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vellement de ses matériaux, mais dans son activité pour ainsi dire externe ; car chaque partie du corps vivant, après avoir agi pour elle, agit en dehors d'elle. Or, dans cette dernière espèce de mouvement, ne fait-elle que restituer exactement le mouvement qui lui a été communiqué sous une forme différente ? On l'affirne ; et il est certain qu'elle ne peut mettre en jeu qu'une somme d'énergie proportionnée à la force qu'elle a reçue. Mais cette force, elle aussi, elle en dispose et s'en sert d'une manière spéciale. Dans les actes réflexes, par exemple, l'intensité de l'action finale dépend, nous le voulons, de l'intensité de l'excitation communiquée au nerf sensitif. Mais cette action n'est pas un pur mouvement physico-chimique : elle a un caractère fonctionnel; en d'autres termes, elle a un but : son rôle défensif et conservateur ne peut être nié. Disons enfin que, soit qu'elle agisse au dedans, soit qu'elle agisse au dehors, cette vie peut contracter des habitudes. Tel élément se trouve par hasard dans des circonstances telles que des matériaux plus abondants que de coutume ou mieux adaptés à sa nature sollicitent son énergie et lui permettent de l'exercer plus amplement. Il se développe alors au détriment de ses voisins ; pour le réduire à son véritable rôle, on essaie de décourager, pour ainsi dire, son excès d'activité en raréfiant ses aliments, ou en provoquant de la part de ceux qui doivent lui faire équilibre une sorte de concurrence plus active. Mais cette médication ne réussit pas toujours du premier coup : quelquefois même elle échoue contre la persistance et la ténacité des habitudes ; cellesci survivent à la cause qui les avait d'abord provoquées. Mais il faut reconnaître alors que l'activité de l'élément organique n'est pas indifférente au repos et au mouvement. Ce que nous avons dit de l'habitude en général est en toute rigueur applicable à ces habitudes des infiniment petits qui, prolongées, constituent nos ma-
ladies les plus graves. Telles sont à peu près les conclusions auxquelles nos polyvitalistes nous donnent occasion d'aboutir. Nous pouvons dire qu'elles comblent en partie la lacune laissée par M. Cl. Bernard entre ses deux conceptions, l'une trop mécaniste et l'autre trop métaphysique de la vie, celle-ci semblant à proprement parler disparaître entre ces deux explications extrêmes et opposées. Cependant, il convient de le dire, dans un article plus récent *, M. Cl. Bernard paraît le reconnaître. « La vie, dit-il, réside partout dans toutes les molécules de la matière organisée. Les propriétés vitales ne sont, en réalité, que dans les cellules vivantes. Tout le reste n'est qu'arrangement et mécanisme 2. »
Bref, tous ces caractères propres de la vie qu'on ne dénie à un principe vital unique que pour les répartir entre les innombrables cellules du corps vivant, idée créatrice, force morphologique, puissance d'évolution, plus encore, puissance de nutrition et de génération ; tout cela est autre chose que du métaphysique et de l'abstrait, tout cela implique une activité irréductible
l. Revue des Deux-Mondes du 15 mai 1875.
-2. Nous ne cherchons assurément pas à mettre en contradiction avec lui-même un savant tel que M. Claude Bernard. Mais il est certain que tantôt il condamne absolument le vitalisme et que tantôt il fait à la doctrine de la vie des concessions considérables. C'est qu'il lui arrive souvent de poser en face de lui un vitalisme vraiment suranné. Dans une M leçons les plus récentes, nous lisons ces lignes (Kevue scientifique du 22 avril 1876) : « Le vitalisme consiste, on le sait, dans la séparation absolue des phénomènes du monde inorganique. Au lieu d'obéir aux forces aveugles de la matière, ceux-ci sont en effet (dans la doctrine vitaliste) les effet* immédiats d'une force spéciale sans analogue, en dehors des corps vivants. »
A coup sûr, voilà un vitalisme qui n'a plus de place dans la science actuelle, et à la condamnation duquel nous adhérons parfaitement. Mais nous adhérons aussi aux lignes suivantes (qui figurent dans une leçon du 13 mai de la même année) : « En résumé, les produits des cellules vivantes qui interviennent dans la constitution et dans le fonctionnement de l'édifice organique, ce sont là des produits chimiques n< (liir.-rant en rien d'essentiel de ceux qui ont une autre origine. C'est uniquement dans le travail des cellules que l'on peut chercher ce qu'il y a de spécial et de proprement vital. »
aux forces physico-chimiques, en un mot une activité spontanée.
Mais ceci hien compris et bien admis, il reste toujours à expliquer l'unité de l'organisme, c'est-à-dire l'unité de ces innombrables vies indépendantes mais associées, et associées en vue d'un but commun à elles toutes. Quoique cette unité soit difficile, à contester, commençons par rappeler tout ce qui la prouve.
Remarquons d'abord qu'un être vivant est d'autant plus un qu'il est plus complexe : autrement dit, plus les parties qui le composent sont nombreuses, hétérogènes, animées d'une vie locale énergique et appelées par la division du travail physiologique à des fonctions nettement déterminées, plus cependant leur mutuelle solidarité accuse l'unité de l'ensemble qu'elles composent. La simplicité d'organisation et l'unité vitale sont en raison inverse l'une de l'autre . L'animal le plus simple, le polype, est en même temps le moins un : aussi est-il positivement divisible. L'homme est le plus complexe des êtres : il est en même temps le plus un ; c'est aussi le seul qui soit une personne. Cette unité n'est pas seulement visible dans la forme, dans l'harmonie des organes qui sont à la fois moyens et fins les uns pour les autres ; elle apparaît dans toutes les modifications de la vie, soit à l'état normal, soit à l'état pathologique. Chaque organite vit donc de sa vie propre et tend à continuer cette vie jusque dans les milieux nouveaux où on le transporte artificiellement. Mais, comme l'observe M. Milne Edwards ', ils ne peuvent contracter que des alliances du même ordre que celles où ils étaient engagés déjà : ils ne peuvent déterminer l'organisation de nouvelles quantités de matière viable qu'à la condition que celle-ci se dispose de manière à réaliser en tout