‹ L'homme et l'animal. -- (volume 2)Chapitre 82 sur 118 · Ibid., lre Enn., I · texte numérisé non relu

Ibid., lre Enn., I

animaux soit une âme humaine qui a péché, ou qu'elle vienne directement de l'âme universelle, leur nature reste la même dans les deux cas. Les âmes humaines qui descendent en eux ne sont évidemment que des âmes irraisonnables lesquelles étaient déjà des parcelles détachées ou des illuminations de l'âme universelle. L'âme raisonnable n'est pas dans le corps, nous l'avons vu, et ce qui confirme cette interprétation, c'est que, suivant Plotin, toute âme ne descend pas indifféremment dans tout corps. Chaque âme entre dans le corps qui est préparé à la recevoir et qui est tel ou tel suivant la nature à laquelle l'âme est devenue semblable par sa disposition ; car, selon que l'âme est devenue semblable à la nature d'un homme ou à celle d'une brute, elle entre dans tel ou tel corps. Ainsi, tandis que l'âme raisonnable est, de son essence, incorruptible et impassible, l'âme irraisonnable peut prendre des dispositions inégales, et, suivant qu'elle est subordonnée à l'âme raisonnable ou en révolte contre elle, l'homme se rend indépendant ou esclave de l'univers. Mais pour en revenir à la bête, elle est, elle, une partie de l'univers, elle n'a pas plus de liberté qu'elle n'a de pensée, de raisonnement ni d'opinion. Elle éprouve des sensations sans percevoir les formes ou images de ces sensations ; enfin elle n'est point capable de bonheur.

Si Ton faisait consister le bonheur soit dans le bienêtre, soit dans l'accomplissement de sa fin propre, soit dans la vie conforme à la nature, soit dans l'ataraxie, on ne pourrait, à aucun de ces titres, refuser le bonheur à l'animal. En vain objecterait-on qu'il faudrait alors l'accorder à la plante, ce qui serait] absurde. La plante ne sent pas et l'animal sent. Pour se donner une idée vraie du bonheur, il no faut pas non plus se borner à dire que la vie raisonnable seule connaît le bonheur. Il liul savoir si Ton fait de la raison un simple moyen

ne valant rien pour lui-même. Mais il est des êtres qui se procurent ce qui leur est nécessaire sans la raison. La raison, si elle n'était qu'un moyen, ne serait donc pas indispensable au bonheur, puisque c'est un moyen dont beaucoup d'êtres réussissent à se passer. Il faut donc dire que le bonheur est dans la vie parfaite ou véritable et que cette vie-là est dans la raison qui vaut par ellemême. Aussi n'y a-t-il pas d'homme qui ne possède soit en acte, soit en puissance, ce que nous appelons la raison; mais l'homme est, avec les dieux, le seul être qui la possède 4 -

On voit aisément ce que cette philosophie emprunte à Platon, à Aristote, aux stoïciens et même à certaines traditions philosophiques dont Platon ne s'était pas assez dégagé, comme celle de la métempsycose. Plotin se rapproche plus des stoïciens dans sa conception de la nature, davantage de Platon et d' Aristote dans sa théorie de l'homme et de ses diverses facultés.

En jetant un regard en arrière sur ces doctrines que Plotin cherche à concilier, nous pouvons dire que jusqu'à Socrate, la plupart des écoles philosophiques semblent répéter encore des légendes des temps primitifs sur les origines physiques ou animales de l'homme et croient, par conséquent, à une assez étroite parenté entre l'homme et les espèces inférieures.

A partir de Socrate, la philosophie connaît mieux l'intelligence humaine et la sépare nettement de tout ce qui n'est pas elle. Ce n'est pas qu'elle nie les rapports des êtres. Platon croit qu'il y a dans l'homme un animal sur le type duquel ont été formés les autres animaux. Aristote enseigne que la nature passe graduellement d'un règne à l'autre. Les stoïciens regardent le monde comme l'émanation d'un Dieu qui ne fait qu'un avec

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