‹ L'homme devant les AlpesChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Étendue, limites et altitudes générales du massif alpestre. — Les Alpes granitiques et les Alpes calcaires. — Grandes divisions du massif : Alpes Occidentales, Alpes Centrales, Alpes Orientales.

L — Alpes Occidentales. — i*» Chaîne principale : Alpes Maritimes, Cottiennes, Graies, Mont-Blanc. — 2° Chaînes transversales : Alpes de Montf errât et du Piémont, Alpes de Provence, de Savoie et du Dauphiné.

IL — Alpes Centrales. — i** Chaîne principale : Alpes Pennines, Lépontiennes, Rhétiques. — 2* Chaînes latérales : Alpes Bernoises, des Quatre-Cantons, de Glaris, d'Appenzel, Algaviennés, de Bavière, de la Valteline et du Trentin.

IIL — Alpes Orientales. — i® Chaîne principale : Alpes Noriques. — 2" Chaînes latérales : Alpes de Salzbourg, de Radstadt, Cadoriques, Carniques, de Croatie, Juliennes, de Styrie et de Carinthie, Semmering.

D'une manière très générale, on désigne sous le nom d'Alpes l'ensemble des groupes montagneux qui occupent à peu près le milieu de l'Europe.

Les Alpes recouvrent la plus grande partie de la Suisse, et leur versant méridional décrit un immense

demi-cercle qui domine les plaines de la Lombardie. Après avoir formé la frontière de l'Italie et de la France, elles se rattachent à la chaîne de l'Apennin, qui constitue la longue ossature et comme l'épine dorsale de la Péninsule. A l'Ouest et au Nord de la Suisse, elles se soudent au Jura français, à la forêt Noire, aux plateaux de la Bohême, aux collines de la Pologne, et se perdent dans les landes de la Prusse. A l'Est, les dernières ondulations de la chaîne rejoignent les Carpathes et, par les Balkans et le Pinde, atteignent les bords de la mer Noire et de la mer Egée; au Sud enfin, elles se prolongent dans la Carniole et la Dalmatie, sur les côtes illyriennes jusqu'au seuil d'Adelsberg. Mais la chaîne principale, le tronc central duquel se détachent toutes les branches secondaires, a son origine à Vienne et se termine sur le littoral de la Méditerranée, un peu après Menton, sur la côte de la Ligurie. Elle a deux directions très nettement accentuées, l'une de l'Est à l'Ouest, séparant la plaine du Danube de celle du Pô; l'autre du Nord au Sud, séparant la vallée du Pô de celle du Rhône. Ces deux directions forment entre elles un angle presque droit, raccordé par une courbe circulaire dont le mont Blanc occupe à peu près le milieu. La longueur totale de la chaîne mesurée suivant son axe idéal peut être évaluée à un millier de kilomètres, à quatorze cents environ si l'on suit toutes les sinuosités de la ligne de faîte : trois cents à trois cent cinquante environ de Menton au mont Blanc, mille à onze cents du mont Blanc au Semmering près de Vienne. Quant à la largeur du

massif, elle varie de cent cinquante à trois cents kilomètres. La chaîne est relativement étroite et très escarpée dans la partie qui sépare la France de l'Italie et qui traverse — on peut même dire qui constitue — la majeure partie de la Suisse. Elle s'élargit graduellement, s'abaisse et s'adoucit à mesure qu'elle s'avance vers l'Est ; les derniers reliefs des Alpes Noriques, des Alpes de Styrie, de Radstadt et du Semmering ne sont que des collines à côté des Alpes Graies, Pennines, Rhétiques et des massifs de l'Oberland bernois.

Les plus hauts sommets se dressent dans la partie centrale, et il est même curieux de remarquer qu'ils sont en dehors de la grande ligne de séparation des eaux de l'Europe, entre les deux bassins de l'Océan et de la Méditerranée. Le dôme le plus élevé, le mont Blanc, est tout entier dans la région méditerranéenne. Il en est de même du puissant rempart bastionné du mont Rose qui, par la forme de ses montagnes, le nombre de ses pics, l'ampleur de ses glaciers, mériterait plus que tout autre groupe le titre de massif culminant, dont la hauteur moyenne dépasse quatre mille cent mètres et le diadème terminal atteint 4,638 mètres, 172 mètres seulement de moins que la crête supérieure du mont Blanc (i).

