‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 17 sur 118 · Voyez VInstinct, Ir« partie, chap. XIV · texte numérisé non relu

Voyez VInstinct, Ir« partie, chap. XIV

2. Le langage d'action prépare à celui des sens articulés, aussi y at— il des animaux domestiques capables d'acquérir quelque intelligence de ce dernier. Dans la nécessité où ils sont de connaître ce que nous voulons d'eux, ils jugent de notre pensée par nos mouvements, toutes les fois qu'elles ne renferment que des idées qui leur sont commune» et que notre action est à peu près telle que ce serait la leur en pareil cas. En même temps ils se font une habitude de lier cette pensée au son dont nous l'accompagnons constamment, en sorte que, pour nous faire entendre d'eux, il nous suffit bientôt do leur parler. C'est ainsi que le cbion apprend à obéir à notre voix. — (Condillac. Traité des animaux.)

poules sont bonnes, il se rappelle en même temps que les pièges et les chiens sont dangereux. Ces deux souvenirs guident sa marche et la suspendent ou l'accélèrent, selon le degré de vivacité que donnent à l'un d'eux les circonstances qui surviennent. » Il n'est point difficile d'établir que ces deux senliments si simples, unis aux ressources de l'organisation, suffisent à tout expliquer.

Mais du moment que les imaginations de l'animal sont ainsi toutes retenues dans la sphère étroite que lui assigne son organisation, on comprend que ces images et les actions qu'elles imposent aient toutes un rapport si exact et si parfait avec les besoins de cette organisation même. C'est là ce qui constitue la raison qui éclate dans la conduite de tout animal, raison d'autant plus sûre que l'individu ne travaille personnellement ni à en découvrir les lois ni à les expliquer à sa façon. Mais il est certain que les principes de la raison sont appliqués dans la conduite des bêtes, comme ils le sont d'ailleurs dans l'univers entier. Deux principes en effet peuvent résumer toute la raison : le principe d'harmonie (de contradiction, d'identité) et le principe de finalité. Or l'animal ne se contredit pas et il agit toujours en vue d'un but. Mais il n'a pas lui-même la raison : cela est incontestable et incontesté, et nous en chercherons plus tard l'explication.

En attendant on touche là du doigt la confusion de ceux qui attribueraient une raison à l'animal, et je ne veux pas m'arrêter à la développer. Mais le raisonnement n'est que la raison même se cherchant, se développant, s'appliquant à mille fins différentes, travaillant en un mot à se retrouver dans le dédale des phénomènes qui, morcelés par le temps et par l'espace, ne laissent voir immédiatement ni l'harmonie ni la finalité dont la conscience révèle à tout homme la nécessité absolue. Donc, un être qui raisonne a la raison et réci-

proquement. Quoique les deux choses puissent être distinguées, elles se tiennent inséparablement et la nature de l'une décide de la nature de l'autre.

On ne peut pas dire en conséquence que l'animal le plus élevé dans la hiérarchie, raisonne. Il est tourmenté par un désir quelconque, et son imagination qui lui en représente la satisfaction, lui représente aussi les mouvements qui lui ayant déjà procuré ce dernier plaisir, sont par là devenus désirables eux-mêmes. Il exécute donc ces mouvements les uns à la suite des autres. Ce sont des représentations qui s'enchaînent par suite de l'habitude, et rien de plus. L'enfant au maillot raisonne-t-il quand sous l'empire de la soif, de la gourmandise ou du désir d'être bercé et réchauffé, il veut être pris par sa nourrice, et que, pour être tenu par elle, il crie et gesticule selon ses moyens ? En aucune façon. L'enfant ne raisonnera que quand il aura de lui-même une conscience assez nette et assez désintéressée des appétits (qu'on me passe l'expression) pour se former une idée de la suite, de l'unité, de la convenance, en elles-mêmes. C'est à quoi il arrive assez vite, tandis que l'animal enchaîné dans un cercle étroit d'appétits aussi exigeants qu'ils sont peu nombreux et pourvus de moyens efficaces de satisfaction, ne parvient jamais.

Puis donc que les mêmes conclusions peuvent s'appliquer à tous les animaux, résumons ce que nous avons essayé d'établir dans ce chapitre.

