‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 18 sur 118 · M. Kavaisson · texte numérisé non relu

M. Kavaisson

qui n'est point réfléchie, qui ne peut dire je ou moi, qui n'ayant point conscience d'elle-même en un mot , ne peut connaître ni l'abstraction, ni le devoir, ni la responsabilité, et qui par conséquent ne peut parvenir ni à la science, ni à la moralité, ni au sentiment du beau. « Mais, dirons-nous ici avec un esprit très-ingénieux et qui sans avoir approfondi aucune grande question, a dû approfondir bien des détails très-importants : c'est là ce qui rend l'intelligence animale tout à fait incompréhensible. L'animal, dit-on, comprend, il se souvient, il juge, il raisonne, il délibère , il prévoit, en un mot il pense ; mais il pense sans le savoir ! Il aurait ainsi l'intelligence, moins ce qui, pour nous, est le caractère essentiel de l'intelligence.... Une intelligence non intelligente, une réflexion non réfléchie, une liberté nécessitée1 ! » Nous ajouterons quant à nous : un raisonnement sans raison, une science particulière et incapable de généralisation comme de progrès, une science qui sait avant d'avoir appris et qui débute par faire , avant toute espèce d'expérience, le plus difficile de son œuvre, tout cela est pure confusion !

Nous ne pouvons donc pas plus admettre un instinct intelligent qu'une intelligence instinctive, on le devine sans peine. Mais si, laissant les mots de côté, nous nous reportons tout simplement aux deux ordres de faits que nous définissions tout à l'heure, nous pouvons voir que le second n'est que le développement naturel du premier. Nous dira-t-on que nous aussi, nous admettons des choses contradictoires, et que nous parlons aussi d'instinct infaillible et néanmoins se trompant quelquefois, uniforme et cependant capable de variations ? Mais cette difficulté n'en est pas une, si la sensibilité, l'imagination et la mémoire de l'animal sont dirigées par leur organi-

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