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L'INSTINCT, SYNTHÈSE DES PHÉNOMÈNES ÉTUDIÉS

Tous les savants, physiologistes et philosophes, sont en quelque sorte convenus d'appeler du nom d'instinct un principe d'action sur la nature duquel ils ne sont en vérité guère d'accord, mais dont ils reconnaissent néanmoins l'existence dans tous les animaux proprement dits. Nous voulons écarter soigneusement toute question de mots, c'est-à-dire éviter de nous contenter dépressions plus ou moins vagues pour expliquer les faits ; nous chercherons au contraire à nous servir de l'examen et de la connaissance des faits pour expliquer les mots. Par conséquent, nous réduirons provisoirement le sens du mot instinct à son minimum : nous lui donnerons la signification que tout le monde sans exceplion peut s'accorder à lui donner. Nous dirons d'abord : l'instinct, c'est ce qui pousse l'animal à faire ce qui lui etl nécessaire pour vivre. Une pareille proposition n'engage rien, elle laisse intacte toute question prêtant à la

controverse , et elle est , croyons-nous , entièrement conforme à la manière dont la langue et les usages entendent le mot.

Ceci posé, n'est-il pas évident que les phénomènes dont nous venons de donner la description font tout au moins partie de ce qui pousse l'animal à accomplir ce qui lui est nécessaire pour vivre ? Chercher le plaisir, fuir la douleur, satisfaire ses besoins et ses désirs en se laissant émouvoir non seulement par le plaisir et la douleur, mais par toute image qui recommence la sensation agréable ou douloureuse et la laisse plus ou moins inachevée, se complaire dans la continuité ou la reprise des mouvements par lesquels la vie de chaque organe s'entretieut, s'affermit, se renouvelle et se sent, agir enfin d'autant plus qu'on se sent davantage, et répéter de plus en plus les mouvements où une cause quelconque a fait que la sensation pouvait s'accroître avec la facilité du mouvement, qu'on y réfléchisse, n'est-ce pas là ce que doit véritablement rechercher tout animal? N'est-ce pas là ce qui doit le pousser à agir ? Tout cela n'est-il pas compris dans l'instinct ? Ce mot peut donc légitimement nous servir à exprimer la synthèse de ces diverses propriétés ou facultés de l'être vivant, et cette synthèse n'a rien de forcé, rien d'artificiel, puisque nous avons reconnu qu'il y avait là autant d'éléments inséparables les uns des autres.

Ainsi l'instinct n'est pas pour nous un principe mystérieux, une cause occulte, un phénomène irréductible. Sous le nom d'instinct, nous entendons l'ensemble des besoins et des désirs qui, par les sensations et les images dont ils sont inséparables, imposent à tout animal des mouvements, les uns constants et invariables, les autres accidentels, les autres enfin habituels, suivant les exigences de son organisme et les facilités que lui procurent les circonstances de toute sorte au milieu

desquelles s'accomplit son existence. Qu'avons-nous à faire maintenant pour expliquer la prodigieuse diversité des actions des animaux ? Nous avons à nous demander comment varie chacun de ces éléments. Nous étudierons ainsi la vie animale dans ses déterminations particulières.

Après avoir indiqué ce qui constitue l'instinct en général, nous devons voir comment se forment les instincts particuliers et spéciaux. Les résultats auxquels pourra aboutir cette nouvelle étude seront à la fois la suite et la confirmation de ce que nous pensons avoir établ jusqu'ici.

Nous savons qu'étant donné la nature d'un organe, on a par là même la nature du mouvement qui lui est propre, mouvement dont la continuation constitue sa vif. Ce mode de mouvement, c'est là son besoin, c'est là son désir périodiquement renouvelé, c'est là sa tendance constante ; c'est là ce qui le fait jouir ou souffrir; c'est là le mode de plaisir et d'activité qu'il recherche quand il en est momentanément privé; c'est là ce que facilihiit ou contrarient particulièrement en lui les Influences extérieures auxquelles il est accessible; c'est li enfin l'énergie qui, capable de varier ses manifestations et de la proportionner aux circonstances, peut lui faire contracter insensiblement des habitudes.