Ce n'est, en somme, que sur une cinquantaine de kilomètres à peine, par les massifs du Gothârdetde rOberland, que la puissante chaîne alpestre fait

(i) El. Reclus, La Terre, les coniiTients, 2* partie, ch. m,

partie de la ligne divisoire des eaux de l'Europe, qui la traverse en diagonale du Sud-Ouest au Nord- Est. Malgré son importance capitale au point de vue géographique et surtout hydrologique, l'énorme massif du Gothard, qui est le point de partage des eaux du Rhône, de la Toce, du Tessin, de l'Aar, de la Reuss, du Rhin et de l'Inn, le plus grand affluent du Danube, n'a qu'une altitude bien inférieure à celle de toutes les montagnes environnantes, et il y a à peine un siècle qu'on s'est rendu compte de sa hauteur relativement faible par rapport aux massifs voisins. On avait pensé, jusqu'à ces derniers temps, que le puissant relief d'où s'échappent les principaux fleuves qui arrosent la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie, devait tout dominer autour de lui, et que ce grand toit d'écoulage, aux pentes frangées de neiges et de glaces, devait être un faîte incomparable et dominateur. Il n'en est rien. Le plateau supérieur du Gothard n'a . que trois mille mètres en moyenne, et les principaux sommets des Alpes dépassent tous quatre mille. A côté même du Gothard se dressent le mont Cervin et le mont Rose, qui atteignent 4,482 mètres et 4,638 mètres. Un peu plus loin, les aiguilles du mont Blanc rayonnent à 4,800 mètres dans le ciel.

Toute la partie centrale des Alpes est formée d'une agglomération de massifs plutoniques et de roches éruptives ; et les géologues, en prenant pour base de leur classification les formations de granit et de protogine sur lesquelles reposent et s'appuient des couches plus récentes de roches sédimentaires, évaluent à plus de cinquante le nombre des groupes

OU des chaînons qui se soudent les uns aux autres, s'entre-croisent et se heurtent dans tous les sens, comme les vagues de tempête d'un immense océan pétrifié. Le nombre, la profondeur et l'enchevêtre ment des vallées, la masse, la hauteur et les plissements en quelque sorte arbitraires de ces prodigieuses poussées minérales, le chaos apparent qui semble avoir présidé à ces bouleversements grandioses permettent difficilement de se faire une idée bien nette de la succession des phénomènes qui ont imprimé à l'écorce terrestre un si puissant relief. Le désordre paraît au premier abord inextricable. Une étude plus approfondie permet cependant de reconnaître que toutes les chaînes des Alpes sont divergentes et se soudent autour d'un noyau central comme les tentacules ossifiées d'un polype gigantesque. Le corps pour ainsi dire du monstre est formé de roches métamorphiques, dolomies, granits, gneiss, schistes feuilletés ou cristallins ; sur ses croupes s'appuient les assises du trias et du jurassique ; plus bas, les terrasses et les collines tertiaires des marnes, des argiles et les cailloux agglomérés ; dans la plaine enfin, la nappe horizontale des alluvions récentes.

Quelles que soient les actions géothermiques ou atmosphériques qu'ait éprouvées l'ensemble du système, que la masse entière ait été soulevée à plusieurs reprises par une série de commotions inté rieures qui ont bouleversé et rejeté sur ses bords les terrains sédimentaires, qu'elle ait subi une série de brusques effondrements ou d'affaissements séculaires, ou que de violentes contractions latérales

aient déterminé les plissements de la surface et les rides profondes dans lesquelles s'écoulent en torrents les eaux météoriques, le massif alpin peut être considéré dans son ensemble comme une puissante ossature de roches primitives, d'origine ignée, granitiques ou dolomitiques en général, entourée de roches plus récentes, stratifiées et déposées par les eaux. Les pressions latérales, les oscillations du sol, les érosions, les éboulis, les avalanches et tous les agents atmosphériques ont pendant de longs siècles décomposé, soulevé, déchiré et effondré tous ces terrains et leur ont donné l'apparence chaotique que -nous leur voyons aujourd'hui. Mais en somme la division est assez bien marquée. Les pics, les sommets et le noyau central sont granitiques ; les épaulements, les contreforts, les chaînes latérales sont calcaires. Telle est dans ses grandes lignes la structure géologique du système alpestre. Les grandes Alpes, les Alpes granitiques, forment pour ainsi dire une citadelle centrale flanquée et enveloppée par les Alpes calcaires, qui en sont comme les bastions et les ouvrages avancés, s'étendant à travers l'Europe jusqu'à de très grandes distances.

