Ibid., p
sophes appartenant à ce groupe de l'école Ionienne expliquaient tout par l'épanouissement ou, comme on dit aujourd'hui, par l'évolution d'un même principe. Mais gardons-nous de croire qu'ils confondissent pour cela tous les êtres dans une vague identité. Ils avaient la sagesse de distinguer ce qui doit l'être. Le plus puissant d'entre eux, Heraclite *, croyait bien que tout provenait d'un même élément et que tout y retournait. Chez lui, lïime humaine est du feu comme tout le reste. Et cependant il concevait une vie de l'âme qu'il mettait résolument au-dessus de la vie des sens, par conséquent au-dessus de la vie animale, nous devons le croire. « Il n'y a qu'une sagesse, disait-il ; elle consiste à savoir que l'esprit est doué d'une puissance qui le rend capable de tout gouverner souverainement. » — « Les yeux et les oreilles, disait-il encore, sont de mauvais témoins quand ils appartiennent à des âmes barbares. » Or, nous aurons souvent occasion de le constater , le philosophe qui distingue dans l'homme les sens et l'intelligence sait presque toujours distinguer la nature humaine et la nature animale proprement dite. De même, ceux qui font dériver toutes nos idées de la sensation sontT pour ainsi dire, tout prêts à nous faire dériver des animaux et à nous assimiler à eux. Heraclite avait-il donc une opinion sur l'échelle des êtres ? II est permis de le croire en lisant cette pensée que Platon, dans le grand Hippias, donne comme étant de lui : « Le plus beau singe est hideux en comparaison de l'homme ; l'homme le plus sage n'est qu'un singe en comparaison de Dieu 2. » On le voit, quand il s'agit de caractériser l'homme pour le rapprocher de l'être qui le dépasse, l'attribut choisi n'est même plus la beauté physique, c'est la sagesse. En passant
1. Fragmenta vetemm philosophorum (collection grecque-latine de F. Didot), tome I, pages 317, 322, 323.