‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 74 sur 118 · SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

SÉNÈQUE

explique-t-il, qu'ils sentent ce que c'est que leur constitution ; ils ont à peu près, comme les enfants , un sentiment de leur partie supérieure, mais obscur et confus.

Cette partie supérieure, cette puissance motrice et directrice de l'animal, c'est pour les stoïciens (et il est aisé de le voir, même d'après les passages que nous venons de citer), la constitution de l'individu prise dans son ensemble et dans la cobésion harmonieuse de toutes ses parties : le principe se confond avec le système ordonné de l'organisme, comme Dieu se confond avec l'ensemble un et harmonieux du monde. Quoi qu'il en soit, l'animal sent sa constitution ; il la sent, car il la meut avec autant de promptitude que de justesse. Quœrebamus an esset omnibus animalibus constitutionis suce sensus. Sensum autem esse ex eo maxime apparet quod membra apte et expedite movent, non aliter quam in hoc erudita. Mais la constitution totale de l'individu se décompose en un grand nombre d'organes distincts. Aussi ce sentiment général enveloppe-tril les sentiments particuliers de chaque organe en particulier. Nulli non partium suarum agilitas est. Un ouvrier manie ses outils habilement : un pilote sait manœuvrer son gouvernail. C'est ainsi qu'un animal s'entend à se servir de tous ses membres. Sic animal in omnem usum sui mobile. Nous admirons l'adresse des danseurs, la rapidité de leurs gestes et des paroles qui les accompagnent : ce que l'art fait en ceux-ci, la nature le fait chez les animaux.

Mais voici plus de clarté encore. Si tout être vivant se sent et se meut, tout être vivant s'aime lui-même. Cet amour est un sentiment absolument simple : aussi est-il universel et toujours le même ; seulement, il s'ajoute à la nature particulière de la constitution. In quam cumque constitutionum venit, eam tuetur, in eam componitur. Que veut dire cette phrase ? Incontestablement ceci ,

qu'il suffît de changer la constitution d'un être pour changer les sensations particulières, le mode d'action, les effets, la direction de cet amour naturel de soi, bien que cet amour en lui-même se ressemble toujours et ne varie pas. Ajoutons que cet amour n'a pas besoin d'être enseigné aux animaux et qu'il naît avec eux ainsi que le sentiment de l'organisme et la faculté de le mouvoir; n'avons-nous pas dès lors une explication satisfaisante de ces caractères de l'activité animale décrits plus haut : innéité, absence de réflexion, perfection immédiate, égale chez tous?

Tel est l'enseignement de Sénèque. Nous nous sommes borné à exposer en les détachant les unes des autres, et en les mettant dans un ordre plus logique, les différentes idées qu'il exprime un peu pêle-mêle, avec ses répétitions habituelles.

Épictète connaît sans nul doute ces analyses : il les tient pour bonnes et en accepte les résultats. Mais il ne les reprend pas pour son propre compte. Ce qu'il développe plus particulièrement ce sont les devoirs que crée à l'homme sa supériorité sur l'animal. Les animaux ont été faits pour nous servir : la nature les crée tout équipés, pourvus de tout. Ils usent donc des sensations que le dehors leur apporte et que l'imagination leur renouvelle ; mais ils ne comprennent point ce qu'ils font.

« S'ils ont au plus haut degré l'usage des idées des sens (ce que les plantes n'ont pas), ils n'ont pas l'intelligence de cet usage *, » S'ils avaient reçu cette intelligence , ils ne nous obéiraient plus. Quant à l'homme , il commence là où l'animal commence et finit tout à la fois. Il suffit à l'animal de manger, de boire, de se reposer, de se reproduire et d'accomplir toutes les autres fonctions qui tiennent à sa constitution physique. Ce

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