‹ L'homme devant les AlpesChapitre 7 sur 27 · I) POLYB., III · texte numérisé non relu

I) POLYB., III

MIGRATIONS DES PREMIERS SIÈCLES. l8l

exactitude remarquable et qu'on n'invente pas (i). C'est la même impression que l'on retrouve dans tous les auteurs classiques de l'Empire; et, plus de six siècles après Hannibal, le poète Claudien, parlant de la campagne de Stilicon, dont l'armée, campée dans la haute Italie, traversa les Alpes probablement au Septimer ou à la Maloggia, dépeint en termes imagés sans doute, mais dont la vérité ne semble pas contestable, ces sommets escarpés, ces sentiers praticables seulement pendant l'été, les chariots et les bœufs engloutis dans la neige nouvellement tombée et les avalanches qui dévalaient sur les pentes raides de la montagne lorsque soufflait le vent chaud du Midi (2) ,

De la crainte à la prière et à l'adoration , la transition est rapide dans la faible imagination des hommes , et il était tout naturel que les hauts som-

(i) Ex propinquo visa montium altitude, nivesque prope cœlo immixta, tecta informia imposita rupibus, pecora jumentaque torrida frigori , homines intonsi et inculti, animalia exanimaque omnia rigentia gelu, catera visu quant dictu fœdiora, terrorem renovavere, (Tite-Live, liv. XI.)

(2) Sed latuSf Hesperiae Rhetia jungitur orae^

Praeruptis ferit astra jugis, panditque ierendam Vix aestate viam ; multi, ceu Gorgone visa, Ohriguere gelu; multos hausereprofundae Vasta mole nives, cumque ipsis saepe juvencis Naufraga condentis merguntur plaustra barathrOy Interdum glacie subitam labente ruinant Mons dédit, et tepidis fundamina subruit austris, Pendenti malefida solo. Per talia tendit Frigoribus mendiis Stilicho loc'a.

(Claudien, De belîo Getico, vers 340 et suiv.)

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mets des montagnes, couronnés de neiges éternelles, perdus dans l'espace inaccessible, gardant dans la région des tempêtes leur immuable sérénité et entourés de nuages d'où s'élançaient à la fois les torrents, les avalanches et la foudre, fussent considérés comme des temples supérieurs de divinités redoutables.

On connaît la légende juive et mahométane du mont Hamazel, qui domine la grande île de Ceylan et dont les gorges profondes sont sillonnées par d'impétueux torrents se transformant bientôt en trois importantes rivières. On l'appelle le « pic d'Adam ». C'est sur ce sommet entouré de précipices que le premier homme serait venu faire pénitence après avoir été chassé du paradis terrestre ; c'est de là aussi que le dieu Bouddha se serait élancé vers le ciel en laissant sur le rocher la marque de son pied, qui ne mesurait pas moins d'un mètre et demi de longueur.

Le mont Albordgi, dans l'Iran, qui domine la côte Sud de la mer Caspienne, fut de même, suivant les traditions persanes, le lieu de retraite de Zoroastre. La cime sainte s'élève à cinq mille quatre cents mètres et joue un grand rôle dans toutes les mythologies asiatiques. Ce n'était pas d'ailleurs la seule vénérée dans cet Orient mystérieux. L' Albordgi primitif paraît même avoir été l'Himalaya. Dans la marche des peuples iraniens vers l'Occident, la montagne traditionnelle les a pour ainsi dire suivis, et le même nom sacré a été donné à toute une série de sommets sur lesquels le prophète a contemplé Orzmud face à face et a reçu de lui sa divine mission.

