Colebrooke. Philosophie des Hindous, p
nature, plus l'idée qu'il se forme de son origine se relève : l'idée de l'effet et l'idée de la cause grandissent simultanément. Malgré les accidents ou les contradictions des systèmes, c'est en somme un progrès analogue qui va se dérouler sous nos yeux dans les théories des philosophes.
Conjecturons le moins possible et ne faisons point parler malgré eux sur les sujets qui nous occupent ceux qui ont très-bien pu n'y point penser. Dans l'école ionienne, c'est Anaximandre l qui, le premier, parle clairement de cette double question de l'origine et de la nature de l'homme. A ses yeux, les premiers animaux avaient dû être des animaux marins, parce que la mer était le milieu où il leur était tout d'abord le plus facile de vivre ; et ce n'était que peu à peu qu'ils avaient été munis d'organes leur permettant de croître sur terre. Anaximandre excluait donc toute idée d'une création subite produisant des êtres immédiatement accomplis : il admettait une formation lente et un perfectionnement graduel. L'homme lui-même ne lui semblait pas s'être autrement constitué. En effet l'homme, disait-il, n'arrive pas aussi promptement que les autres animaux à pouvoir se nourrir et se défendre. Si donc les premiers hommes étaient nés comme naissent les enfants d'aujourd'hui, jamais ils n'eussent pu grandir et se développer. Donc, concluait-il, l'homme avait dû naître d'animaux ayant une forme autre que celle qu'il revêt actuellement. Voilà la première apparition du transformisme dans la science.
Pour Anaximène 2, c'est de l'air que provient tout ce qu'il y a dans le monde, les corps, l'âme de l'homme et les dieux eux-mêmes. On le sait, du reste, les philo-
1. Fragmenta veterum philosophorum (collection grecque-latine de F. Didot), tome I, p. 238.