‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 113 sur 118 · PHILOSOPHIE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE ALLEMANDE

chose de plus encore, ce sont « ses facultés intellectuelles » , mais à quoi donc se réduisent-elles ? A la faculté de raisonner sur des propositions générales, ce qui est la faculté de philosopher, ou, ce qui revient à peu près au même, selon David Hume, de se tromper sans profit.

Telle est sur la question qui nous a occupé la doctrine de Hume. Les Écossais la combattent par d'ingénieuses analyses psychologiques ; mais ramenant la raison humaine à une espèce d'instinct supérieur , ils ne seront point en état d'expliquer scientifiquement l'instinct des animaux, et de marquer définitivement la différence des deux natures.

A la fin du xvmc siècle et au commencement du xix% la philosophie allemande , chacun le sait , consacre les plus nobles efforts à arrêter les progrès du sensualisme. Ni Kant *, ni ses successeurs, il est superflu de le dire, n'acceptent donc cette réduction de l'intelligence humaine à un instinct animal développé par l'expérience et l'habitude et plus ou moins faussé par la métaphysique. Il est néanmoins permis de dire que cette philosophie, soit à son insu, soit malgré elle, va servir comme celle de Leibniz, à faire avancer la philosophie de révolutions. Il est indubitable que la loi de cpntinuité et le principe de la moindre action, — bien ou mal interprétés — y avaient contribué puissamment. La philosophie allemande n'y contribuera pas moins par sa théorie du « devenir » et sa doctrine de « l'identité ».

Les promoteurs de ces dernières théories acceptaientils toutes les idées de Lamarck? Il s'en faut. Hegel le cite sans aucun doute comme un esprit hardi et fécond. Mais il professe incomparablement plus d'admiration pour

1. Il n'y a point chez Kant de doctrine de psychologie comparée explicite.

2. Quitte à poser par avance de* v< rit's restrictives auxquelles la théorie régnante peut très-bien revenir dans la «uile, "quand seront calmés la fièvre et l'emportement des systèmes.

Guvier dont il invoque très-souvent l'autorité. Or, en quoi consistait l'œuvre de Guvier ? Il avait d'abord marqué profondément lçs différences des embranchements du règne animal et des autres groupes jusqu'aux espèces. Puis dans chaque forme d'organisation constituant l'unité de ces divers groupes, il avait montré non moins profondément les rapports étroits de chaque partie avec l'ensemble. Il lui paraissait donc bien difficile que tout, dans la nature vivante, n'eût pas été, pour ainsi dire, coulé d'une seule pièce, avec une perfection d'adaptations excluant et les tâtonnements et les retouches. Une telle conception avait dû exercer une influence considérable et retarder singulièrement les progrès du système de Lamarck. Schelling attribue à la nature une production continue : la nature , en tant que sujet, est la productivité même. Mais cette productivité, se présentant comme une évolution qui s'opère avec une vitesse infinie, ne produirait rien de déterminé, rien de réel, sans l'intervention d'une force de retardation ou de suspension de l'action productive. L'infinie productivité de la nature est à tout instant suspendue, et reprend à tout instant son cours : de là des produits déterminés, formes diverses, quoique continues, d'un seul et même produit *. Gœthe lui-même, qui voit partout des métamorphoses, croit que a le travail de la nature suit certaines lois constantes et universelles... C'est ce qui permet d'établir un type » élastique, il est vrai, mais durable; car ainsi qu'il le dit quelque part, la métamorphose a besoin d'un contrepoids pour ne pas tout dissoudre et aboutir à l'amorphe ; et ce contre-poids, c'est « le besoin de spécifier, c'est la persistance tenace de ce qui est une fois arrivé à la réalité 2. »

Hegel enfin n'admet pas la loi de continuité dans le

1. Voyez Wilm. Hist. de la philosophie allemande, tome III, p. 212.

Page 1