Mêmes légendes chez les Hindous, qui regardaient comme sacrées les hauteurs qui dominaient les sources du Gange. D'après les chants homériques, l'Olympe de Thessalie dressait dans le ciel ses trois sommets arrondis qui portaient le palais des dieux ; et le premier d'entre eux, Jupiter, présidait, armé de sa foudre, sur la plus haute cime, l'auguste assemblée. Il n'y avait pas d'ailleurs moins de quatorze ou quinze olympes en Grèce, dans l'Asie Mineure et dans les tles de l'Archipel. Le mont Etna était regardé comme une citadelle des Titans, et c'est sur un rocher du Caucase que Prométhée fut cloué pour avoir ravi le feu du ciel. Partout, on le voit, les monts^es étaient considérées comme des temples inviolables de divinités supérieures ; celles-ci y résidaient, loin des regards des hommes, impuissants à gravir leurs pentes. Ce fut leur véritable caractère dans toutes les théogonies, depuis les plus anciennes, celles de l'Orient poétique et primitif, jusqu'aux conceptions mythologiques si variées et si vivantes de la Grèce et de l'Italie, et même jusqu'aux religions juive et chrétienne. L'Étemel a parlé à Moïse sur le Sinaï. Jésus-Christ a resplendi dans sa gloire sur le Thabor.

Les religions de tous les âges et de tous les peuples se divisent en deux grandes catégories : celles qui dérivent d'une communication directe de Dieu

avec l'homme, révélation orale ou écrite, comme le judaïsme, le christianisme ou le mahométisme ; celles beaucoup plus anciennes dans lesquelles la divinité ne se mêle point à la vie morale de Thomme, malgré ses nombreuses incarnations, et se confond souvent avec la nature ; telles sont les religions primitives de rOrient et celles, beaucoup plus récentes, de la Grèce et de l'Italie. Un dieu unique, omnipotent, éternel, immuable, à la fois créateur, providence et but suprême de l'homme, caractérise les religions révélées. La, vie donnée aux objets matériels qui nous entourent, les imposantes manifestations de la nature, ses transformations, ses phénomènes multiples, les goûts, les vertus et les passions des hommes, condensés pour ainsi dire en des types vigoureux et d'une saisissante originalité, constituent les éléments de toutes les mythologies. Le soleil, le feu, l'air, la terre, la mer, les sources, les fleuves, les vents, les forêts étaient de véritables divinités, tout comme l'amour, la guerre, la fortune, la sagesse, la force, la paix, la justice, toutes les qualités, toutes les vertus, sans compter quelques vices. Il y avait de grands dieux solennels qui paraissaient vivre assez loin des hommes et auxquels on croyait en somme assez peu, malgré leurs temples, leur culte public et leurs collèges officiels de prêtres dont on redoutait la puissance sociale et politique plus qu'on ne respectait le caractère sacré; mais il y avait surtout une multitude de dieux domestiques, populaires, familiers, qui habitaient sur la terre, au sein de la famille, gardiens du foyer et des champs, dieux en quelque sorte moyens, medioxumi^ qu'on

aimait et qu'on appelait du nom charmant de « dieux rapprochés,/r^;rwwt». Chaque groupe de familles, ce que les Romains appelaient une gens^ avait son dieu, tout comme les corporations du moyen âge, qui se choisissaient au ciel un patron préféré, ouïes chrétiens de tous les temps, qui se mettent sous la protection de leur ange gardien. La momenclature de ces dieux est innombrable. A la fin de la République, Varron n'en comptait pas moins de trente mille.

Le caractère dominant de ce polythéisme assez pratique était d'être essentiellement naturaliste. Tout était dieu, excepté Dieu lui-même, et on peut dès lors s'.étonner de ne pas rencontrer dans ce panthéon universel, ou du moins d'y rencontrer assez rarement le nom même des montagnes, alors qu'on y trouve celui de tous les éléments, de tous les produits, de toutes les manifestations extérieures de la nature. Mais si les grandes chaînes des Alpes, que leur âpreté rendait fort peu hospitalières et qui inspiraient plus de terreur que d'attrait, se prêtaient en général assez mal à un culte pour ainsi dire intime et tendre, elles ont cependant caractérisé et spécialisé un dieu déjà existant et reconnu, auquel on rendait en cet endroit un culte local, presque toujours dans l'intention de s'assurer contre les dangers du voyage.

