‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 109 sur 118 · GEORGES LEROY · texte numérisé non relu

GEORGES LEROY

est arrêtée dès sa naissance, et l'expérience n'est pour rien dans la détermination des aptitudes. De telles conclusions restreignent singulièrement la théorie.

Noue ne dirons rien de la dernière proposition qui est toute la psychologie de Condillac et dont l'examen nous entraînerait évidemment beaucoup trop loin. D'ailleurs c'est elle que nous retrouvons dans Georges Leroy : il y a intérêt à le constater; car il y a intérêt, pensons-nous, à remarquer que Georges Leroy, partisan et apologiste légendaire de l'intelligence des bêtes, admirateur convaincu et spirituel de leurs ruses, de leur aptitude à apprendre, ramène toujours toutes leurs facultés comme toutes leurs actions à ces deux causes (dont procède, suivant lui, toute intelligence) : la sensation et la mémoire.

Il s'agit de voir, dit-il, dès son début, « comment par Faction répétée de la sensation et l'exercice de la mémoire, l'instinct des animaux s'élève jusqu'à l'intelligence. »

Ainsi, voilà trois choses : l'instinct, la sensation, l'intelligence. Sont-ce trois choses distinctes ou trois degrés d'une même faculté? Leroy, qui n'est qu'un psychologue amateur, n'est pas, il faut en convenir, très-clair sur ce point.

« L'instinct est une inclination sourde, indépendante de l'expérience et de la réflexion... Ce qui appartient proprement à l'instinct dépend entièrement de l'organisation (entièrement c'est beaucoup ; est-ce à «lire que I. oy laisse encore subsister l'automatisme dans l'instinct proprement dit ?) : ainsi c'est par instinct que le cerf broute l'herbe et que le renard se nourrit de chair. »

Il n'y a donc dans ce premier fait rien qui implique l'initiative intelligente et libre que Condillac mettait à l'origine de toutes les habitudes animales. Si l'instinct « s'élève » jusqu'à l'intelligence, ce ne pourra donc être apparemment que par l'accumulation des sonsations.

Mais poursuivons. « Ce n'est pas à l'instinct, c'est à la faculté de sentir et à ses effets qu'appartiennent les moyens que ces animaux emploient pour satisfaire les besoins de leur appétit naturel. L'instinct détermine l'objet du désir, le désir donne l'attention, l'attention fait remarquer les circonstances et grave les faits dans la mémoire; la mémoire des faits donne l'expérience, l'expérience indique les moyens. »

Georges Leroy va plus loin. Il prétend que l'enchaînement de ces expériences constitue pour l'animal une science (le mot est un peu ambitieux, à moins qu'il ne soit pris comme métaphore). Il parle ensuite de la réflexion par laquelle les bêtes combinent de nouveaux moyens quand les moyens employés viennent d'échouer. Mais, sauf le mot de réflexion qui n'est pas défini et qui paraît bien n'impliquer que le renouvellement des sensations par association et sous l'empire de la nécessité, Leibniz eût accepté tout cela : il l'eût accommodé trèsbien avec ses consécutions ; d'autant plus que dans le philosophe de Nuremberg, il eût trouvé les concessions suivantes :

Les bêtes font-elles des progrès? « Il est vraisemblable qu'elles n'en ont pas fait beaucoup, et même qu'elles n'en feront jamais. » Du moins leur intelligence qui s'applique à leurs besoins ne jouit que d'une perfectibilité relative à ces mêmes besoins, elle ne fait de progrès qu'en raison des circonstances.... Elle sera toujours resserrée dans les bornes des objets sensibles avec lesquels « seuls » elle a des rapports.... tandis que la nôtre s'élevant « aux sublimes vérités qui sont les fondements de nos devoirs et de nos espérances... s'élance, d'un vol hardi, jusqu'à celui même qui produit les intelligences de tous les ordres et qui a fixé à chacune la mesure qiCelle ne passera jamais 1 . »

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