaient abattu. Puis il s'arrêta pour écouter, et il entendit seulement ces mots :
— Laissez-le là ; il est bien.
De quoi s'agissait-il? Prenait-on Massarelli pour lui, et les assassins allaient-ils se retirer? ou bien avait-on reconnu la méprise et allait-on continuer la poursuite? En faisant de rapides zigzags dans le brouillard, Christian espéra se défaire d'eux un à un. n essayait de compter les voix et les pas. Il avait un immense avantage, qui était d'avoir gardé, sans y songer, les bottes de feutre sans couture et sans semelle qu'on lui avait prêtées le matin pour la chasse. Cette souple chaussure ne gênait pas plus ses mouvements que s'il eût couru nu-pieds, et lu* permettait en outre de ne faire sur la neige qu'un bruit ex«
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Irémement éger, tandis qu'il entendait le moindre pas de ses adversaires chaussés avec moins de luxe et de précaulion.
11 écoula encore. On venait à lui, mais on ne le voyait pas; la marche était incertaine. Il entendit à dix pas de lui, ces mots rapides :
— Hé? c'est moi!
Les bandits se renconirant inopinément dans le brouillard, leur ordre était rompu. Rien de plus facile désormais que de leur échapper, Christian n'y songea pas. Il avait la rage au cœur; il ne voulait pas que ces scélérats pussent retourner le che^ cher au Stollborg. Il les appela d'une voix forte en se nommant et en les défiant, reculantpeu, mais couraot comme des bordées pour les irriter et les désunir, espérant en joindre un, sans se laisser envelopper par tous. Sa présence d'esprit était si complète, qu'il put bientôt les compter ; ils étaient encore trois, Massarelli avait été le quatrième.
Malgré cette étonnante possession de lai-môme, Christian éprouvait une surexcitation violente, mais qui n'était pas sans mélange d'un plaisir âpre comme l'ivresse de la vengeance. Aussi fut*il presque désappointé lorsque d'autres pas se firent entendre derrière lui, des pas aussi moelleux que les siens, et qui lui firent tout de suite reconnaître les bottes de
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feutre dont étaient chaussés ses. compagnons de chasse. Il craignait qae les bandits ne prissent la faite sans combattre. Il courut au-deyant de ses amis, et leur dit bas et rapidement :
— Us $ont là, ils sont trois, il faut les prendre I... Suivez-moi et taisez-yous I
Et aussitôt, se retournant en droite ligne à la rencontre des ennemis, il s'arrêta au lieu où il les jugea à peu près rassemblés en se nommant de nouveau et en raillant leur maladresse et leur poltronnerie. A l'instant môme, un des bandits l'atteignit au bras d'un coup de poignard, et tomba à ses pieds, étourdi et suffoqué par un coup du manche du couteau norvégien, que Christian lui porta en; pleine poitrine. Christian n'avait été que blessé légèrement, grâce à sa veste de peau de renne ; il remercia le ciel de n'avoir pas cédé au désir d'éventrer le bandit comme il avait éventré l'ours de la montagne, il était très-important de prendre vivant un des bravi du baron. Les deux antres, le croyant mort, jugèrent qu'avec leur chef ils avaient perdu la partie, et, se rapprochant l'un de l'autre à l'instant même, ils échangèrent, en un seul mot de leur argot, la formule désespérée du sauve qui peut; mais ils avaient compté sans le major et le lieutenant, qui les guettaient et qui
s'emparèrent de Tun, tandis que l'autre prenaitlafuite* m. il
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— Pourl'amottrdti ciel! ôte^-votis M^ssé, Waldof dit le major, que Christian afâéfft à désarmer les baiu dits.
— Non, non, répondit Christian, qni ne sentait sa blessure qu% là cfaalétir dti sang qui remplissait sa manche. Avez-vous des cordes?
— Oui, certes, de quoi lés pendre' tous, si nous en avions le droit. Nous avions bien compté les faire prisonniers, cesbeauk messieurs! Mis, si vous n'êtes pas trop essotffSé, Christian, donner donc im son de trompe pour tâcher d'ameneriei nûs autres amis que nous attendons et cherchons dèptns une heure. Tenez, vorci l'instrument.
•- Mieux vaut décharger vos armes, dit Christian;
-^ Non pas ; il y a eu assez de coups de flea comme' cela; sonnez là trompe, vousdisr-je.
Christian fit ce qu'on lui demandait; mais on û0 fut rejoint que par le caporal.
— Voyez-vous, dit le major & Christian; il faut que ceci ait Pair d'une partie dé pfromenaflè durant Uf quelle nous nous serions perdtosfet retrotivés*
«» Je ne vous comprends pas.
— n faut qu'il en soit ainsi, vous dis-je, pendant quelques heures, afin que le baron ne se doute pas trop tôt de l'issue de l'alSIaire et ne soit pas en- txsefi iure de mettre^sur pied, contre nous, les autreico-
qtdnsri qnîH t^ tiiiis doate en réserve. Qcmiit à lai, ^Dnta-t-il en baissaDl la voix, son tour viendra, sognet tianquiUel
•^ Son tour est' tout vienu^ répondit Ghiislian; je m'en charge.