Mettons d'un côté ces actes que tous les animaux exécutent sans les avoir appris, qu'ils accomplissent aveuglément, d'une manière uniforme et infaillible.

Mettons en face les actions de détail que nous leur voyons accomplir avec une certaine variété, qui ne se res- >i uiblent pas absolument chez eux tous et par lesquelles ils proportionnent visiblement leurs efforts aux circonstances dans lesquelles ils se trouvent contraints d'agir.

Pouvons-nous dire qu'il y ait opposition entre ces deux ordres de faits ? Pouvons-nous dire qu'ils soient séparés, qu'ils aient chacun leur rôle respectif, leurs moments distincts, et qu'ils produisent leurs différents effets chacun à part ? Y a-t-il entre eux cette séparation et cette distinction visible qui existe entre les actes mécaniques qu'on ne peut même pas attribuer à l'instinct et d'autre part soit l'instinct, soit l'intelligence? Par exemple il est clair que l'homme ne fait jamais intervenir son intelligence n dans ses mouvements respiratoires, ni dans les mouvements destinés à lui faire retrouver son équilibre dans la marche, etc. L'automate agit tandis que l'esprit pense. La distinction, la division du travail sont là on ne peut mieux marqués et accusés. En est-il de même entre les deux classes d'actions et de mouvements que nous venons de signaler chez l'animal ?

D'une part, ni l'araignée assurément ne fait sa toile, ni le castor sa cabane, ni aucun oiseau son nid, sans que la conformation des lieux, la nature des matériaux, la saison, la température, le voisinage d'ennemis plus ou moins redoutables n'amènent quelques modifications individuelles, légères sans doute, mais réelles. Un obstacle soudain amènera la suspension du travail ; quand l'obstacle n'y sera plus, le travail reprendra, et ainsi de suite.

D'autre part, suivons ces petites accommodations aux circonstances et ces légères variations individuelles dans le développement qu'elles prennent peu à peu à mesure que se continue la vie de chaque animal.

Elles augmentent en nombre incontestablement, mais elles ne changent point de qualité; elles se rapportent toujours aux mêmes préoccupations, la faim, l'amour, la fuite du danger ; elles ne font que répéter les mêmes mouvements, ceux que demande et impose la nature particulière des organes ; elles ne font que se laisser guider par les mêmes informations, les impressions des

sens, qui elles-mêmes demeurent toujours spéciales. Ce qui les augmente et les varie c'est une sorte de mémoire et d'imagination où l'on ne peut voir que le renouvellement des sensations primitives. Et quelle est la cause qui entretient cette mémoire imaginative et la renouvelle ? L'association! Et celle-ci elle-même n'est mise en jeu dans chaque espèce que par l'ensemble des appétits spéciaux, des sensations spéciales, des mouvements spéciaux qui, admirablement coordonnés et adaptés aux circonstances par les lois biologiques, constituent l'instinct de l'animal. Or, de tout cela résulte précisément que les travaux ou les occupations dans lesquels l'animal déploie cette apparente variété d'imaginations ou d'inventions, subsistent aussi parfaits, aussi uniformes , aussi nécessaires qu'ils le sont.

Si donc ces deux ordres de faits se pénètrent ainsi mutuellement, faut-il de ces deux facultés si souvent opposées l'une à l'autre, instinct et intelligence, composer, pour ainsi dire, une faculté mixte propre aux animaux, et qu'on appellerait soit un instinct intelligent, soit une intelligence instinctive?

Un certain nombre d'esprits , tout en pensant que l'animal agit simplement par « consécution » croient que du moment où il y a quelque chose de plus que le mécanisme, ce quelque chose doit être appelé intelligence. Mais à ce compte, il y a de la pensée en toutes choses, et là d'ailleurs une conclusion devant laquelle on ne recule pas. Oui, partout il y a pensée, amour et volonlé, non-seulement dans l'animal et dans la plante, mais dans fontes les moindres parcelles de la création. Admettons- 1- . Toujours est-il que pour ces mêmes esprits, l'intelligence qui connaît chez les bêtes est une intelligence qui , « fascinée par son objet, est comme aliénée d'avec « llr-nK'ine K » En d'autres termes, c'est une intelligence

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