Sur les plateaux d'altitude moyenne, il existait ordinairement un petit temple consacré au dieu topique ou au génie particulier de la montagne divinisée. Presque toujours une source jaillissait à côté; quelquefois même un de ces mille gracieux petits

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lacs arrondis qui dorment entre les glaciers comme des coupes de cristal. La dévotion prenait alors un caractère tout particulier. On sait que, dans le monde ancien, presque toutes les sources étaient considérées comme sacrées. D'une manière générale, partout où l'eau apparaissait par la force même de la nature, où elle avait, comme disait le droit romain, une c cause perpétuelle » , on reconnaissait une divinité particulière, un numen, un genius, qu'on honorait d'un culte spécial (i). Un assez grand nombre de villes celtiques ont ainsi commencé sur le bord de ces fontaines que l'on adorait sans leur donner de nom, comme les rochers arides ou les montages boisées au pied desquels elles jaillissaient. Ce sentiment prit insensiblement le caractère d'un culte, dont la forme simple et vague dans le principe, comme toutes les religions naïves à peine distinctes de la nature qui les inspirait, se transforma peu à peu en pratiques régulières et en dévotions très formalistes. Un dieu tutélaire présidait ainsi aux destinées de chaque ville et devenait son génie local. On le considérait souvent comme son fonda teur et son protecteur naturel, conditor, numen, tutela. Ce culte de l'eau, la première des choses excellentes, comme l'appelle si bien Pindare, s'exerçait spécialement dans le bassin même de la source ou sur les bords gazonnés de ces belles nappes d'eau tranquille que l'on rencontre si souvent dans la haute montagne. Son origine se perd dans le passé assez confus de tous les peuples primitifs, depuis

(i) L. Preller, Les dieux de l'ancienne Rome^ trad. Dietz.

l'Orient jusqu'à la vieille Étrurie. Il était surtout très répandu chez toutes les peuplades d'origine celtique, et tous les auteurs classiques, César, Diodore de Sicile, Pline, Strabon, etc., nous les représentent jetant en offrande des pièces de monnaie, des bijoux, même des objets sans valeur, dans les lacs et les fontaines ; ils nous parlent maintes fois de ces dieux tutélaires qui présidaient un peu partout aux eaux sacrées et du petit sanctuaire qui était en général bâti au-dessus ou à côté de la source, presque toujours orienté, suivant le rituel antique, dans la direction du levant. On s*y rendait processionnellement. Après avoir trempé silencieusement les mains dans l'eau sainte, on s'en mouillait les yeux, le front et les lèvres (i). Les plus fervents, les bras ouverts, dans l'attitude des oranteSf récitaient des prières presque toujours gracieusement rythmées et que le temps a emportées malheiu-eusement avec les religions naïves qui les inspiraient (2). Les malades, les voyageurs, les dévots de toute nature ne manquaient pas d'ailleurs

(1) Ora, manusque tua lavimus, Feronia, lympha...

(HORAT., Sat., lib. I, V, v. 24.)

(2) M. Edw. Barry {Histoire de Languedoc, liv. II, notes) retrouve un écho de ces poésies primitives dans l'invocation toute païenne que le poète Ausone adressait, sous les successeurs de Constantin, à la fontaine sainte de Burdigala, sa patrie.

Salve, fans ignote ortu^ sacer^ aime, perennis, Vitrée, glauce, profunde, sonore, illimis, opace. Salve, urhis genius, medico potabilis haustu, Divona....

(AusoN., De clar. urb. Burdigala, v. 29-32.)

