STOÏCIENS — SÉNÈQUE
évitent les embûches, franchissent les obstacles et les précipices, reconnaissent la nécessité, non point une nécessité rationnelle, mais une nécessité purement naturelle, » ce qui veut dire sans doute que cette nécessité pèse sur les sens de l'animal, mais ne trouve en lui aucune raison capable de la comprendre.
Nous savons, par un passage de Sénèque *, que les stoïciens qui suivirent (et nommément Posidonius) ne cessèrent point de traiter cette question et de la traiter dans le même esprit. Par conséquent, lorsque Gicéron composait ces belles périodes où il décrit les caractères et les vertus de la raison, attribut propre de l'homme, il ne s'inspirait pas seulement des paroles de Socrate que Xénophon rapporte et que nous avons citées plus haut ; il était encore le fidèle disciple de ces stoïciens qu'il traduisait ou commentait dans sa morale.
Mais c'est dans les derniers stoïciens, c'est dans Sénèque et dans Epictète, dans Sénèque surtout, que nous devons trouver le mieux développée et le mieux précisée l'opinion de l'école.
Tout d'abord, s'il est une proposition que Sénèque répète à satiété, à toute occasion, sous toutes sortes de formes, dans ses traités et dans ses lettres 2, c'est bien celle-ci, que l'homme a sur l'animal une supériorité qu'il doit à son intelligence, et plus précisément encore à sa raison. L'animal n'est pas plus que la plante capable de bien. Pourquoi? Parce qu'il n'a pas la raison. Il y a quatre natures : celle de la plante, celle de l'animal, celle de l'homme et celle de Dieu. Dieu et l'homme diffèrent en ce que l'un est immortel, l'autre mortel, en ce que l'un jouit par sa propre nature de la perfection du bien, tandis que l'autre a le souci de le conquérir. Quant à