Les collines tertiaires de la Souabe, de la Bohême et de la Hongrie, les ramifications jurassiques et crétacées qui se prolongent, sans solution de continuité, jusqu'aux rivages méridionaux de la péninsule pélagique, pourraient même à la rigueur être considérées comme des prolongements des Alpes ; mais cette manière d'envisager les choses conduirait à englober dans le système alpestre presque toutes les montagnes de l'Europe. L'élément essentiel des

Alpes est en réalité l'énorme noyau central de roches primitives dont les grandes chaînes s'appellent les grandes Alpes ou les Alpes intérieures. Ce noyau est ceinturé par un épais anneau de roches sédimentaires qu'on peut appeler les Alpes extérieures. L'ensemble du noyau et de l'anneau est entouré enfin par les terrains des grandes plaines, en général quaternaires et récents.

Ainsi défini et limité, le massif des Alpes s'étend, comme nous l'avons dit, depuis la naissance des Apennins, un peu après Nice et Menton, jusqu'à la chaîne. du Semmering, voisine de Vienne. Il présente environ une superficie de deux cent cinquante mille kilomètres carrés. Sa hauteur, depuis les plaines latérales, dont l'altitude peut être de trois cents mètres environ, jusqu'aux crêtes qui atteignent et dépassent souvent quatre mille mètres, est extrêmement variable. Mais l'altitude moyenne du massif est déjà par elle-même très considérable. La masse rocheuse qui atteint et dépasse mille mètres a une superficie de trente mille kilomètres carrés. C'est à peu près deux fois celle de toute la Suisse. Les fleuves et les rivières la découpent en tous sens en gorges resserrées, et, si un plan d'eau idéal recouvrait la terre à cette altitude de mille mètres, les Alpes présenteraient une série de golfes, d'échancrures, de fiords d'une infinie variété. Un plan d'eau supérieur de mille mètres et qui atteindrait la cote 2,000 ferait seulement émerger des îles nombreuses soudées par des isthmes. Une inondation de trois mille mètres transformerait les Alpes en petits archipels, et seuls les

plus hauts sommets que nous admirons aujourd'hui s'élèveraient, complètement dénudés, au-dessus de cet océan théorique dont les vagues déferleraient contre des falaises de neiges et de glaces éternelles.

Le nombre et la variété des chaînes et des massifs principaux ou secondaires semblent échapper tout d'abord à une classification méthodique. Tout comme les géologues, les géographes en ont proposé de nombreuses, et, bien qu'elles diffèrent non seulement par les détails, mais quelquefois aussi par la détermination des groupes principaux, on est à peu près d'accord pour diviser l'ensemble du système en trois grandes parties :

V Les Alpes Occidentales, s'étendant de la Méditerranée au mont Blanc ;

2' Les Alpes Centrales, comprises entre le mont Blanc et la coupure du Brenner ;

3" Les Alpes Orientales, du Brenner à Vienne et à la plaine de Hongrie (i).

(i) Friedrich Umlauft, Die Alpen. Vienne, 1887.

Em. Haug, Les régions naturelles des Alpes, Ann. degkog.^ Paris, janvier 1894.

SuESS, Antlia der Erde.

E. Fraas, Scenerie der Alpen, Leipzig, 1892.

Aug.BoHM, Eintkeilung der Ostalpen, Vienne, 1887.

Ch. LoRY, Essai sur l'orographie des Alpes Occidentales considérêe dans ses rapports avec la structure géologique de ces mon-

Ces trois divisions peuvent être à leur tour fractionnées en chaînes ou massifs secondaires, les uns appartenant à la chaîne maîtresse, les autres constituant des chaînes latérales, des branches soudées sur le tronc principal, et dont les limites sont quelque peu arbitraires. Toutes, d'ailleurs, ont conservé leurs noms anciens, rappelant tantôt un ou plusieurs des principaux sommets qui les caractérisent, ou bien leur position géographique, ou mieux encore des souvenirs historiques que le temps a consacrés.

Les Alpes Occidentales et les Alpes Centrales constituent jusqu'au Brenner la grande barrière qui sépare l'Italie de la Suisse et de la France et qui a exigé, — qui exige encore, — pour être franchie, les plus grands efforts. A partir du Brenner, au contraire, les Alpes s'abaissent, s'étalent, se ramifient et jusqu'à Vienne présentent des cols d'une altitude moyenne, d'un accès facile, presque toujours boisés ou couverts de pâturages, cultivables, quelquefois même cultivés, et que l'homme a pu gravir de tout temps sans difficulté ni danger.

La chaîne principale des Alpes Occidentales, dont la superficie est d'environ soixante mille kilomètres carrés, peut être divisée en quatre sections :

I* les Alpes Maritimes ;

2* les Alpes Cottiennes ;

tagnes. Ann. du Club alpin, 1874, et Bull, de la Soc. de statistique de l'Isère, 1878.

