‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 72 sur 118 · SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

SÉNÈQUE

aussi exacte qu'ingénieuse, rapidement jetée comme en passant, que l'obscurité des perceptions des animaux est précisément la cause de la violence de leurs transports et de l'impétuosité de leurs courtes et changeantes passions. Mais où Sénèque nous semble faire faire un pas remarquable à la science de son école, c'est dans la détermination des principaux caractères de l'activité animale. Pour la première fois l'instinct est décrit, et il l'est admirablement. Cette activité que Sénèque reconnaît aux animaux et qui vient de la nature, non de l'art, est, nous venons de le voir, aveugle et irréfléchie, sine ulla cogitatione, sine consilio fit quidquid naturaprœcepit. Elle est innée, fit statim. Donc, elle ne doit rien à l'expérience : elle est immédiatement parfaite et sans tâtonnements ; enfin elle est égale chez tous : et tardum est et varium quod usus docet ; quidquid natura tradit et œquale omnibus est et statim. Incertum est et inœquale quidquid ars tradit; ex œquo venit quod natura distribua» Et Sénèque cite des exemples. Les animaux qui sont exposés à la poursuite des oiseaux de proie craignent leur vol et même leur ombre, et cela dès la naissance. Les araignées font des toiles toutes semblables : les cellules des abeilles sont toutes pareilles les unes aux autres : nullum animal est altero doctius; videbis araneorum pares telas, par in {avis angulorum omnium foramem. Jafmais on n'avait aussi bien opposé l'inné à l'acquis, la nature à l'art, l'instinct à l'intelligence *.

Mais qu'est-ce que cette nature qui guide ainsi les animaux dès leur naissance avec une perfection immédiatement achevée et toujours égale ? Est-ce l'attrait du plaisir et la crainte de la douleur? Sénèque, ainsi que les autres stoïciens 2, ne veut pas que la recherche du

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