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la nature animale se retrouve presque entière dans l'homme. Nul n'a mieux établi qu'Aristote la liaison continue des êtres et par conséquent leurs mutuels rapports. Mais nous pouvons aussi résumer en peu de mots ce en quoi, d'après le philosophe de Stagyre, l'homme tient à l'animal et ce en quoi il le dépasse. Dans l'homme , la conception universelle de la raison meut les conceptions particulières qui à leur tour meuvent l'appétit, lequel enfin détermine le mouvement proprement dit. C'est par le concours de cette raison que l'imagination s'élève audessus des sens, que la mémoire devient réminiscence, opinion, persuasion, croyance, enfin que l'activité devient volonté, puisque la volonté n'est qu'une espèce de syllogisme. Dans la bête, point de conception universelle : c'est la conception particulière , issue des sens, qui meut directement l'appétit, et ainsi du reste.
Notre étude des opinions d'Aiïstote ne serait pas complète si nous ne recherchions ce qu'il a dit de la nature animale dans ses ouvrages autres que ses traités de pure philosophie. Une pensée se présente à l'esprit; et plus d'un auteur, si nous ne nous trompons, a été assez dominé par elle pour interpréter Aristote en un sens un peu différent du véritable. Quand Aristote, métaphysicien et psychologue , se dit-on , étudie l'àme en général dans l'âme humaine , il est assez naturel qu'il fasse de l'homme un être à ce point supérieur. Mais quand il jette les regards sur les sociétés en général, sur la vie et les mœurs des animaux , quand il parle en sociologiste (comme on dit aujourd'hui) et en naturaliste, son opinion n'a-t-elle pas changé ? Nous ne le croyons pas, quant à nous, et nous allons essayer de prouver par les textes qu'il n'en est rien.
Nous lisons d'abord dans la Politique qu'en dehors de Pèspàoe humaine il n'y a place ni pour la vertu, ni pour la bonté. En effet, « trois choses, y est-il dit, peuwni
rendre l'homme bon et vertueux : la nature, l'habitude et la raison. Ainsi d'abord, il faut que la nature nous fasse naître dans la race humaine et non dans telle autre espèce d'animaux... * » Et plus loin : « Presque tous les animaux ne sont soumis qu'à l'empire de la nature ; quelques espèces, en petit nombre, sont encore soumises à l'empire de l'habitude ; l'homme est le seul qui joigne la raison aux mœurs et à la nature 2. »
Mais ouvrons enfin l'Histoire des animaux. Nous réserve-t-elle quelque surprise ? Aristote ne va-t-il pas se contredire lui-même? L'observation directe des animaux et de leurs mœurs ne va-t-elle pas l'amener à leur concéder davantage? On pourrait peut-être s'y attendre en lisant tout d'abord l'expression de son opinion sur le passage insensible des êtres inanimés aux animaux (èx twv d«|u^wveï(7TàÇwa). Ce passage se fait dans la nature peu à peu; la continuité des gradations couvre les limites qui séparent ces deux classes d'êtres et soustrait à l'œil le point qui les divise. Nous devons observer que si Aristote s'applique ensuite à montrer avec détail cette insensible gradation des êtres inanimés aux plantes et des plantes aux animaux, nous ne trouvons rien d'aussi affirmatif sur le passage de l'animal à l'homme. Ces gradations cependant il les admet, et à bon droit ; car il fait ressortir judicieusement ce en quoi l'âme des bêtes peut ressembler à l'âme de l'homme. Il se trouve, dit-il, dans la plupart des bêtes même des traces (fyvvi) de ces affections de l'âme qui se montrent dans l'homme d'une manière plus marquée. On y distingue un caractère