— Doucement, doucement , cher ami! vonsn'^^ez pas mission pour oda. Ce soin me regarde, et je suis bien décidé à. sévir, maintenant que nous avons une certitude et des preuves. Seulement, nous ne pouvons agir contre un nobte et ud membre de la diète qu'en vertu d'ordres sujiérienrs; nous les obtiendrons, n'en doutez pas. Ce que nous avons à faire pour le miff ment, c'est cpie vous m'obéissiez , mon ami, car je mousi requicESi, au^nom des lois et au nom de i'lnns> neur^ éd me ]Nrôter maiik^foofte comme je l'entends et seton les :orcbresiqae j'aurai eu vous donn^»
EUi ce m(}meDi,JHi 6oeile ao^urait téte^ nue, le ilambean d'une main, l'épée de l'autre. Il avait fait le tour pac là psMe de la chambre à coucher, après avoir décidé, nom sans peine, les deux femmes à se tenir enfermées sous la garde de Péterson, car toutes deux montraient un égal courage pour dles*mémes et une égale sollicitude, pour les abseï^.
— €hristîaati ! Christian ! s'écria^t^il , est-ce ainsi que voc s gardez votre parole?
^^y^i tout oublié» monsîeus Goefle, répimâit
Christian à Yoix basse : c'était plas fort qae moi..; Pouvais-je attendre que l'on vint enfoncer les portes et tirer sur les femmes?... Tenez, nous sommes délivrés ; retournez auprès de Marguerite, rassurez-la.
— J'y cours, répondit l'avocat en éternuant, d'autant plus que je m'enrhume affreusement... J'espère, ajouta-t-il tout haut, que ces messieurs vont venir nous voir 1
— Oui, certes, c'était convenu, répondit le major; mais il nous faut d'abord vaquer à nos devoirs.
M. Goefle alla rassurer les dames, et les autres hommes procédèrent à l'enlèvement du cadavre de Massarelli, que l'on fit transporter par les deux prisonniers, le pistolet sur la gorge, dans un des cel' tiers du gaard. Ceux-ci, bien liés, furent conduits ensuite dans la cuisine de Stenson, où le lieutenant et le caporal rallumèrent le feu et s'installèrent pour les garder à vue, tandis que le major se préparait à les interroger en confrontation avec Christian.
Christian s'impatientait de voir procéder si réga* lièrement dans une affaire que le major paraissait connaître mieux que lui-même ; mais le major, qui lui parlait en français, lui fit comprendre qu'avec un adversaire comme le baron, il n'était pas aussi facile
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qu'il le pensait de prouver même un fait patent et avéré.
— Et puis, ajouta-t-il, je vois avec regret que nous manquons un peu de témoins. M. Goefle n'a rien vu, que le résultat de Taffaire. On ne retrouve ici ni M. Stenson, ni son neveu, ni votre valet. J'espérais que nous serions plus nombreux pour vous défendre à temps et constater les faits de visu. Le sous-lieutenant et les quatre soldats que j'avais envoyé chercher n'ont pas encore paru. Malgré le rapprochement de nos bostœlles et des torps des soldats, il se passera peut-être, grâce au brouillard, plusieurs heures avant que nous ayons ici huit hommes sous les armes.
— Mais qu'est-il besoin de huit hommes pour en garder deux ?
— Croyez-vous donc, Christian, que le baron, en voyant, pour la première fois, échouer une de ses diaboliques combinaisons, va se tenir tranquille? Je ne sais pas ce qu'il pourra imaginer, mais à coup sûr il imaginera quelque chose, dût-il essayer de faire mettre le feu au Stollborg. C'est pourquoi je suis résolu à y passer la nuit, afin de m'emparer, avec aide, des autres bandits qui nous seront probablement dépêchés soit avec des offres de service, soit autrement. C'est toute une bande de voleurs et d'assassins aue la
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ittaj^ore partie de cette iraletaiUe iétrangàre, et il faut tàcber de les prendre tous en flagrant délit. Alors je TOUS réponde que la magistrature posera ^sévir eoatre le seigneur, réduit à ia^quer en ^ain Tassiatasce de ses pajrsans. Si nous ne procédons pas aixisi, soye^ SÛT que c'est nous qui perdrons la partie* Tout I0 inonde aura peur; le baron trouvera le moyen de désavouer la responsabilité de l'événement, ou de nous fiiîre enlever les prisonniers^ Vous passerez pour lo assassin, et nous passerons pour des vlsioonaires, ou tout au moins pour de jeunes oISclecs .san3 expéjienee, prenant parti pour le coupable et arrêtant les Jionnétes gens ; car vxms pouvez bien compter que lei deux bravi que nous tenons sont bien stylés. Je vais les interroger, et vous verrez qu!i]« sauront arranger leur affaire. Je parie bien que la leçon leur est faite on ne peut mieux.
