Le Timée, traduction Cousin, p
est une portion de cette âme humaine qui n'en a point été distraite et qui n'a jamais été communiquée ni aux plantes ni aux animaux proprement dits. C'est ce principe raisonnable que les dieux secondaires ne pouvaient point former et que Dieu lui-même leur a confié pour en former l'espèce destinée à être nommée divine et à servir de guide à toutes les autres.
Avec Aristote, on ne peut nier que nous arrivions à une étude vraiment positive de la nature animale et de ses rapports avec la nôtre. Chez lui, toutes les théories sont appuyées sur l'observation, sur la réflexion, sur l'expérience. Et cependant, sauf les questions d'origine sur lesquelles il se tait absolument *., les conclusions où il aboutit ne sont point, en somme, différentes de celles de Platon. C'est ce que le rapprochement des textes va nous prouver. Aristote, qu'on nous pardonne cette division peut-être un peu artificielle, aborde la question à trois points de vue : il la traite en métaphysicien, en naturaliste, en psychologue.
Dans le second livre de sa Physique, Aristote se propose de prouver qu'il y a dans l'univers ce qu'il appelle du spontané et du hasard, que ce sont là deux causes accidentelles qui ne peuvent être antérieures à la cause essentielle, en un mot que le hasard et le spontané supposent au-dessus d'eux l'intelligence et la nature. Or, la définition et la distinction du spontané et du hasard l'amènent à établir certaines propositions très-importantes sur la diilerence de l'homme et de l'animal.
Le spontané, dit-il, c'est ce qui se produit de lui seul et atteint une fin sans la chercher. Par le mot hasard ou fortune, il entend un hasard heureux, c'est-à-dire une succession d'événements apportant à l'être un certain bonheur qu'il ne cherchait pas précisément. Mais ce
1 . Pourtant il combat les hypothèses d'Empi'docle, mais en tant qu'impliquant la production du monde par le hasard.
bonheur suppose une activité intelligente et morale, ayant pour telle ou telle chose une préférence libre et réfléchie; autrement l'événement qui survient ne rendrait pas heureux l'être auquel il arrive. Ceci posé, Aristote fait la répartition suivante. « Ni l'être animé, ni la brute, ni même l'enfant ne font rien qu'on puisse qualifier de hasard, parce qu'ils n'ont point de préférence libre et réfléchie dans leurs actes *. » Quand donc, ajoute-t-il, on parle pour ces êtres de bonheur ou de malheur, ce n'est que par simple assimilation (comparaison). Ainsi donc, tout ce développement nous invite à conclure : l'animal n'apporte dans ses actes ni choix, ni réflexion, ni liberté.
Cependant les actes des animaux tendent à une fin précise : ils y tendent si merveilleusement qu'on s'est demandé quelquefois si les araignées et les fourmis, par exemple, « n'exécutent pas leurs travaux à l'aide de l'intelligence ou d'une faculté non moins haute. » Aristote visiblement rejette cette dernière explication; et c'est en la rejetant qu'il se sent mieux à même d'affirmer que ces êtres sont dirigés par une puissance supérieure à eux, c'est-à-dire à ses yeux, par la nature, laquelle suppose à son tour le moteur immobile ou Dieu. Voici, en effet, ses propres paroles : « Ceci (la poursuite d'une fin par la nature) est surtout manifeste dans les animaux autres que l'homme qui ne font ce qu'ils font ni suivant les règles de l'art (ou ni avec art), ni après étude, ni par réflexion... Si donc c'est en vue d'une fin précise que l'hirondelle fait son nid ou l'araignée sa toile, que les plantes portent leurs feuilles ou qu'elles poussent leurs racines en bas et non en haut pour se nourrir, il est clair qu'il y a une cause de même ordre pour toutes les choses
1. Ici et dans toutes les citations d'Aristote qui suivront, nous nous servons de la traduction Barthélémy Saint-Hilaire, excepté pour l'Histoire des animaux, que nous avons étvidiée dans l'édition Camus, in-4°.
qui existent ou qui se produisent dans la nature entière K »
On le voit cependant, Fhomme et l'animal ont quelque chose de commun, c'est le mouvement spontané. « Tout hasard est du spontané, quoique tout spontané ne soit pas du hasard. » Mais comment la psychologie d'Aristote nous décrit-elle le mouvement spontané des animaux, c'est-à-dire leurs actions, leur vie, en un mot l'ensemble de leurs facultés ?
On sait que le Traité de l'âme établit tout d'abord une distinction très-nette entre ces trois formes de l'existence : végétative, animale,, humaine. « Pour chaque être il faut chercher spécialement quelle est l'âme dont il est doué, et ainsi quelle est l'âme de la plante, celle de l'homme ou celle de la bête 2. » Mais cette distinction se précise encore dans de nombreux passages ; et nous pouvons marquer exactement ce qu'Aristote accorde et ce qu'il refuse à l'animal.
Il lui accorde d'abord, comme nous l'avons dit, le mouvement spontané. Malgré quelque apparence de contradiction, il l'accorde à tous. Il est sans doute des animaux qui sont privés du mouvement de translation ; mais ceux-là même ont au moins le mouvement d'altération et de croissance. Or, qu'est-ce qui détermine le mouvement des animaux? C'est l'appétit. « En résumé, c'est en tant que l'animal est capable d'appétit qu'il se meut lui-même 3. » En tant qu'il est capable d'appétit; que veut dire cette phrase elliptique? Ceci, assurément, que si les appétits de l'animal sont peu nombreux et immédiatement satisfaits, les mouvements sont euxin «'-I nés rares et courts : tels sontceux de l'animal qui se nourrît et se reproduit sur place. Mais à l'appétit et au