Or, les divers organes qui composent le corps d'un animal doivent nécessairement s'accorder et concourir à la s alisfaction mutuelle de ces besoins, do ces désirs..., autrement il est clair que la vie du tout serait iinpos-

sible. L'instinct d'un animal doit donc être la résultante des instincts propres à chacun des organes, car chacun des organes concourt avec tous les autres à faciliter la vie de l'organisation entière. Cette proposition peut être déduite immédiatement de ce qui nous a semblé acquis sur la nature de la sensation et du mouvement animal. Mais l'observation des animaux peut en fournir une éclatante confirmation.

Qu'on nous permette de rappeler qu'une thèse de doctorat sur l'Instinct soutenue le 10 décembre 1869, en Sorbonne *, s'appliquait à établir par des exemples comment se subdivisaient les causes déterminantes des instincts.

Elle cherchait à montrer comment les organes d'action, les organes sensoriels, les organes de la vie végétative présentent d'un bout du règne animal jusqu'à l'autre des accommodations spéciales, s'accordant presque toujours très- visiblement avec le genre de vie propre à l'espèce et à la nature de son industrie. Elle indiquait ensuite comment la nature du milieu dans lequel se passe la vie de l'animal fait coïncider à ces impulsions de l'organisme toute une série d'excitations merveilleusement appropriées ; et comment même, à la périodicité des besoins nés du jeu intérieur de la vie répond la périodicité des influences extérieures : cela est visible dans les phénomènes qui se rapportent au rapprochement des deux sexes, aux migrations des poissons et des oiseaux.

Par exemple, prenant pour terme de comparaison la main de l'homme, organe en quelque sorte géométrique, débile outil pour la seule force physique, admirable instrument pour une intelligence cultivée, l'auteur de

] . L'Instinct, ses rapports avec la vie et avec l'intelligence, par Henri Joly, 2« édition, 1873, 1 v. in-8.

cette thèse essayait d'en suivre les formes variées dans les espèces animales : chez le singe arboricole crochet préhenseur, chez les poissons nageoires, chez les oiseaux ailes et pattes, celles-ci variant d'ailleurs à l'infini, tantôt grêles et longues, comme chez les échassiers qui marchent à gué dans les ruisseaux , tantôt palmées comme chez les oiseaux aquatiques qui s'en servent en guise de nageoires, tantôt robustes et toutes armées d'ongles crochus ; chez la taupe pelle à fouir ; chez les castors truelle ; chez les insectes organe à six parties qui se décomposent elles-mêmes en fragments offrant toute une variété de brosses, de houppes, de tire-bourre, de pelottes élastiques , de ventouses , de serres , de pinces et de corbeilles , chacune de ces différentes espèces étant toujours adaptée aux occupations qui remplissent la vie de ranimai. Semblable travail peut être poursuivi sur les autres organes de locomotion ou de préhension des animaux, notamment sur les becs, y compris la largeur des dents et même des queues, les trompes, les mandibules, les tentacules; l'organisation montre dans chaque espèce un mécanisme agencé pour des fins déterminées. Et si Ton compare des animaux assez voisins les uns des autres, on voit qu'étant donné des animaux d'un même groupe et doués d'une organisation commune, il suffit à la nature d'une addition ou d'une modification quelquefois imperceptible pour approprier l'ensemble des organes à des industries toutes nouvelles, à des travaux tout différents.

Qu'on examine maintenant la nature des organes sensoriels qui servent à diriger l'emploi de ces organes d'action, on remarquera que les sensations procurées à l'animal par des organes d'une extrême complication dépassent incomparablement les nôtres soit en vivacité, soit en étendue, soit en délicatesse, et souvent même en diffèrent non pas seulement en degré, maison nature. L'or-

ganisation, la position d'un même sens et ses rapports avec les autres organes et ses fonctions varient avec les espèces et les instincts. Il y a toujours chez tout animal un sens qui prédomine : la vue chez les oiseaux, l'odorat chez les carnassiers, la sensibilité tactile chez certaines familles ; et c'est toujours le sens qui peut le mieux favoriser l'usage des organes locomoteurs et préhenseurs. Enfin, un sens, quel qu'il soit, donne toujours à l'animal les sensations qui lui sont utiles : il le laisse étranger à toutes les autres.

