BEAU TRAIT DE CLEMENCE
M. Adrien resta un instant déconcerté, puis fît son entrée au milieu de la mise en scène suivante :
Armelle, pensive, à Técart ; Clémence, en proie à une attaque de nerfs et se débattant entre les bras de son mari; M. Hœfer, sournois et ressemblant à quelqu'un qui entrevoit la solution d'une devinaille ; monsieur le substitut Ghabert, impressionné malgré lui et fort embarrassé de sa personne.
Adrien arrivait mal. Nul ne songeait à lui souhaiter la bienvenue.
Il s'approcha d'Armelle, qui lui tendit la main d'un air distrait, et à laquelle il demanda :
— Qu'y a-t-il donc? c'est pourtant bien, icil
En ce moment, M. Ghabert prenait congé des maîtres de la maison.
— Vous savez, dit-il à M"*" Ilabbe, quel est l'état de santé de ce malheureux iM. de Ponlai ?
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11 se toucha le front d'un geste significatif.
— Oui, r»^pliqua Lion Habhe très vivement, il est fou. J'étais en train de le dire à M™" Rabbe, qui ne voulait pas me croire. Vous voyez, ma chère amie, que je ne vous trompais pas.
— Fou ! répéta Clémence d'un air sombre. Voilà deux fois que j'entends parler de folie...
Puis elle ajouta durem^ nt :
— Alors, qu'on l'enferme I ce doit être un fou dangereux.
— Tous les fous sont dangereux, dit Lion Rabbe sèchement. Écoutez M. le sub^^titut, qui, j'en suis certain, a une communication à nous faire.
Le jeune magistrat parut flatté de l'empressement que ce puissant Rabbe mettait à l'entendre. Il repiit:
— Je dois taire ne qui est venu à ma connaissance par le canal en quelque sorte professionnel; mais il y a des choses que toutle monde sait. Hier encore on parlait de ce malheureux jeune homme à la réception de M. le garde des sceaux. Il est très connu dans le monde officiel : personne n'avait plus de chance que lui d'arriver vite et haut. Son père était lié avec Dieu et ses saints, et toutes les carrières lui étaient ouvertes. Celle qu'il a choisie...
M. Chabert hésita. M. Rabbe l'interrogea d'un regard perçant.
— C'est donc vrai ? murmura- t-il.
— Et ce n'est pas d'hier, ajoula le substitut. Voilà plus d'un an que toutle monde le fuit à la préfecture, quoique M. le préfet fût Tinlime ami de son père. Ces da-
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mes ont fait causer le secrétaire général, quia raconté (les histoires du meilleur comique. Chaque fois qu'il rencontre un rapin dans les champs, avec son pliant et son parapluie, M. de Pontal l'accuse de lever le plan d'un champ de bataille. Il a découvert que lachancellelie pius-ienne entretenait auprès de M. Oflenbach plusieurs pharmaciens, pour donner à ses œuvres cette qualité toxique qui enrichit les directeurs et pervertit les auteurs. C'est le contre-pied de Tyrtée. M. OfTenbach est la mort-aux-rats de l'enthousiasme. Il tue Chauvin, qui est p< ul être la France.
M. de Pontal a découvert encore qu'il y avait des L^ussiens. naturalisés ou non, dans toutes les banques, dans tous les magasins de tailleurs, dans toutes les cordonneries et dans toutes les échoppes. Il dénon.e les orphéons, les solistes de Mabille, les figurantes d'as Bouties-Parisiens, les députés de l'opposition qui donnent vingt francs à l'Internationale, le Siècle, le .loumal des Débats, la Revue di^s Deux Mondes, M. et M'^° S. hueider, les hussards de Felsheirn, Voltaire, la Bourse, Isiaël, la bière, les choux... A l'honneur de vous revoir, madame ; enchanté de toucher la main d'un homme tel que vous, monsieur... J'ai ciu devoir vous dire ju^qtJ'à quel point le pauvre jeune homme excite la risée g- nérale, et quel immense éclat de gaieté accuillerait une accusation lancée par ce plastron contre le roi, le véritable roi des grandes affaires parisiennes I
Excellente sortie I Clémence lui octroya le meilleur de ses sourires, et M. Lion Rabbe, après l'avoir reconduit l'espace de trois pas pour le moins, lui serra vigoureusement la main en disant :