PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE
tous les êtres qui vivent en lui. Il est à remarquer que les matérialistes les plus décidés sont ceux qui tendent le plus à considérer le monde comme immobile, et qui se refusent le plus à admettre aucun rapport entre l'intelligence de l'homme et l'intelligence de l'animal .
Mais si l'homme résume en lui la nature, d'une certaine manière aussi Dieu réside en lui. C'est la gloire des grandes écoles philosophiques de la Grèce d'avoir étudié l'homme non-seulement en lui, mais dans les doubles rapports qui, l'unissant tant aux êtres inférieurs à lui qu'à ceux qui lui sont supérieurs, servent à la fois à le rapprocher et à le distinguer des uns et des autres.
TEMPS MODERNES. PHILOSOPHIE CHRETIENNE SCHOLASTIQUE. RENAISSANCE ET DIX- SEPTIÈME SIÈCLE.
L'école d'Alexandrie était florissante, que déjà une autre tradition se développait en dehors de la philosophie proprement dite : nous voulons parler du christianisme. Qu'enseignait cette religion puissante sur les questions relatives aux rapports de l'homme et de l'animal ? On a cherché tout naturellement dans la Bible les antécédents de sa doctrine; et Voltaire s'est plu à soutenir que dans les divers livres do la Bible « les hommes et les bêtes étaient regardés comme deux espèces du même genre. » C'est rapprocher beaucoup les deux groupes, et il est permis de croire que Voltaire eût pu profiter plus largement des ressources de la classification. De ce.que la loi sainte recommande à l'Israélite de ne point êtro dur envers les bêtes et qu'elle lui ordonne de ne point les l'un; travailler (c'est-à-dire de ne point travailler lui-inénu»
avec leur concours) le jour du sabbat, il ne s'en suit nullement qu'un droit soit reconnu à la bête. On cite, il est vrai, ces paroles de l'Ecclésiaste : « J'ai dit en mon cœur des enfants des hommes que Dieu les éprouve et les fait paraître semblables aux animaux. — C'est pourquoi une même mort est à l'homme et à l'animal, et leur condition est égale; comme l'homme meurt, ainsi l'animal meurt, l'un et l'autre respirent de la même sorte, et l'homme n'a rien de plus que l'animal, tout est assujetti à la vanité. — L'un et l'autre vont en ce même lieu ; ils ont été faits de la terre, et ils retournent également à la terre. — Qui a su si l'âme des fils d'Adam monte en haut, et si l'âme des bêtes descend en bas ?» — Salomon se borne-t-il ici à exprimer les pensées des « impies » de son temps ? ou se propose-t-il des doutes à lui-même dans une heure de défaillance morale comme Job en a connues? L'ensemble de ses écrits prouve que c'est entre ces deux hypothèses-là seulement qu'il est raisonnable de choisir. Toujours est-il, nous en convenons, que ce rapprochement entre l'homme et l'animal, Salomon n'a pas dû être le seul à l'établir dans le peuple juif, chez qui l'on retrouve si souvent les opinions, les pratiques et les usages de bon nombre de nations primitives ou idolâtres. Mais quant à l'auteur de l'Ecclésiaste, il nous donne finalement sa conclusion : « Avant que la poussière rentre dans la terre d'où elle est sortie et que l'esprit retourne à Dieu qui Va donné, vanité des vanités... », etc. Si d'ailleurs c'est le dogme du christianisme qu'on recherche, il convient de consulter avant tout l'enseignement de ceux qui l'ont interprêté et développé. Or, cet enseignement n'a rien d'obscur, et tout le monde |en connaît, sur ce point, les conclusions.
Il est cependant chez les pères de l'Eglise et chez les premiers apologistes chrétiens des fragments de controverse que nous avons intérêt à relever. Quelques auteurs