Ainsi, tout animal a des moyens d'action particuliers : il est accessible à des sensations qu'on peut dire spéciales : les besoins périodiquement renaissants de son organisme tout entier le forcent à employer les premiers et à se laisser guider, repousser ou attirer par les autres. Ajoutez à cela les sollicitations variables que les circonstances du dehors peuvent exercer sur lui et auxquelles il est prêt à céder docilement quand son organisme s'en accommode aussitôt ou pour s'y plier par d'insensibles habitudes, on sera bien près d'avoir toutes les causes déterminantes des instincts des animaux.

Mais toutes ces actions dont l'accomplissement implique et des besoins intérieurs et des sensations externes senties par l'individu, toutes ces actions entretiennent un certain nombre de manières d'être, qu'on peut appeler par analogie affections, sentiments, passions : ces manières d'être de la sensibilité sont nécessairement d'accord avec les actions qu'elles accompagnent , et les développements en sont liés aux mêmes conditions organiques.

Telles étaient les principales propositions que s'efforçait de démontrer l'auteur du livre de l'Instinct empruntant aux naturalistes de l'autorité la plus incontestable les faits qui lui semblaient capables de les prouver. Dans un article de la Revue des Deux Mondes du 1er Mars 1870,

intitulé : Les conditions de la vie chez les êtres organisés , M. Blanchard, professeur au Muséum et membre de l'Académie des Sciences, soutenait à peu près la même thèse et l'appuyait de faits nouveaux.

Il y a en Afrique un animal qui semble tenir à la fois de l'écureuil, du sanglier, du makis, on l'appelle l'aye-aye. « Les deux pieds de devant, qui ressemblent un peu à la main des singes, ont des doigts assez épais et garnis de poils ; un seul de ces doigts, celui du milieu, est nu, grêle, et doué de la faculté de se relever et d'agir d'une manière indépendante des autres. Cet animal se nourrit d'insectes vivant dans les arbres. Souvent les arbres sont fissurés et il est possible d'atteindre les larves qui les rongent et de les arracher à leurs retraites ; mais les fissures étant étroites ne donnent passage qu'à un instrument bien mince. Pour l'aye-aye, l'instrument est son doigt grêle.... » Qu'est-ce qui apprendra à l'animal à se servir avec succès d'un tel instrument? Le savant académicien nous le dit : « L'aye-aye a des yeux dont la pupille, extrêmement dilatable, donne largement accès à la pâle lumière du crépuscule ou de la lune et lui permet d'errer la nuit au milieu des forêts sans la moindre difficulté. Il a des oreilles qui dénotent une grande finesse de l'ouïe, et, à n'en pas douter, il distingue le bruit léger d'une larve occupée à ronger le bois. Doué d'un odorat subtil, il peut s'assurer de la qualité de ses aliments.... etc. » Cet exemple peut passer pour caractéristique, parce qu'il s'agit là, on le voit, d'un animal en quelque sorte paradoxal, qui tient de plusieurs espèces différentes et dont l'organisation semble, au premier abord, dénuée d'homogénéité. On voit cependant combien d'organes et de fonctions viennent concourir à l'utile emploi de la pièce maîtresse de l'organisme, c'est-à-dire du doigt qui sert à ranimai à trouver sa nourriture.

Comme l'auteur de la thèse précitée, M. Blanchard

croit que les moindres modifications des organes des animaux ont une conséquence directe sur leurs instincts. « Une des choses les plus admirables de la nature, dit-il, c'est l'extrême diversité obtenue d'un fond commun. Les espèces d'une infinité de groupes naturels, offrant des dissemblances plus ou moins grandes dans leur genre de vie, se font remarquer par des particularités très-apparentes, mais d'ordre secondaire, qui leur donnent des aptitudes nécessaires à des conditions d'existence déterminées. Des espèces de groupes tout à fait distincts peuvent donc se ressembler par des traits superficiels, signes certains d'appropriations soit à un régime, soit à des habitudes analogues. » Ainsi,, « on trouve chez un insecte des particularités de conformation, des habitudes, des instincts si analogues à ceux de la taupe, que cet insecte, d'après le sentiment populaire, a été appelé la taupe-grillon. Il a un corps presque cylindrique, des pattes antérieures refoulées vers la tête, avec les jambes prodigieusement larges et garnies de fortes dentelures, de façon à prendre une sorte de ressemblance avec les pieds de la taupe. Les jambes de la taupe-grillon et les pieds de la taupe sont des organes d'une nature absolument différente, ayant reçu une appropriation absolument identique. »