E. Levasseur, Les Alpes et les grandes ascensions. Paris ,

3» les Alpes Graies ;

4*» le massif du mont Blanc.

A ces quatre sections se rattachent des chaînes secondaires :

A l'Est, les Alpes du Piémont et les hauteurs du M on tf errât ;

A rOuest, les Alpes de Provence et les Alpes du Dauphiné.

Les Alpes Maritimes comprennent d'abord les Alpes Liguriennes, et à leur suite les Alpes du Var. Elles s'étendent du col de Cadibone (495 mètres), appelé quelquefois pas d'Altare ou pas de Carcare, jusqu'au col de Larche (1,995 mètres), qui porte aussi les noms de col de la Madeleine ou de l'Argentière, et décrivent un magnifique arc de cercle dont la corde, tout entière sur le territoire italien, a cent kilomètres environ et la crête montagneuse près de cent quatre-vingts kilomètres de développement.

Les Alpes Liguriennes n'ont qu'une altitude relativement faible ; leurs plus hauts sommets ne dépassent guère deux mille cinq cents mètres. Le dernier contrefort de la chaîne, situé presque à l'embouchure de la Roya et qui porte le nom caractéristique de « Tête d' Alpe » , étend sa magnifique terrasse à i ,587 mètres au-dessus de la mer ; en face se dresse le mont Agel (i , 149 mètres), qui sépare la Roya du Paillon ; mais, d'une manière générale, la ligne de faîte s'abaisse à près de mille mètres aux approches de la Méditerranée. Les cols qui mettent en communication avec le littoral les hautes vallées

du Tanaro et de la Bormida et de leurs petits affluents sont tous très facilement accessibles. Le dernier — le col ou plutôt le seuil de Cadibone — n'atteint même pas cinq cents mètres et marque très exactement Textrémité méridionale du soulèvement alpestre. C'est la fin des Alpes et le commencement des Apennins.

L'altitude se relève à partir du col de Tende et dans les Alpes du Var. Le massif de l'Enchastraye, qui forme la limite des départements des Basses- Alpes, des Alpes-Maritimes et de l'Italie, atteint près de trois mille mètres! Quelques pics aux environs s'élèvent plus haut encore de deux à trois cents mètres, et la ligne de faîte, presque partout supérieure à deux mille cinq cents mètres, est dentelée par une série de petits cols aux abords très escarpés, accessibles seulement aux piétons et aux mulets pendant la majeure partie de l'année.

Trois routes carrossables de France en Italie traversent les Alpes Maritimes : — celle de la Corniche, qui côtoie et domine tour à tour la Méditerranée et serpente au-dessus de contreforts et de ravins plongeant dans la mer; c'est la route de Gênes; — la route de Nice à Coni et à Turin, qui remonte la vallée tourmentée de la Roya, passe au col de Tende (1,873 mètres) et traverse la crête au moyen d'un tunnel dominé par deux forts italiens dont l'approche est rigoureusement interdite ; — la route de Gap et de Barcelonnette à Coni, par les vallées de l'Ubaye et de l'Ubayette, le col de Larche et la vallée de la Stura, défendue sur ses deux versants par une série de forts dont les principaux sont le fort de

Tournoux en France et le fort de Vinadio en Italie. Nulle part dans les Alpes la frontière ne présente des abords plus inhospitaliers. L'homme a rivalisé avec la nature pour multiplier les obstacles, aggraver les servitudes et accroître les difficultés de rapprochement entre deux peuples et deux pays de même sang, de même race et de mêmes mœurs.

Les Alpes Cottiennes sont directement orientées du Nord au Sud. Elles mesurent quatre-vingts kilomètres en ligne droite, et leur ligne de fatte, qui suit d'assez nombreuses ondulations, a un développement de cent soixante kilomètres environ du col de Larche au col du mont Cenis. C'était, au temps d'Auguste, le domaine d'un brenn indépendant de la Gaule, qui régnait sur les hautes vallées de l'Arc, de la Durance et de la Doria Riparia. Il s'appelait Cottius, et son nom est resté à cette partie de la chaîne des Alpes, Alpes Cottiœ. C'est donc par erreur que Tite-Live les désigne sous le nom d' « Alpes Juliennes », Alpes Juliœ^ en l'honneur soit du conquérant des Gaules, soit peut-être de ce même Julius Cottius dont la physionomie est empreinte d'une curieuse originalité (i). Seul, en effet, dans toute la Gaule asservie, il résistait victorieusement, retranché dans les étroits défilés de son petit royaume, justement confiant dans la valeur de ses fidèles montagnards, à peine inquiété d'ailleurs par les légions romaines, qui n'abordaient les Alpes qu'avec une religieuse terreur, lorsqu'il adoucit tout à coup