En effet, les deux bandits répondirent avec impudence qu'ils étaient venus, par l'ordre du majo^ dôme, avertir Vhomme aux marionnettes, qui était en retard pour la représentation; que celui-ci, en voyant parmi eux un de ses anciens camarades, à qui il en voulait, s'était élancé à sa poursuite, et l'avait tué. Il avait ensuite injurié et provoqué les autres , et celni qui avaitblessé Christian jura quMl l'avait blessé par mégarde en voulant s'emparer d'un furieux.
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— Tellement flirieux, ajoutaiMl, qu'il <m'a enfoncé la poitrine et que je crache! le sang !
— Vous verrez, dit Christian au major, que c'est moi qui ai manqué d^ égards envers monsieur en ne me laissant pas assassiner !
— Et vous verrez, répondit Larrson que les assas- .ms/ se .sauveront de la corde I Nos l4>is n'appliquent
la peine capitale qu'aux criminels qui avouent. Ceuxci le jsavent bien, et, quelque absurde que soit leur défense, ils s'y tiendront. Votre cause sera peut-être moins bonne que la leur. Voilà pourquoi, de notre côté, nous tiendrons ferme pour vous et auprès 4e vous, Christian, n'en doutez pas.
'--^ Oh ! la cause de Christian est ioès^ionne ! dit M. Goefle, qui était venu écouter l'interrogatoire, et qui famenait ses hôtes vers ce. iqull apprit son mmoûp de l'ourse. Nous aurons bien (des)2aiiies contre le baren, si nous pouvons venir à' bout de délivrer le vieux^Stenson, qui a été eioomené, boa gré mal gcé, au eUiteau. U faut, messieurs, que vous en .trouviez le moyen aveoiu)«s.
— Quant à cela, monsieur Goêfie» dit le major, il fi*y faut pas songer. Le èhfttelàin«s(? justicier sur son domaine, et, par conséquent, dans sa propre maison. J^ilgnore ce que l'affaire de'M^Slensonpeut avoir ^e
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commun avec celle de Christian, mais mon avis n'est pas de compliquer celle-ci. Avant tout, je voudrais savoir si, en effet, Christian a trouvé dans le bÀt de son àne un gobelet d'or, que le baron avait ordonné de glisser là, comme autrefois Joseph voulant éprouver^ ses frères, mais, je suppose, dans des intentions beaa-* coup moins pacifiques.
— Ma foi, dit Christian, je n'en sais rien. Venez avec moi vous en assurer.
On se porta à l'écurie, où l'on trouva Puffo dans un coin, pâle et demandant grâce. On le fouilla ; le gobelet d'or était sur lui. Il se confessa à sa manière. Il avait vu, une heure auparavant, maître Johan apporter là cet objet précieux dans des intentions qu'il avait devinées, et, ne se croyant pas surveillé , i' avait résolu de s'en emparer pour le repoiler au château, disait-il, et empêcher que l'on n'accusât son maître d'un vol dont il était innocent ; mais, au moment où il allait fuir, il s'était trouvé enfermé dans l'écurie, dont la porte avait résisté à tous ses efforts, lorsqu'au bruit du combat il avait essayé de porter secours à Christian. En raison de ces aveux forts suspACts, le major fit lier maître Puffo comme les autres, et on le conduisit angaard, où PétersoUf requis de prêter main-forte, fut chargé de seconder le caporal dans le soin de garder les trois prison*
niers. La coupe d'or fut portée en triomphe par M. Ooefle sur la table de la salle de l'ourse.
Cependant Martina Akerstrom était accourue audevant de son fiancé, sans la moindre crainte du qu'en dira-t-on, et sans éprouver aucun embarras de la présence du major et du caporal. La bonne et candide personne ne se tourmentait plus que de deux choses : l'inquiétude que son absence devait commencer à inspirer à ses parents, et le manque de sucre pour offrir le thé « à ces pauvres messieurs qui devaient avoir si froid ! » Elle demandait à envoyer quelqu'un au château neuf pour rassurer les auteurs de ses jours et pour rapporter du sucre.
Quant au dernier point, Nils , que le mouvement fait autour de lui avait réveillé, et que la présence des officiers rassurait, put satisfaire la bonne Martina, vu qu'il savait très-bien, et pour cause, où se trouvait la provision de sucre apportée par Ulphilas le matin; mais, quant au premier, on manquait de courriers, et le major tenait, d'ailleurs, à enregistrer, séance tenante, la déposition de Martina avec celle du lieutenant Osburn, relativement aux paroles des bandits, entendues, deux heures auparavant, à l'entrée de la tour du château neuf. Gomme pour lui tout le nœud de l'affaire était là, il se fit rendre un
compte détaillé du fait, écrivant à mesure, et regretm. il*