Cf. Cicéron. De 6nibu«, II
plaisir soit un principe d'action primitif, et il a certes raison. Il faut que l'être commence à agir, pour que de l'action naisse le plaisir. Quant à la douleur, elle peut retenir et arrêter quelque temps le mouvement de ranimai ; mais encore une fois, la douleur ne vient que quand le mouvement a eu lieu, tout au moins quand il a commencé de se produire. Antérieurement donc à toute sensation agréable ou douloureuse, l'animal agit. Il se porte à son mouvement naturel, quoi que la douleur fasse pour le retenir. Ainsi l'enfant a beau être souvent tombé, il se relève et renouvelle ses tentatives. Une tortue renversée sur le dos ne souffre pas ; elle ne cesse pas de se retourner cependant jusqu'à ce qu'elle soit sur ses pieds. Quelle est donc encore une fois la cause première de ces mouvements naturels ?
L'animal agit, dit Sénèque, parce qu'il a le sentiment de sa constitution. Il faut bien, dit-il très-énergiquement, qu'ils sentent ce qui leur fait sentir les autres choses, necesse est id sentiant per quod alla quoque sentiunt ; phrase remarquable et qui contient en deux mots le meilleur argument qu'on puisse faire valoir pour établir que toute sensation suppose une conscience, si obscure et irréfléchie qu'elle soit. Il faut bien, continue notre auteur, qu'ils sentent ce qui les conduit, ce à quoi ils obéissent, eut parent, a quo reguntur. Ils ont donc tous le sentiment de leur constitution. C'est ce que disaient à peu près les premiers maîtres du Portique quand ils affirmaient que nul animal ne pouvait être étranger à lui-même. Du temps de Senèque, si nous interprétons bien quelques passages de sa lettre 121, plusieurs écrivains discutant sur ce sentiment général de l'existence, employaient, sans peut-être y attacher d'importance, l'expression intellectum sid. Sénèque évidemment préfère l'expression sensum suî, et mieux encore sensum constitutionis suce. Ce n'est pas à dire ,