Plus récemment enfin, M. Ch. Lévêque, dans des vues supérieures de métaphysique, passait en revue les Harmonies Providentielles. Deux chapitres de son livre sont consacrés à faire ressortir ces harmonies de l'organisme animal, harmonies des organes de mouvement avec le milieu, soit avec le milieu absolu, soit avec le milieu relatif ou secondaire ; harmonie des mêmes organes avec le genre de nourriture de ranimai, avec les conditions dans lesquelles naît et se développe sa famille, harmonie des organes des sens avec la locomotion et le lieu où elle s'exécute. L'abondance des détails, le choix heureux des

exemples, l'élégante précision du style, enfin, la vérité et la vivacité des peintures ont fait de ces pages un tableau achevé et une démonstration définitive. Aussi croyons-nous inutile de revenir sur ces vérités ; elles sont acquises à la science. Les développer avec de nouveaux exemples et de nouvelles réflexions serait désormais bien difficile.

Ajoutons cependant quelques observations générales.

Cette tendance des organismes animaux à produire des formes indéfiniment variées et à douer chacune d'elles de moyens spéciaux d'existence paraît bien être une nécessité de la nature. La concurrence vitale ou lutte pour l'existence peut certainement ne pas produire dans l'univers tous les effets que lui attribue M. Darwin : elle n'en est pas moins un fait incontestable, et l'homme lui-même y est soumis. Mais comment l'homme en danger en affaiblit-il les inconvénients? par la science et surtout par l'association. Il faut même remarquer ce signe caractéristique de la supériorité de notre espèce. Plus les hommes des différentes parties du globe atténuent les diversités qui les séparent et développent les facultés par lesquelles ils se ressemblent, plus ils augmentent mutuellement leurs forces productives et tout au moins la quantité des choses utiles à la vie. Par l'isolement, par l'exagération de leurs caractères, les peuples s'appauvrissent : ils s'enrichissent par la fréquence des rapprochements et la multiplicité des échanges. On en comprend la raison ; ces rapprochements et ces échanges ne stimulent pas seulement l'énergie individuelle, ils activent prodigieusement le développement de la science dont la puissance est en quelque sorte infinie.

Chez les animaux proprement dits, c'est une loi exactement inverse qui assure la vie des espèces. Parmi eux la concurrence vitale est d'autant mieux supportée qu'ils ont des besoins et des goûts plus distincts, et que, par

exemple, ils ne recherchent pas les mêmes subsistances. Il est sans doute des espèces qui vivent en société : ce sont celles qui sont sûres de trouver toujours une nourriture abondante et facile à recueillir ; car, c'est ici une loi dont l'importance, en sociologie comparée, est capitale : les animaux ne s'associent uniquement que pour consommer, tandis que les hommes s'associent pour produire. Aussi, en général, les espèces sont-elles d'autant plus assurées de l'avenir qu'elles divergent davantage. Parmi les oiseaux, les uns se nourrissent de hôtes vivantes, les autres de bêtes mortes, ceux-ci d'insectes, ceux-là de poissons : les mêmes graines ne plaisent pas à tous, etc.. chaque espèce de plante nourrit un insecte particulier. Nous ne voyons pas, au premier abord, qu'il puisse y avoir beaucoup de différences entre les chenilles ; et cependant on sait qu'elles peuvent se ranger en un certain nombre de groupes vivant chacun sur une plante ou sur un arbre où ils ne rencontrent point la concurrence des autres. Ainsi le chou, l'ortie, le rosier,le mûrier, le peuplier, le chêne, le saule ont chacun leur espèce à eux qu'ils logent et nourrissent à leurs dépens. Mais ces diversités dans les besoins, dans les goûts, dans le mode de nourriture, entraînent forcément des divergences plus ou moins grandes dans les organes, et par là encore nous revenons à cette double vérité que tout organisme animal a des aptitudes spéciales, et que l'ensemble entier de l'organisme concourt par d'harmonieuses adaptations à consolider ces aptitudes.

