‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 41 sur 118 · ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉ

Sans vouloir remonter, comme Briicker, à la philosophie des anges ni même à celle d'Adam, il est permis de se demander quelles sont, antérieurement à toute réflexion philosophique, les impressions des peuplades primitives sur les rapports [de l'homme et de l'animal. A en croire certains théoriciens-, faire de l'homme ma I part et voir en lui le eentre du monde, est la croyance du passé: aplanir de plus en plus le passage qui conduit do ranimai à l'homme, voilà l'œuvre positive de la science à laquelle lavenir appartient. Il paraît cependant qu'à l'état primitif ou sauvage (et bien des LToupos sur la terre en sont encore à cet état) l'homme ne porte point trôs-haut l'orgueil do sa race. Il voit partout des forces ennemies qu'il se sent rarement capable de vaincre : il est plus souvent porté, nous le savons, à adorer ces forces et à les conjurer par des sup-

plications que tenté de lutter contre elles. Or, en combien de circonstances les animaux ne font-ils pas partie de ces forces ! Si d'autres fois ils rendent à l'homme d'importants services, leur concours ne reste pas moins que leur inimitié enveloppé d'un certain mystère. Dans tous les cas, les sentiments qu'ils inspirent, que ce soit des sentiments de reconnaissance ou des sentiments de terreur, ne peuvent qu'aider l'imagination à leur accorder une importance presque surhumaine. Les Esquimaux attribuent au chien une âme immortelle ; et jamais ils ne manquent (suivant le témoignage de Grang) de déposer près de la tombe d'un enfant la tête d'un chien, parce que, disent-ils, l'âme du bon animal sait toujours trouver son chemin partout et qu'elle doit montrer à l'ignorant baby la route du pays des âmes. Mais ce n'est pas seulement aux animaux que les premiers peuples ont prêté une intelligence et une volonté semblables à celles de l'homme. « De l'observation, l'homme primitif a conclu à une identité essentielle entre lui et les plantes : il a attribué au végétal une âme semblable à la sienne propre; et c'est sur cette conception fondamentale que repose le culte des arbres chez les peuples du nord de l'Europe K » Or, les savants compétents nous affirment que « cette formule est parfaitement conforme aux résultats obtenus dans d'autres directions sur l'état psychologique de l'humanité non civilisée. « Les mythes des nations de race indo-européenne ont connu un commun point de départ au naturalisme enfantin qui attribuait une âme et une vie quasi-humaine aux astres du jour et de la nuit, aux phénomènes de l'atmosphère, tels que la lumière, les ténèbres, l'aurore, les crépuscules, les nuages, l'orage, les vents ; on les concevait comme des êtres vivants, revêtus de formes humaines ou animales,

1. Revue Critique du 4 décembre 1855. — Analyse de : Mannhardt, le Culte des arbres chez les Germains.

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