LAMARCK — DAVID HUME
n'interviennent, sont provoqués par les sensations ; et celles-ci dépendent de l'état actuel du corps. Mais que l'activité ainsi déterminée vienne à produire, en vue d'adaptations nécessaires, certaines actions nouvelles ; il suffira qu'elle les répète un certain nombre de fois pour modifier en un sens nouveau l'organisme; et ainsi pourront se succéder indéfiniment des révolutions organiques, les instincts étant tour à tour effets et causes des changements de l'économie ; si l'activité toute physique de la matière était au début de ces révolutions, l'état cérébral propre à l'espèce humaine et la raison qui y est attachée en marquent le terme.
On le voit, nous touchons ici à la psychologie évolutioniste ou transformiste. Mais toutes les doctrines que nous venons de résumer émanent de philosophes français. Que pensait-on en Allemagne et en Angleterre sur les rapports de l'homme et de l'animal ? Les idées qu'on y professait devaient-elles retarder ou hâter l'avénement de la philosophie de l'évolution?
Chez les Anglais, David Hume continue, avec plus de hardiesse et plus de force, la philosophie empirique de Locke. Ne croyant ni à l'identité du moi, ni à des principes rationnels à priori, ramenant tous les phénomènes psychologiques à l'accumulation des expériences et à l'habitude, il ne lui est pas bien difficile de rapprocher l'homme et l'animal. Il se plaît même à alléguer l'exemple de ce dernier pour prouver que l'homme peut aisément se tirer d'affaire sans principes et sans raisonnements à priori. Les bètes profitent de l'expérience, elles apprennent à connaître les qualités bonnes ou mauvaises des choses en en éprouvant les effets. En un mot, dit Hume , elles font des inductions. « Ces inductions, ajoute-t-il aussitôt, ne sont pas le fruit du raisonnement,! — « mais, poursuit-il, les inductions des enfanU ne le sont pas davantage... on peut en dire autant (te
celles qui regardent les actions et les conclusions ordinaires du commun des hommes ; enfin, celles des philosophes eux-mêmes sont du même ordre, ils sont peuple dans la vie active et se conduisent d'après des maximes populaires. » — « Non, ce n'est pas la raison qui nous induit à croire que l'avenir sera semblable au passé et à conclure la ressemblance réelle des effets de la ressemblance apparente des causes. » L'attente de l'avenir est aussi bien chez nous que chez les bêtes l'effet d'une lente accoutumance ■ .
Il est vrai qu'avant même toute accumulation d'expériences les animaux ont des manières d'agir qu'ils tiennent de la seule nature ; c'est ce que nous appelons des instincts. Le vulgaire veut voir là quelque chose d'extraordinaire, mais la raison expérimentale elle-même que l'homme a en commun avec les bêtes et de laquelle dépend toute sa conduite, n'est autre chose « qu'une espèce d'instinct ou de puissance mécanique qui agit en nous à notre insu, et dont les principales opérations ne sont jamais dirigées par ces rapports ou ces comparaisons des idées qui sont les objets propres de nos facultés intellectuelles. Ge qui enseigne à l'homme à éviter le feu, quoique ce soit un instinct différent, n'est pourtant pas moins instinct que ce qui apprend à l'oiseau, avec tant d'exactitude, l'art de l'incubation et tout l'ordre économique de la nutrition des petits2. »
Ainsi, ce n'est pas par l'intelligence qu'il faut expliquer l'instinct, c'est beaucoup plutôt par l'instinct, principe mécanique ou, pour mieux dire, occulte, qu'il faut expliquer l'intelligence. Les animaux comme les hommes (bien qu'avec moins d'étendue et de complication que les hommes) développent leurs instincts par des accumulations d'expériences. L'homme, sans doute, a quelque