‹ L'homme devant les AlpesChapitre 8 sur 27 · CI. L. XII · texte numérisé non relu

CI. L. XII

(Inscription trouvée en 1700 à Buoux, canton de Bonnieux (Vaucluse) .

VENTVRI / CADIENCES / V. S. L. M.

(Inscript, servant autrefois de support au bénitier de la cha-

de poterie très clairsemés dessinent en quelque sorte le sentier qui conduit au sommet et ont un caractère votif assez prononcé; et si, comme tout le fait supposer, c'étaient des offrandes à la divinité topique du Ventoux, on est assez naturellement conduit à placer le but du pèlerinage antique au faîte même de la montagne, à peu près à l'emplacement de l'oratoire du moyen âge, à côté de l'observatoire moderne.

On retrouve encore une autre divinité topique qui paraît avoir été principalement invoquée dans la région montagneuse du département de laDrôme, sur les premiers contreforts des Alpes. Au pied d'une petite montagne appelée le mont Vanige, sourd un torrent qui est un des principaux affluents de TAigues. D'après une inscription relevée sur un petit autel votif dans la gorge du torrent, la montagne paraît avoir été en quelque sorte divinisée sous le nom de Baginus {i) et associée à des déesses Baginahag^ protectrices locales du pays et formant une triade analogue aux Maires, aux MatronaSy aux

pelle de Beaulieu, près deMirabel, cant. deNyons (Drôme). Flo- RIAN Vallentin, Divinités indigètes du Vocontium, p. 40, et C. I. L. XII, 1341.)

(i) f/lix. sm/

ri. f. bagino

/t. bagina

/abvs

Félix, Smeri filius, Bagino et Baginahahus, votum solvit Kàens mérite,

(Allmer, BuU, de la Soc, d'arch.et de stat. delà Drame ^ 1889.)

Junones, etc., si nombreuses dans le panthéon galloromain.

D'une manière générale, les hautes monts^es, qui donnaient aux populations primitives une vague intuition des grandes commotions de l'écorce de la terre et que leur ossature monstrueuse faisait ressembler à des colosses pétrifiés, témoins muets des grands bouleversements du globe, imprimaient une sorte de terreur vague et religieuse; et, dans les théogonies naïves des premiers temps, la montagne, que l'on peuplait de dieux et de fantômes redoutables, devenait quelquefois elle-même une sorte de divinité mal définie. On la considérait comme un titan, un géant, un cyclope.

Tout ce que la fable nous raconte sur les Titans, qui se dressent contre le ciel et sont précipités dans les enfers, rappelle bien les phénomènes volcaniques d'abaissements et de soulèvements du soi. Titan est le fils aîné de la Terre ; le Temps le précipite dans le Tartare, qui est le grand a lac inférieur » (Tara-Tara). Le nom de Titan lui-même {TtY-An^ l'œil du Puissant) semble indiquer le cratère d'un volcan.

Les Géants sont aussi, comme leur nom l'indique, des enfants de la Terre (yiVc, ^ Y^)î ^^s forment une légion formidable qui s'est soulevée contre les dieux de l'Olympe. C'est Briarée, le géant marin aux cinquante têtes et aux cent mains, précipité, aux confins de la terre, dans les abîmes de la mer. C'est Titye, dont les violences contre Latone armèrent le bras vengeur d'Apollon et qui, percé de flèches, fut aussi englouti dans le Tartare, d'où une

partie de son corps, couvrant neuf arpents, se soulevait dans des spasmes terribles en un monstrueux relief. C'est Typhée, qui vomissait des flammes par ses cent bouches, et Encelade, dont le souffle embrasé s^échappait de TEtna, obscurcissant la mer de son épaisse haleine, et dont les convulsions ébranlaient la Sicile entière. Et à côté de ces colosses redoutables, la Vénus Anadyomène apparaissait un peu partout, jeune et belle, divine et souriante, flottant au-dessus des eaux, les pieds baignés par Técume argentée des vagues, tantôt sur des récifs de rochers ou de coraux, tantôt sur des tortues gigantesques ou des dauphins captifs, représentation gracieuse de la terre émergeant de l'onde et offrant aux hommes ravis, avec sa jeunesse féconde, tous les présents de la nature amoureuse nouvellement créée.

Toute cette mythologie ne fut en somme que l'histoire poétisée des grandes révolutions géogéniques. Mais il est curieux de remarquer que cet anthropomorphisme topographique a survécu dans les expressions géographiques qu'ont conservées un peu partout les diverses parties des montagnes et qui semblent les assimiler à des êtres monstrueux. On désigne en effet toujours leur tête, leur pied, leur front, leur col, leur gorge, leurs épaules, leur flanc, leur dos, leur échine, leurs bras, leur coude, leur croupe, leurs mamelles, leurs arêtes, leur ombilic, leurs crêtes, leur œil, leur bec, leurs cornes, leiurs dents^ Toutes leurs saillies sont en quelque sorte des organes corporels. Ce sont des monstres, des titans figés et dont les convulsions volcaniques,

IQÔ l'homme devant les ALPES.

les écroulements et les mille tressaillements semblent rappeler les derniers efforts d'une vie qui ne finit pas.

Les principales divinités de la région des Alpes portaient des noms qui rappellent leur origine celtique : Segono, Athobodua, Aiinius, Orevalus, BurgOf Moccus (i). Segono était une sorte de Mars. Athobodua paraît avoir été le même dieu féminisé, sorte de Bellone farouche ayant pour attribut le corbeau noir, cet oiseau des batailles qui s'acharne sur les cadavres et même sur les blessés. Moccus semblait correspondre au Mercure de l'Olympe grécolatin. Abinius et Orevalus faisaient partie du même cycle ; mais leurs attributions sont assez mal connues (2). Celui qui a laissé le plus de souvenirs était le dieu Penn. Penn était essentiellement le génie de la grande montagne. Il a donné son nom à toute la partie de la chaîne des Alpes qui s'étend du petit Saint- Bernard au Saint-Gothard, — les Alpes Pennines, Penninœ Alpes, — et dont la puissante ossature comprend les plus hauts sommets de l'Europe, le mont Rose, leCervin, leSimplon, le mont Blanc.

A côté de ces divinités redoutables, on aimait à en invoquer de plus douces ; c'étaient les Matres ou Matronas, filles des neiges étemelles, qui proté-

(1) ATHVBODVAE

AVG

SERVILIA . TEREN

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