‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 14 sur 118 · I. UIntHnct, I9 édition. Introduction · texte numérisé non relu

I. UIntHnct, I9 édition. Introduction

définir l'instinct une habitude héréditaire. Il faut expliquer comment se contractent ces habitudes. Est-ce à la façon d'une simple modification dans les tissus, comme celle qui se produit quand les pieds nus de l'enfant pauvre ou du sauvage ont longtemps marché sur le sol dur et pierreux et n'en sentent même plus les aspérités ni la rudesse? Ou encore quand la plante, recevant de moins en moins d'eau, en arrive à vivre cependant dans un état de sécheresse relative qui l'aurait fait périr antérieurement? Est-ce par une accumulation d'efforts personnels et volontaires, comme il arrive chez l'homme vertueux qui à force de résister à la pensée du mal y devient indifférent et fait désormais sans hésiter le sacrifice de ses passions? Est-ce même à la façon dont procède l'enfant quand il apprend à marcher, à parler, à deviner l'expression de la physionomie des autres hommes? non, évidemment, pour les actions tout au moins du genre de celles que nous avons citées avec M. Pouchet et M. Darwin.

Reste donc qu'elles soient contractées sous l'empire des besoins qu'impose à tout animal le système d'organisation lentement modifié si l'on veut, mais toujours assez harmonieusement agencé pour imposer à l'animal des tendances précises, et d'après les exemples cités plus haut, ne sommes-nous pas autorisés à dire que l'animal ne connaît ni l'origine ni le but de ces tendances, qu'il y cède aveuglément, sans pouvoir par sa propre initiative les diriger, par conséquent sans les connaître ?

Ainsi les actes des animaux que nous avons rappelés, qu'ils soient habituels ou non, sont instinctifs : car, relation fatale des actions et des habitudes avec l'organisme et les influences du milieu, c'est là la loi de l'instinct.

Terminons cette polémique par l'un des disciples fran-

çais les plus brillants et les plus savants de M. Darwin, M. G. Pouchet. J'ose dire que malgré la plupart de ses assertions, il nous fournira de nouveaux arguments. En effet, n'est-il pas infiniment plus facile de comprendre que les actes les plus compliqués des animaux soient aveugles , quand on vient nous exposer que les raisons de ces actions se perdent toujours, pour ainsi dire, dans un passé nécessairement inconnu de chaque génération, quand on nous enseigne que ces actions peuvent se décomposer en un certain nombre d'actes élémentaires, simples, auxquels les générations se sont successivement habituées et qui ont ainsi accumulé une à une des prédispositions et des tendances? On dit à la vérité que l'hérédité est un principe mystérieux, comme l'habitude. Mais si mystérieuse que soit l'hérédité, c'est bien un fait que toutes les qualités qui proviennent d'elle sont des qualités organiques. L'hérédité c'est la génération, et la génération est-elle autre chose qu'un fait vital ou physiologique?

Cette .explication, on sait que M. Pouchet, comme M. Darwin, l'étend aux actes les plus merveilleux; c'est même pour ces actes que leur explication paraît en vérité la plus triomphante. « Le problème d'expliquer par des conditions naturelles l'architecture des abeilles, dit M. Pouchet, semblait défier toute tentative. Cependant M. Darwin y a réussi. — « La grande explication do l'instinct c'est le temps, c'est l'incommensurablo durée des époques géologiques. » — L'instinct le plus compliqué n'est qu'une accumulation héréditaire d'habitudes f r» s-simples. »

« Aidé des expériences de son compatriote, M. Waterhouse, M. Darwin montre que ce travail, digne du géomètre le plus exercé, peut être ramené en fin do compte

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