PEUPLES PRIMITIFS
suivant les caprices de l'analogie » (M. Baudry). Dans YAvesta l'eau qui court et l'arbre qui pousse ne sont pas, comme chez les modernes, quelque chose de mort et de passif; ce sont des êtres, des personnes actives, vivantes et conscientes. Quand Mithra lance son char contre les infidèles, les eaux et les plantes courent à ses côtés ; à la naissance de Zoroastre , les plantes poussent des cris de joie... Les Germains ne se bornent pas à donner une âme au végétal : ils attribuent aux arbres une influence volontaire sur les maladies de l'espèce humaine, ils croient que de la foule des arbres se dégagent leurs représentants collectifs, les esprits des bois, êtres doués d'un mouvement libre, bien que leur sort soit lié à celui des arbres dont ils émanent.
Il nous suffira de ' mentionner à côté de ce culte des arbres l'adoration des animaux qui fut loin d'être spéciale à la vieille Egypte : c'est un genre d'idolâtrie qui, à en croire certains écrivains modernes , vient dans l'évolution des idées religieuses de la plupart des peuplades primitives , remplacer un certain culte et en préparer un autre. De quelque manière qu'on explique de tels usages, à quelques époques qu'ils se soient introduits, en admettant qu'ils ne se soient répandus dans les esprits qu'à la faveur de métaphores dont fut peu à peu oublié le sens primitif, qu'attestent-ils, sinon comme l'effarement ou la confusion d'une intelligence encore impuissante à se rendre exactement compte de la place de l'homme dans l'univers ?
Des croyances déjà plus distinctes et plus raisonnées se manifestent dans une doctrine qui fut très-généralement répandue dans différentes parties du monde et qui dans bien des pays survécut longtemps encore à la période de sauvagerie ou d'ignorance ; nous voulons parler de la doctrine de la métempsycose. Il semble bien que dans une croyance qui admet que les différents êtres de la
nature, y compris l'homme, peuvent renaître indifféremment les uns dans les autres, hommes, plantes et animaux sont confondus dans une parenté universelle. Cependant, la métempsycose fut entendue d'un certain nombre de manières assez distinctes. Chez les peuples les plus arriérés, chez certains Polynésiens, par exemple, l'âme humaine est considérée comme une substance si peu différente de toutes les autres qu'elle peut être mangée et assimilée. Un enfant mort-né sera jeté en pâture à un requin pour que son âme, passant immédiatement dans le corps du terrible animal, le transforme en un ami et protecteur de la famille K
C'est encore une des formes les plus anciennes de la doctrine que celle qui admet que l'âme de l'homme peut se retrouver dans une plante aussi bien que dans un animal et que, par conséquent, les arbres comme les bêtes ont pour hôtes des âmes impérissables. Mais bientôt la métempsycose devient un dogme qui relève de la morale encore plus que de la cosmogonie : la transmigration des âmes est conçue comme une sanction qui permet au souverain maître de récompenser ou de punir en disséminant, pour ainsi dire, le purgatoire ou l'enfer dans toutes les parties de la création. En même temps se précise la conception d'une sorte de hiérarchie dans les existences de la nature. Suivant qu'un être a mérité ou démérité dans la vie qu'il vient d'achever, il monte ou il descend dans l'échelle des êtres, et l'homme est placé au sommet de cette hiérarchie. Le progrès de la doctrine est donc visible.
Elle subit d'autres transformations encore. Telles peuplades, disions-nous, admettent la métempsycose de l'homme à l'animal et à la plante. D'autres, comme les
1. V. L'Univers pittoresque, La Polynésie, par de Rienzi, passim, V. P. Tome II, page. 34.