‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 34 sur 118 · Rapport sur les progrès de la Zoologie au xix* siècle · texte numérisé non relu

Rapport sur les progrès de la Zoologie au xix* siècle

provisoirement à cette théorie polyvitaliste, en la comprenant de notre mieux.

Ce polyvitalisme maintient d'une façon non douteuse la spontanéité première de la vie ; et cette spontanéité, il nous la montre d'abord dans l'acte organisateur de la cellule, laquelle, on le sait, est composée de plusieurs éléments et se trouve être le théâtre de phénomènes relativement assez complexes. M. CL Bernard, qui admet une métaphysique de la vie mais se refuse à rien rechercher entre le mécanisme et la métaphysique, combat cette conception. Il la combat dans Bichat qui, reconnaissant des propriétés vitales inhérentes aux tissus élémentaires, s'était arrêté « au plus bas degré du vitalisme ». Mais Bichat a surtout péché, dit M. Cl. Bernard, en faisant de la vie comme une sorte de lutte contre les forces physiques et chimiques, en considérant cellesci comme tenues pour ainsi dire en échec par les prétendues forces vitales et comme ne devant reprendre leur empire qu'après la mort : or, c'est là une conception qui est aux antipodes de la vérité, car toutes les fonctions du corps vivant sont constituées par des phénomènes physico-chimiques ; la mort a lieu précisément quand ces phénomènes ne s'accomplissent plus. Nous n'avons qu'à enregistrer cette nouvelle idée scientifique. La vie ne renverse pas l'action des forces physiques, soit ! Mais la lutte telle que Bichat l'entendait n'est pas la seule manière dont la vie puisse prouver la spontanéité de son action. Si elle n'agit pas pour combattre et écarter, n'agit-elle pas pour rapprocher et pour grouper ? A mesure que la matière inorganique disparaît , une matière nouvelle la remplace ; elle y arrive et s'y maintient telle qu'elle était, sans doute; et en ce sens M. Cl. Bernard a raison de dire que la vie ne réagit pas sur les phénomènes physiques. Cependant le rôle que jouent ces phénomènes dépend de la place qu'ils occu-

pent, de la complexité et de l'étendue plus ou moins longue de la série au sein de laquelle ils figurent. Quand il s'agissait de la morphologie de l'ensemble et de la loi de son évolution, on nous renvoyait aux cellules. Nous y sommes. De celles-ci maintenant où nous renverra-ton ? M. Robin nous a indiqué dans chacune des molécules de l'organisme une énergie spontanée agissant en soi et n'ayant nul besoin d'un principe vital tyrannique. Tenons-nous-y, sans croire que cette énergie du germe organisateur renverse les lois des phénomènes qu'elle coordonne et qu'elle dirige dans l'infîniment petit de son domaine.

Nous ne sommes même pas obligés de croire que cette énergie exerce autour d'elle une action élective parfaitement arrêtée, qu'elle ait pour tels principes une affinité spéciale, pour tels autres une répugnance invincible. Un jeune écrivain trop tôt ravi à la philosophie et à la science, Fernand Papillon, esquissait à ce propos une hypothèse qui n'a rien d'invraisemblable en ellemême. Les premiers germes, disait-il, ont pris spontanément autour d'eux ce qu'ils ont trouvé, et ils s'y sont habitués peu à peu. L'harmonie s'est graduellement faite de génération en génération entre la matière et la forme; et, une fois les organes constitués d'une certaine manière, grâce aux matériaux assimilés, des fonctions d'une nature correspondante ont suivi. Mais peut-être, en modifiant lentement les principes qu'on livre à la vie, modifierait-on par cela seul les organes qu'elle entretient, puis les fonctions auxquelles s'adaptent ces organes. Voilà bien l'activité de la vie réduite au minimum ; mais il est clair que, même dans cette hypothèse, elle subsiste encore. Elle accepte les aliments qu'elle rencontre; mais enfin elle agit sur eux. Si le sculpteur ne change pas les matériaux de sa statue et si le musicien ne change pas la nature des notes de la musique, tous deux cependant

créent dans une certaine mesure en combinant et en arrangeant les métaux, les marbres ou les sons.

Au nom des mêmes principes que M. Gh. Robin, cependant, un autre adversaire de M. Cl. Bernard, M. Gavarret, soutient que la vie des principes élémentaires a besoin de lutte. Ce n'est pas qu'elle cherche à se mettre en désaccord avec les phénomènes de son milieu : loin de là. Elle a besoin d'un certain effort, au contraire, pour se maintenir d'accord avec lui. « La vie de l'animal se consume ainsi tout entière, non pas, comme on le répète, dans une lutte soutenue contre les agents extérieurs, mais dans un effort incessant pour établir et maintenir les activités propres de l'organisme dans des rapports harmoniques avec les conditions du milieu ambiant. Cette harmonie est la condition essentielle des êtres organisés 1 . » Voilà donc une raison nouvelle de croire à la spontanéité du principe organisateur de chaque élément sans tomber dans la conception que M. Cl. Bernard reproche à Bichat. Ce principe agit pour grouper, puis il agit pour conserver, en la développant et en la renouvelant, la forme qu'il a imposée aux matériaux nous ne dirons plus contre lesquels, mais sur lesquels, s'est exercée son action 2.

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