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de jeter, avant de se retirer, dans le creux de la source, en témoignage de leur reconnaissance et de leur piété, un ex-voto dont la valeur était en général proportionnée à leur fortune. On appelait ces offrandes des stipes. C'étaient en général des pièces de monnaie d'or ou d'argent, des vases de prix, des bijoux quelquefois précieux, bagues, fibules, pierres gravées, etc., mais le plus souvent des objets sans valeur, de pauvres médailles en bronze, des ustensiles de verre ou de poterie. Les plus fortunés élevaient dans l'enceinte sacrée de petits autels votifs ; la plupart avaient recours à des graveurs, martno^ rartt, ou à des ciseleurs, dont les échoppes encombraient les abords du temple, et faisaient inscrire leurs noms sur des plaques de marbre ou de bronze que l'on encastrait ensuite dans les murs du sanctuaire (i). Les humbles et les pauvres se contentaient de crayonner eux-mêmes leurs noms et leurs vœux sur les marches et les colonnes du temple avec cette naïve et touchante confiance qui a fait de tout temps la force des hommes de foi (2).

On attribuait en général aux eaux des sources et des lacs des vertus curatives. Le culte était pres-

(i) Quojit ut omnis

Votiva pateat veluti descripta tabella Vita senis...

(HoRAT., Sat., lib. II, I, v. 32-34.) (2) Rappelons les étangs sacrés qui entouraient la vieille Toulouse et qui contenaient un véritable trésor dit « or de Toulouse », pillé par le consul Cépion (648 ans av. J.-C.) {Hist, gèn. du Languedoc, liv. II, xxxiv) et surtout l'ancienne source du dieu Nemausus, qui a donné nom à la ville de Nimes.

que partout le même. On honorait le dieu de la même manière; on lui offrait les mêmes présents. Dans la Celtique, on rappelait en général de son nom gaulois Belen onBelenus^ assez semblable au Bel ou Baal de TOrient et au fameux Belenus A polio des trois premiers siècles, dont le culte était associé à celui de Tempereur sur les inscriptions d'Aquilée et dont l'attribut caractéristique, gravé sur tant de monnaies gauloises et massaliotes, était une roue à quatre rayons rappelant* le fameux disque qui surmontait le trépied fatidique de l'Apollon pythien dans le temple de Delphes (i).

(i) E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine y t. II, ch. IV.

La coutume de jeter dans le creux d'une source ou d'un lac des pièces de monnaie et d'autres objets d'une certaine valeur, en reconnaissance des faveurs accordées par la divinité topique qui préside à ces eaux, s'est conservée dans certains cantons du Rouergue, de la Lozère, du Cantal , notamment aux lacs de Saint-Andéol, de Saillans, de Born, de Soubeyrol. — Voir Grégoire de Tours, De gloria conf essor tim, c. 11. — Ignon, A^^ticesurles monuments antiques de la Loeère, Mémoires de la Société d^ agriculture, sciences et arts de Mende, t. XI, 1839- 1840. Bulletin de la Société de la Loeère, t. IX, 1858.

Les dieux qui présidaient aux sources n'étaient pas seulement des dieux guérisseurs; ils avaient quelquefois une action juridique, et les eaux thermales en particulier servaient à une sorte d'ordalie destinée à découvrir les crimes. Le rhéteur Eumène, dans son panégyrique de Constantin Auguste, parle d'un Apollon adoré à Autun dont les eaux punissaient les parjures : Prœci- Pueque ApoUo noster cujus ferventibus aquisperjuria puniuntur, (EuM., Panegyrici veieres, cap. xxi.)

Les épreuves par l'eau des fontaines sacrées étaient fréquen> tes chez les anciennes populations celtiques. (Voir la Vie de

Les eaux glacées des lacs supérieurs des Alpes ne pouvaient cependant être considérées comme jouissant de propriétés bien curatives. Les hauts sommets ne sont pas des lieux de séjour, et les dieux topiques qui les consacraient inspiraient plus de terreur que de confiance; mais on les invoquait comme des divinités propitiatoires.

Tel fut, au centre de la Gaule, le Mercure A rverne. Mercure, comme Mars, était une divinité essentiellement gauloise (i). Un temple lui était consacré sur le sommet du Puy de Dôme. L^inscription votive le désigne sous le nom de et Mercure Dumias » , dans lequel on retrouve celui même du Puy de Dôme {Dumias j gén. Dumiatis ^ d'où est venu Podium Dumiatis, Puy de Doumias, Puy de Doume, suivant la prononciation des habitants du pays).