(l) TiTE-LiVE, V, XXXIX.

son humeur sauvage et devint Tami d'Octave (i). L'alliance eut lieu vers Tan 25 de Rome. Le brenn Cottius s'empressa d'ouvrir à travers ses États montagneux des routes plus courtes et d'un accès plus facile que les sentiers dont on s'était jusqu'alors contenté. Il alla même jusqu'à élever à Suse, au nom de César Auguste, un arc de triomphe qui consacrait le souvenir de la cérémonie religieuse célébrée en l'honneur de cette alliance , et il est curieux de remarquer que, sur l'inscription qui énumère le nom des quatorze peuplades gauloises qu'il entraînait avec lui dans cette sorte d'abdication, le brenn Cottius, fils du roi Donnus et roi lui-même, ne prend pas son titre de souverain, se contente de celui de préfet et adopte le nom de famille des Jules, Julius, comme s'il eût été fait citoyen romain par Auguste (2) . Son indépendance et celle de ses qua-

(i) Amm. Marcell., XV, X, 2 et 7.

(2) Strabon, en parlant de la route qui traversait cette partie des Alpes, dit qu'elle passait du pays des Voconces dans la Cottie : 5ià OOoxovttwv xal tt^; KottCou (V, i, 2) et Tupoc Tr,v KoTTiou èw "EêpoÔuvov xwjjLYjV. (/d., ibid.)

La carte de Peutinger porte en gros caractères la mention COTII REGNVM, royaume de Cottius.

Le tombeau du roi Cottius est à Suse. A l'Ouest de cette ville on voit encore aujourd'hui un arc honoraire, en très bon état de conservation, dont la frise représente les différentes scènes du sacrifice solennel appelé Suovetaurile, dans lequel on immolait un porc, un mouton et un taureau et dont l'architrave porte l'inscription suivante en quatre lignes :

IMP . CAESARI . AVGVSTO . DIVI . F . PONTIFICI . MAXVMO . TRIBVNIC . POTESTATE . XV . IMP . XIII .

torze tribus furent d'ailleurs respectées, et son royaume conserva une réelle autonomie. L'empereur Claude augmenta même son domaine, lui conféra officiellement le titre de roi (i), et ce ne fut qu'à sa mort, survenue sous Néron, que le petit royaume fut réduit en province romaine (2) . Le nom des Alpes Cottiennes, Alpes Cottise, est inscrit à côté du mont Genèvre sur Y Itinéraire d'Antonin, sur celui de Bordeaux à Jérusalem, sur la Table de Peutinger, sur les Vases Apollinaires. Les Alpes Cottiennes et le mont Genèvre furent dès lors une des rou-

M . IVLIVS . REGIS . DOKNI . F . COTTIVS. PRAEFECTVS . CIVITATVM. gVAE . SVBSCRIPTAE . SVNT . SEGOVIORVM . SEGVSINORVM .

BELAGORVM . CATVRIGVM . MEDVLLORVM . TEBAVIORVM . ADANA- TIVM . SAVINCATIVM . EDGINIORVM . VERMINIORVM .

VENISANORVM . TEMERIORVM , VESUBIANORVM . QVADIATIVM .ET. CIVITATES . QVAE . SVB . EO . PRAEFECTO . FVERVNT.

qui doit se traduire :

A l'empereur César Auguste, fils du divin César ^ grand pontife ^ revêtu de la puissance ïribunitienne pour la quinaième fois (la première étant de l'an 23 avant J.-C, Tare de Suse date par conséquent de l'an 8), ayant reçu treize salutations impériales (par suite de ses victoires) ; M, Julius Cottius, fils du roi Donnus^ préfet des cités dont les noms suivent : Segovii, Segusini, Belagiy Caturiges, Medulli, Tebavii^ Adanates, Savincatii, Edgini, Verminii, Venisani, Temerii, Vesubiani, Quadiates et les cités qui furent sous le gouvernement de ce préfet (ont élevé ce monument). — Traduction de M. Ern. Desjardins.

(i) Màpx(i> 'louXitp KoTTttp T^v itaTçtpov à?X^^» ^'^ ^'^^ '^***^ 'AXiteoiv ôiMDVupLcov El^e irpoo'eirr,uÇiQO'e [6 KXau5io;] (an de Rome 797, 44 de notre ère), paiiXea aùtèv tote wpûTOv ôvofidca;. (Dio. Cass. , XL,

Page 1