Burdach, trad. par Jourdan
ne doivent pas nous faire oublier les tendances par lesquelles ils convergent tous vers un but commun. Adoptant le langage aussi philosophique que scientifique de If. Cl. Bernard, nous dirons : L'idée d'animal carnassier, voilà le terme où tend l'évolution organique qui prépare l'ajustement réciproque des dents, des griffes, de l'estomac, des organes locomoteurs, du système olfactif. L'activité intelligente, c'est-à-dire consciente et réfléchie, voilà le terme où tend l'évolution qui, dans l'organisme humain, modèle les organes du toucher, réduit à une importance beaucoup moindre les divers systèmes sensoriels pris à part, mais, en revanche, les harmonise et les complète par un système cérébral plus développé. D'une manière plus générale, l'activité animale, sensible ou consciente, voilà la cause finale des ajustements organiques.
En un mot, s'il y a, dans l'évolution de l'organisme animal, une idée directrice, ce qui nous paraît hors de doute, cette idée ne peut être que celle du principe directeur ou de la monade centrale. Or, celle-ci n'est pas une abstraction puisqu'elle agit, puisqu'elle sent, puisqu'elle a conscience d'elle-même, et que la claire conscience qu'elle a de son unité ne peut, à aucun degré, se confondre avec les consciences sourdes et diffuses des monades élémentaires qui préparent et qui soutiennent son action.
Gomment une cause finale agit-elle? Gomment, ce qui revient exactement au même — une idée directrice dirige-t-elle? G'est là maintenant une grave question.
Aristote y a répondu de la manière la plus satisfaisante qui ait jamais pu être trouvée; elle agit, dit-il, par l'attrait qu'elle exerce, par le besoin qu'elle suscite, par le désir ou l'amour qu'elle inspire. Si l'on tient à se représenter tout d'abord la cause comme cause finale plutôt que comme cause efficiente, il est difficile, à ce
qu'il semble, de trouver mieux. D'ailleurs, l'analyse psychologique des facultés que nous connaissons le plus précisément confirme cette théorie.
L'idée de la perfection ou de l'idéal, voilà bien ce qui meut toutes les puissances de notre esprit; et si nous voulons décomposer cette idée même, nous y trouverons sans peine les éléments suivants : L'idée d'une raison une enchaînant toutes choses par des rapports réciproques, voilà ce qui crée notre raison : car oeil est le besoin que nous avons de coordonner nos représentations, de telle sorte qu'elles réalisent le moins incomplètement possible l'ordre idéal : autrement dit , notre raison à nous est constituée par l'idée que nous avons qu'il existe une raison supérieure et absolue. La conception d'un amour infini, c'est-à-dire d'une existence assez parfaite pour pouvoir se donner sans se perdre et vivre dans les autres comme en soi-même, voilà la source de notre amour à nous; enfin l'idée d'une liberté absolue, voilà le terme où tendent les efforts de notre activité ; et l'on a pu dire avec raison qu'une telle idée suffit pour nous affranchir des suggestions étrangères et des mobiles d'ordre inférieur. Ainsi, l'idée des idées, l'idée de Dieu, voilà pour Platon ; l'idée de l'acte pur, voilà pour Aristote ; l'idée de Dieu, voilà pour Bossuet, toute l'intelligence humaine, sans en excepter une seule de ses facultés. Nos associations d'idées tendent à persister en s'unissant ou à se multiplier en se dispersant et en s'évanouissant très-vite, suivant que notre raison en est ou non satisfaite. Nos inclinations sensibles s'épanouissent et se dilatent ou se laissent aller aux influences changeantes de l'imagination et des sens, suivant qu'elles répondent plus ou moins à ce besoin d'amour idéal. Nos efforts persévèrent dans le même sens ou se disséminent, suivant qu'ils tendent plus ou moins efficacement à réaliser cette liberté dont nous avons l'idée. C'est ainsi
que toutes les forces qui se meuvent dans l'être humain subissent l'action de quelque chose qui est supérieur à la force. L'effort n'est pas la volonté, mais il en dépend, comme nos associations d'images dépendent de la conscience et de la raison, comme nos inclinations dépendent de l'amour. Ainsi l'on peut dire que ni notre raison, ni notre amour, ni notre liberté n'entrent dans le mouvement des phénomènes- Ils développent une activité tout interne qui ne tombe pas sous les lois de l'espace, qui ne peut être ni mesurée ni pesée, mais sous l'action de laquelle se groupe et s'ordonne le déterminisme phénoménal de nos diverses facultés.
Mais pour qu'une existence quelconque sente le besoin d'une perfection plus élevée et pour qu'elle puisse même en avoir l'idée ou le pressentiment, ne faut-il pas qu'elle y participe déjà d'une certaine manière ? Le besoin n'est qu'un mouvement naissant, et le mouvement ne peut être que le développement plus ou moins faible de quelque chose de réel : c'est là un point que nous croyons avoir élucidé K
Ainsi, établir qu'une chose est la cause finale d'une autre, c'est établir que celle-ci cherche dans celle-là son complément, mais que celle-là se trouve déjà dans celleci à un état rudimentaire, la distance entre les deux futelle infinie. Nous ne tendons à Dieu que parce que nous lui ressemblons, imparfaitement sans doute, mais réellement, et nous ne lui ressemblons que parce qu'il a mis en nu us quelque chose de sa nature.
Mais nous aussi, quoique dans une mesure infiniment plus bornée, nous créons : et c'est à l'image de Dieu que nous créons, comme c'est à son image que nous sommes hits. Chaque phrase musicale qui retentit dans l'imagination d'un compositeur est l'ébauche d'une petite