‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 75 sur 118 · PLUTARQUE · texte numérisé non relu

PLUTARQUE

que l'homme doit faire et ce que seul il peut faire dans la nature, c'est d'accomplir ses fonctions en les comprenant, c'est-à-dire en comprenant l'accord de sa conduite avec l'ensemble de l'ordre général qu'il contemple, qu'il accepte et qu'il adore.

Nous Savons pas à dire quelle est, après la décadence de cette grande école stoïcienne, la confusion des doctrines philosophiques dans l'empire romain. Aller chercher dans les compilateurs quelques traces obscures d'opinions plus ou moins bizarres ou quelques récits sans critique, serait-ce bien utile? Tout au plus y a-t-il quelque intérêt à discerner d'Épictète et de Marc-Aurèle à Plotin deux genres d'esprits assez nettement caractérisés. D'un côté sont les cyniques qui en théorie ne s'appliquent guère qu'à proclamer la liberté de l'homme, et en pratique ne songent également qu'à affranchir cette liberté du joug des systèmes, des opinions, des lois, des institutions, des usages et des religions. D'un autre côté sont des esprits plutôt mystiques, tels que Plutarque, Maxime de Tyr, Apulée, qui frayent déjà la voie au néoplatonisme d'Alexandrie. Chez les premiers, aucun texte, à notre connaissance, ne contient sur les rapports et les différences de l'homme et de ranimai aucune assertion. Conclure du cynisme pratique de ces philosophes ou soi-disant tels à des opinions arrêtées sur la parenté de l'homme et des bêtes serait vraiment trop s'aventurer. Quant aux écrivains de l'autre groupe, on serait assez étonné de voir qu'avec leurs tendances religieuses et mystiques ils cherchent à réhabiliter l'animal, si l'on ne-savaitque le mysticisme païen, surtout quand il renouvelle commerce avec l'Orient , se plaît dans les histoires fabuleuses et accueille volontiers tout ce qui ressemble à un renversement miraculeux des lois naturelles.

Plutarque discute plus philosophiquement que les

autres compilateurs [ ou thaumaturges. Tient-il de p? pris à se mettre ici comme partout ailleurs en opposition avec les enseignements des stoïciens? Se laisse-t-il entraîner par un certain amour naïf que dans la tendresse de son âme il portait aux êtres inférieurs? Toujours est-il qu'il présente certains arguments en forme pour prouver que les animaux ont un assez haut degré d'intelligence. Il n'est pas vrai, objecte-t-il aux successeurs de Zenon, que pour réaliser une opposition vraiment symétrique du mortel et de l'immortel, du corruptible et de l'incorruptible, du corporel et de l'incorporel, il faille poser en face de l'homme raisonnable des animaux irraisonnables. L'irraisonnable est suffisamment représenté dans la nature par les êtres inanimés. Il n'est pas vrai davantage que la raison soit sans degrés, qu'on l'ait à l'état parfait ou qu'on en soit privé complètement. Il est bien des qualités que l'homme possède à un degré moindre que beaucoup d'animaux, par exemple la finesse de l'ouïe ou de la vue, la légèreté à la course... Et cependant on ne peut pas dire qu'il soit sourd, aveugle ou immobile. En revanche, l'animal a moins de raison, parce qu'il ne connaît point l'étude et qu'il se contente de ce que lui a donné la nature. Il n'a pas de raison active et perfectionnée (Xo'yoç (nrouSaïoç xal TsXewç), laquelle provient non de la nature, mais de la réflexion et de l'étude (e7HfxeX6ia xal SiSaaxaXia). Mais la preuve qu'il peut y avoir chez lui comme chez nous des degrés, c'est qu'il est susceptible d'une certaine espèce d'éducation et de progrès par conséquent. D'ailleurs, on ne peut refuser à ranimai la sensation ; et avec la sensation il a, d'une part, une certaine représentation qui se perpétue par la mé-

1. Sans en excepter Pline l'ancien, qui ne voit guère dans l'homme qu'un animal plus faible et plus malheureux que les autres, mais en revanche fait honneur aux animaux d'une religion qu'il rejette comme inutile pour l'humanité, etc.

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