Le chef de la théorie transformiste a su tirer parti de ces faits et il a essayé fort habilement de les faire servir au succès de sa théorie. Il a cru pouvoir s'appuyer sur eux pour formuler les lois suivantes :

Les espèces les plus nombreuses en individus et les espèces les plus répandues dans leurs contrées natales sont celles qui donnent le plus souvent naissance à des

variétés qui sont comme des espèces naissantes... ; car plus les êtres organisés diffèrent par leur structure, leur constitution, leurs habitudes, plus est grand le nombre de ceux qui peuvent vivre dans la même région... plus les descendants d'une même espèce se diversifieront, plus ils auront chance de l'emporter sur leurs rivaux dans la bataille de la vie [Origine des Espèces, chap. IV). En d'autres termes, la plus grande diversification possible d'organisation permet la plus grande somme de vie possible. Et c'est là, d'ailleurs, une loi commune à tous les organismes, aux végétaux comme aux animaux. Les plantes qui vivent dans un espace de terre donné y vivront d'autant plus longtemps et d'autant mieux qu'elles différeront davantage.

Comment cette variation commence-t-elle selon Darwin et son école ? par le développement d'un caractère utile, autrement dit d'une particularité organique quelconque, donnant à l'animal une arme de plus pour nuire à ses rivaux ou pour accaparer à leur détriment la proie devenue trop rare. Mais en second lieu, si on augmente une particularité quelconque de l'organisation d'un animal, il en résultera nécessairement qu'on modifiera d'autres parties de l'organisme.

« L'organisation tout entière forme un tout dont les parties sont en relations mutuelles si étroites pendant leurs diverses phases de croissance et de développement que lorsque des variations légères affectent accidentellement un organe quelconque et s'accumulent par sélection naturelle, d'autres organes se modifient peu à peu, {eu- une conséquence nécessaire. C'est cette loi de variations simultanées que j'entends exprimer par les termes de corrélation de croissance. »

Ainsi, cette adaptation nécessaire de toutes les parties de l'organisme que Cuvier avait établie dans sa fameuse loi des conditions d'existence, M. Darwin la reconnaît

sous un nom très-peu différent. « Les conditions d'existence, dit-il, sur lesquelles a tant insisté l'illustre Guvier, sont pleinement comprises dans la loi de sélection naturelle ; puisque cette loi agit toujours soit par des adaptations actuelles des parties variables de chaque être à ses conditions de vie organique ou inorganique, soit par des adaptations depuis longtemps effectuées pendant quelqu'une des longues périodes géologiques écoulées. Il suit de là, qu'en fait, la loi des conditions d'existence est la loi suprême, et qu elle comprend, au moyen de l'hérédité des adaptations antérieures, celle d'unité de type '. » Il n'est pas difficile de séparer ici la théorie encore hypothétique et les faits, faits sur lesquels MM. Darwin et Guvier sont d'accord.

La diversité des organismes a-t-elle été établie une fois pour toutes, ou n'est-elle que le résultat'de perpétuels changements qui ébranlent à chaque instant le règne végétal et le règne animal ? De même, les adaptations mutuelles des différentes parties de l'organisme correspondent-elles à un plan éternel, réalisé d'un seul coup, ou bien sont-ce vraiment des corrélations de croissance et de variation qui les établissent ? On voit, soit dit en passant, que cette alternative n'a rien de bien redoutable pour la philosophie spiritualiste. Dans tous les cas, nous pouvons poser comme des nécessités de la nature, comme des lois, que les espèces animales vivent et se développent :

1° Par la divergence des caractères et la spécialité des aptitudes ;

2° Par la convergence dans chacune d'elles, de toutes les parties de l'organisme vers un but commun, contribuant toutes ainsi à rendre plus sûr et plus facile le genre de vie propre à l'animal.

Mais il ne suffît pas de poser ces lois, il faut en saisir

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