Rapport déjà cité
ou en partie un type zoologique analogue à celui auquel ils appartenaient. Ainsi, leurs propriétés physiologiques avaient profondément subi l'influence du mode d'organisation du composé dont ils faisaient partie; et cette vie autonome qu'on leur reconnaît n'exclut en aucune manière leur soumission à une unité parfaitement déterminée.
Le physiologiste, le médecin, dit à son tour M. Cl. Bernard, « ne doit jamais oublier que l'être vivant forme un organisme et une individualité. Il faut donc bien savoir que si Ton décompose l'organisme vivant en isolant ses diverses parties, ce n'est que pour la facilité de l'analyse expérimentale, et non pour les concevoir séparément. En effet, quand on veut donner à une propriété physiologique sa valeur et sa véritable signification, il faut toujours la rapporter à l'ensemble et ne tirer de conclusions définitives que relativement à ses effets dans cet ensemble. » Ainsi les phénomènes les plus délicats et les plus spéciaux de la physiologie expérimentale, qui se complaît tant à isoler l'infîniment petit, n'empêche pas les maîtres de la science de conclure comme, aux débuts mêmes de la médecine, faisait Hippocrate. Tout le corps, disait l'illustre Grec, participe aux mêmes affections ; c'est une sympathie universelle. Tout est subordonné à tout le corps, tout l'est aussi à chaque partie ; chaque partie concourt à l'action de chacune des autres.
Evidente dans la forme, dans l'évolution, dans la coopération physiologique et la synergie de tous les mes, l'unité de la vie l'est encore plus dans la sen- »n. Les savants contemporains qui ne veulent pas que le même phénomène physiologique soit attribué à une substance séparée de l'organisme ne peuvent nier L'unité delà sensation. Or, cette unité devient d'autant plus énigmatique, elle constitue un problème d'aula ni
plus impossible à élucider qu'on s'applique davantage à en faire la propriété d'un organisme multiple. Non seulement plusieurs sens concourent, l'un avec l'autre, à former une représentation vraiment une ; mais si nous prenons même un sens isolé, toute sensation, nous l'avons vu, est un tout complexe dont on peut décomposer les éléments comme on analyse les harmoniques d'une note de musique. Les sensations les plus élémentaires mettent en jeu des organes dont la délicatesse et le nombre nous confondent '. Mais ces sensations élémentaires comme les sensations totales, il est une conscience qui les recueille. On dira métaphoriquement que l'œil voit, que l'oreille entend, que le palais goûte, que le. cœur sent ses propres palpitations, que tous les muscles et même toute cellule peuvent sentir les contractions par lesquelles ils répondent à des excitations quelconques : en réalité, une cœnesthésie, ou, pour parler français, une conscience une atteste l'unité indivisible de l'être sensible dont ces phénomènes partiels modifient plus ou moins la manière d'être, le mode d'activité, les habitudes.
La conscience enfin, dont nous venons de prononcer le nom, confirme encore plus, s'il est possible, l'unité de l'être vivant. Physiologistes et médecins nous disent à l'envi que l'esprit ne doit pas avoir l'orgueil de se croire indépendant de l'organisme. La conscience que nous avons de nos besoins, de nos inclinations, de nos volontés et de ce que nous appelons fièrement notre liberté morale, cette conscience, nous disent-ils, est faite d'un nombre infini de petites sensations qui nous sollicitent, de petites tendances qui nous poussent : il n'est pas un organe qui, par les accidents de sa nutrition, ne puisse influer sur le cerveau et par conséquent sur la conscience