‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 107 sur 118 · CH. BONNET H · texte numérisé non relu

CH. BONNET H

il, elles savent varier au besoin leurs procédés, et ensuite elles sentent : or « la simplicité du sentiment est incompatible avec les propriétés de la matière. » A cette âme immatérielle des animaux il attribuait la sensibilité, de l'imagination et de la mémoire, et il lui refusait la raison, s'en tenant à peu près, sur ce point, à la psychologie de Leibniz. Mais, comme beaucoup de savants et de philosophes du xvme siècle, il mêlait aux idées nouvelles puisées dans les livres de Leibniz, des explications mécanistes dans lesquelles se faisait sentir encore la grande et puissante influence de Descartes. Il avait supposé dans le cerveau humain tout un système de fibres : de la composition, de la forme, des proportions et de l'arrangement des fibres dépendaient, en grande partie, la nature et la bonté de nos opérations intellectuelles. C'est par les mêmes principes qu'il expliquait les facultés des animaux. D'après lui, le cerveau des castors, par exemple, devait contenir originairement un assemblage de fibres propres à représenter à l'individu des digues et des pilotis avec les principaux modes d'exécution. Ce n'est pas tout. Deux systèmes particuliers de fibres variées devaient se correspondre l'un à l'autre dans la bête : un système représentatif ayant son siège dans le cerveau et un système exécutif résidant dans les divers organes chargés de réaliser les représentations du cerveau. Enfin l'inspiration Leibnizienne reparaissant dans ces hypothèses mécanistes, Bonnet affirmait qu'une harmonie préétablie avait dû ajuster ces systèmes de fibres aux différentes circonstances dans lesquelles l'animal était destiné à vivre : il était par conséquent bien naturel, ajoutait-il, quo leur jeu variât relativement à la diversitédes situations et aux besoins actuelsdo ranimai '.

1. Contemplation de la nature, I, III, 8. — Voy. F. Papillon. Ih de la philosophie moderne dam ses rapports avec le développemcn \ sciences delà nature, II, p. 248.

Toute cette philosophie du xvme siècle nous paraît donc jusqu'à présent flotter assez indécise dans ses spéculations sur les facultés des animaux. Aussi ne faut-il pas s'étonner que des esprits hardis comme Diderot, professent encore sur ce point les opinions d'un spiritualisme qu'une certaine école d'aujourd'hui qualifierait dédaigneusement. D'ailleurs il y a trois hommes dans Diderot : il y a le libre-penseur que l'ardeur de la polémique entraîne bien près de l'athéisme ; il y a le panthéiste épris de la vie exubérante et progressive de la nature (nous parlerons plus loin de ces deux hommes) ; mais il y a enfin le philosophe qu'irritent les sottises d'Helvétius et à qui ses vastes connaissances inspirent une admiration réfléchie pour les vérités communes à une tradition spiritualiste large, embrassant Platon et Aristote, Descartes et Leibniz. C'est évidemment de cette tradition qu'il s'inspire dans les articles de l'Encyclopédie où il touche aux rapports de l'homme et de l'animal. « L'homme, y écrit-il, ressemble aux animaux parce qu'il a de matériel... Si les animaux ne parlent pas, ce n'est pas en eux la faute de l'organe de la parole, mais l'impossibilité de lier des idées i. » Et plus loin : « L'intellect de la bête est borné, celui de l'homme ne l'est pas. La bête ne veut pas librement. L'homme est plus raisonnable; l'animal est plus sensible. Lorsque l'homme ne sent pas, il peut réfléchir ; lorsque la bête ne sent pas, elle ne peut réfléchir, elle dort2. » Il semble que Diderot écrit ici sous l'inspiration de la Profession de foi du Vicaire savoyard , mais il faut convenir que cette doctrine n'a rien de nouveau ni d'original.

La psychologie de la sensation va faire un effort pour trouver dans l'animal quelque chose de plus que les

Page 1