On sait que les divinités topiques des Pyrénées formaient une sorte d'Olympe en miniature ; Ari-

saint Colomban, Bollano., Acta Sanct,^ ix Jun., et Colgan., Triad. thaumat. Vit. S. Columb, c. ix).

Mêmes épreuves chez les Grecs et les Romains. (Macrob., Saturn., V, 29. — OviD., Fast., V, 673, 59,)

(i) Deum maxime Mercurium colunt; post hune Apollinem et Afartem.

CiESAR, Bell. Gall, VI, 17.

NVM.AVG

ET . DEO . MERCVRI

DVMIATI

MATVTINIVS

VICTOAXNVS

Num [inibus] Ang \u&Hs\ et Deo Mercuri \o\ Dumiati, Matutinius Victor inus d[ono] d[edit].

xon^ Aherbelsiy Arpeninus, Bargortx, Belisama^ Daho, Heraus Corrttscha, Leherenn, Sutugius, Xuban, etc. C'était une légion de génies armés, de petits Mars locaux, ayant des attributs de combat, gardiens des sommets et des cols, plus rébarbatifs qu'hospitaliers et dont le culte était établi un peu partout dans la montagne, principalement sur les hauts plateaux (i).

Un autre Mars topique a été retrouvé en plusieurs endroits du pays montagneux compris entre le Ventoux et la petite chaîne des Alpines, dans les contreforts des Alpes de Provence, peuplés par ces robustes montagnards que Pline et Strabon mommaient les Albœct o\x Albict, et dont nous avons déjà parlé. Le dieu portait même le nom de Mars Albiorix, dont l'ethnique rappelle à la fois les sommets neigeux des Alpes et les tribus qui habitaient dans la grande vallée de la Durance.

Dans la même région, à l'Est de cette fertile huerta d'Avignon qu'on a longtemps appelée le Comtat, se dresse le dernier ressaut de la chaîne des Alpes de Provence, le mont Ventoux (la montagne des vents, mons Ventosus), émergeant tout d'une pièce et sans contreforts latéraux, à près de deux mille mètres de hauteur. C'est la dernière

(i) J. SACAze, Les anciens dieux des Pyrénées m 1885. Idem, Le dieu Arixon, 1878.

Idem, Inscriptions inédites des Pyrénées {Bull, de la Soc. nat, des antiq. de France, pass.).

Cf. Inscriptions des Pyrénées {Rev, archéol., juin 1882). Quelques faux dieux des Pyrénées {Académie des inscriptions et belleslettres, 1884, et Revue de Comminges, janvier 1885).

manifestation de la force puissante qui a plissé l'écorce terrestre et modelé les grands massifs de la chaîne des Alpes. Avant d'expirer dans la plaine du Rhône, cette force semble avoir fait un suprême effort ; elle a produit un dernier soulèvement ; ce soulèvement est le Ventoux. La petite chapelle de Sainte-Croix, qui couronne le sommet du Ventoux, ne date sans doute que du moyen âge ; mais il est probable que cet oratoire marque la place de quelque sacellum antique et s'est en quelque sorte greffe sur les substructions d'un temple païen ruiné ou disparu. Les édifices se superposent souvent ainsi comme les religions. Les archéologues locaux, malgré toute leur bonne volonté, n'y ont fait que d'assez médiocres trouvailles : quelques fragments de poterie et de verre irisé, qui paraissent avoir été les débris de grossières trompes de chasse ou d'appel, appartenant aux bergers primitifs ; une stèle funéraire, avec inscription gallo-romaine du second siècle, rappelant une concession de famille dans un terrain public (i), et le dieu Ventur, qui paraît bien le génie topique de la montagne, dont le nom provençal a Ventoux » est venu jusqu'à nous sans changement depuis l'époque romaine (2). Les débris

(i) A. Sagnier^ Procès-verbal de l'Académie de Vaucluse, mai 1886.

(2) VINTVRI / V. s. L. M. / M. VIBIVS / P...

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