‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 53 sur 118 · Mémorables. I, 20, ir · texte numérisé non relu

Mémorables. I, 20, ir

autre sait par la force de son esprit (c'est-à-dire par des actes raisonnes et des industries intelligentes) prévenir la faim, la soif, le froid, le chaud, guérir les maladies, augmenter ses forces par l'exercice, ajouter à ses connaissances par le travail, se rappeler ce qu'il a entendu, ce qu'il a vu, ce qu'il a appris? N'est-il pas clair que les hommes vivent comme des dieux entre les autres ani* maux, qu'ils leur sont supérieurs par leur nature, par la conformation de leurs corps, par les facultés de leur âme? L'être qui aurait le corps d'un bœuf et l'intelligence de l'homme ne pourrait exécuter ses volontés. Mais accordez-lui les mains et privez-le de l'intelligence, il ne sera pas moins borné. » Remarquons cette réponse à la proposition d'Anaxagore que l'homme n'est supérieur aux autres animaux que parce qu'il a des mains. Socrate va droit à la vraie caractéristique de l'homme, l'intelligence, qui connaît Dieu et qui l'adore, l'intelligence dont le progrès est indiqué déjà comme l'une des lois essentielles. Gomment Socrate est-il arrivé à ces notions claires et précises? En subordonnant l'étude de notre origine à l'étude de notre nature, au rebours des premiers philosophes qui spéculaient sur nos origines plus ou moins probables, au lieu de prendre leur point de départ dans la conscience que l'âme a d'elle-même et de ses propres facultés. Cet enseignement de Socrate marque donc une révolution dans la méthode autant qu'une révolution dans la croyance : il n'est pas inutile de le constater une fois de plus à l'occasion de la question spéciale qui nous occupe.

Il semble qu'avec Platon nous revenions à des conceptions cosmogoniques, plus grandes, à coup sûr, mais non moins téméraires et arbitraires que celles d'Heraclite ,- de Pythagore ou d'Empédocle. Mais la partie narrative et mythique des Dialogues n'est-elle pas faite pour nous exposer sous forme de succession dans le

temps l'ordre logique des existences? Dans tous les cas, voyons les textes du divin philosophe sur les rapports de l'homme et de l'animal ; il est impossible qu'il n'ait pas apporté sur ce point comme sur tous les autres, de nouvelles lumières et une nouvelle force à la raison.

Nous trouvons d'abord ce que nous pouvons appeler sa doctrine psychologique. Platon distingue dans l'humanité trois âmes : l'âme appétitive ou sensitive, l'âme passionnée, l'âme raisonnable. Or, dans une foule de passages courts, mais suffisamment précis i, Platon donne à comprendre que les deux âmes inférieures sont communes à l'animal et à l'homme, mais que l'âme raisonnable est le propre de l'homme seul. Nous n'avons point à reproduire ici ces analyses tant de fois faites et qui cependant nous feraient comprendre encore plus clairement que l'examen des écoles antérieures, à quel point la connaissance de l'homme et la distinction exacte de ses diverses facultés sert à faire connaître la nature des animaux. Nous rappellerons seulement que quand Platon fait le tableau des hommes sensuels, il ne manque pas de les peindre toujours fixés sur leur pâture comme les animaux, ajoute-t-il, et se livrant brutalement comme eux à la bonne chère et à l'amour. Dans le 4e livre de la République, il ajoute que la passion irascible forme une partie distincte de l'âme ou même une âme à part; et pour le prouver, il ajoute : « Gela n'est pas difficile à reconnaître. Ne voyons-nous pas que les enfants, aussitôt qu'ils sont nés, sont déjà pleins d'irritabilité, et que la raison cependant ne viendra jamais à quelques-uns, qu'elle vient tard au plus grand nombre. — Tu dis vrai, péplique l'interlocuteur : on peut encore s'en assurer en voyant ce qui se passe chez les animaux. » Que veulent dire œa paroles/ sinon ceci : On voit que chez les enianl--

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