LAMARCK
miers organismes prennent naissance. En empruntant aux milieux environnants la puissance excitatrice des mouvements vitaux, la nature « comprime de plus en plus l'organisation animale. » Puis cette organisation une fois perfectionnée par des influences externes, elle transporta cette puissance dans l'intérieur même des êtres, et à la fin « elle parvint à mettre cette même puissance à la disposition de l'individu . » ... « La force qui excite les mouvements des organes peut, dans les animaux les plus imparfaits, se trouver hors d'eux et cependant les animer ; ensuite cette force a été transportée et fixée dans l'animal même ; enfin, elle y est devenue la source de la sensibilité et à la fin celle des actes de l'intelligence1. »
Voilà donc l'origine physique de la vie bien marquée. La puissance de la vie vient du dehors et ne passe que graduellement en dedans des organismes. Mais une fois qu'elle y sera, tout changera. Le développement sera surtout interne, et quatre grandes lois le gouverneront.
1° La vie par ses propres forces tend continuellement à accroître le volume de tout corps qui la possède et à étendre les dimensions de ses parties jusqu'à un terme qu'elle amène elle-même.
2° Tout ce qui a été acquis, tracé ou changé dans l'organisation des individus pendant le cours de leur vie est conservé par la génération et transmis aux nouveaux individus provenant de ceux qui ont éprouvé ces changements.
3° La production .d'un nouvel organe dans le corps d'un animal résulte d'un nouveau besoin qui continue à se faire sentir et d'un nouveau mouvement que ce besoin fait naître et maintient.
4° Le développement et la force d'action des orga
1. Philosophie xoplogique. Discours préliminaire et avertisse!». Voyez aussi raAme ouvrage. Tome II, pages 300 et suivantes.
sont constamment en raison de l'emploi de ces organes. En résumé, les circonstances n'opèrent sur l'organisme aucune action directe. Elles contrarient, elles arrêtent tel développement général ou particulier des organes, en le rendant nécessaire sous peine de mort : elles amènent la disparition lente de telles ou telles parties en les rendant inutiles ou en leur refusant les occasions de s'exercer. Quant à l'action réelle et efficace, c'est le principe intérieur, c'est la vie qui l'accomplit.
Gomment, de ces théories sur le développement de la vie, l'auteur nous fait-il passer à son explication des facultés psychiques ? Il y a d'abord un sentiment intérieur résultant de l'ensemble des sensations internes que produisent les mouvements vitaux. « Ce sentiment intérieur est le lien qui réunit le physique au moral : il est
la source de l'un et de l'autre Le sentiment dont il
s'agit, d'une part avertit l'individu des sensations qu'il éprouve (de là le physique) , et d'autre part lui donne la conscience de ses idées (voilà le moral) ; enfin, à la suite des émotions que les besoins lui font subir, il fait agir l'individu sans la participation de sa volonté (de là l'instinct). »
Ainsi, d'après Lamarck, ce ne sont pas les organes, c'est-à-dire la nature et la forme des parties du corps d'un animal qui ont donné lieu à ses habitudes et à ses facultés particulières ; ce sont au contraire ses habitudes, sa manière de vivre et les circonstances dans lesquelles se sont rencontrés les individus dont il provient qui ont, avec le temps, constitué la forme de son corps, enfin les facultés dont il jouit. Dès lors, l'instinct n'est qu'un phénomène dont la préparation a été lente dans la suite des générations animales ; et tout instinct particulier n'est également qu'une habitude héréditaire. L'instinct sans doute tient à l'organisation : les actions qu'il détermine et dans lesquelles ni raison, ni volonté